La Coupe du monde, un paradis ou un enfer pour l’équipe de France

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C’est bien le problème quand on prend goût à la victoire, la défaite devient alors désagréable en bouche. Depuis que l’équipe de France a décroché sa première étoile mondiale en 1998, les retours sur terre ont presque toujours été vécus comme des accidents industriels avec ses coupables à désigner et une faute morale à payer. Gagner ou échouer dans les grandes largeurs en Coupe du monde, tel serait le seul horizon possible des coéquipiers d’Hugo Lloris à quelques jours de commencer leur tournoi contre l’Australie, le 22 novembre au stade Al-Janoub, au Qatar.

A 35 ans, le gardien (et capitaine) a connu le pire et le meilleur comme mondialiste. Il a été un jeune et passif mutin dans un car à l’arrêt à Knysna (Afrique du Sud) lors de la plus fameuse et grotesque grève du sport français, en pleine Coupe du monde 2010. Huit ans après ce court séjour sud-africain (et une sortie de route d’entrée avec deux défaites en trois matchs), Lloris brandit le trophée Jules-Rimet sous la pluie moscovite. Entre les deux, le Niçois a bien connu une Coupe du monde dite « normale » avec cette élimination en quart de finale perdu sans honte ni regrets éternels contre l’Allemagne (1-0), en 2014. Karim Benzema aussi. A Rio, le futur maudit de Doha (blessé et forfait pour l’édition actuelle) dispute ce qui reste son dernier match dans une Coupe du monde.

L’épisode brésilien ressemble donc à une anomalie. Depuis 1998, l’équipe de France voyage entre la station Austerlitz (les titres de 1998 et de 2018, la finale de 2006) et le terminus Waterloo. Huit ans avant Knysna, les Bleus se préparent pour le Mondial en Corée du Sud avec une deuxième étoile déjà cousue au-dessus du coq sur leur maillot. Comme tout un pays, l’équipementier officiel aux trois bandes voit cette équipe trop belle et intouchable. Le centre d’entraînement de Clairefontaine (Yvelines) est ouvert à tous les marchands du temple, et à force d’aller d’une tente d’un sponsor à une autre, le défenseur Willy Sagnol lâche « avoir vécu une semaine VIP ».

« On peut tout faire dire au football »

La suite est connue. L’élimination dès le premier tour du Mondial 2002 cicatrise aussi mal que la fameuse cuisse gauche de Zinédine Zidane. On fantasme une vie de rockstars débauchées à l’hôtel Sheraton de Séoul, quand un tribunal médiatique condamne cette équipe pour arrogance, alors qu’elle était surtout en bout de course et mal gouvernée par son sélectionneur, Roger Lemerre. « Nous ne sommes pas la Dream Team. Tout le monde a oublié que nous ne sommes que des footballeurs. On fait des matchs et on peut les perdre », avait pourtant prévenu Lilian Thuram après la défaite inaugurale contre le Sénégal (1-0). Quand on évoque avec lui l’épisode sud-coréen, Didier Deschamps s’en sort par une pirouette : « J’étais en vacances à l’époque. » Pas faux.

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