« Je manquerais à mon éthique si je n’alertais pas mes étudiants sur les conditions d’organisation de cette Coupe du monde de football »

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Ma prise de position est tardive mais elle résonne avec des interrogations nées en 1978, alors qu’adolescent, je trouvais incompréhensible les appels au boycott de la Coupe du monde organisée dans l’Argentine de Videla. Si j’avais à choisir quarante-quatre ans plus tard d’être téléspectateur du Mundial argentin de 1978, quelle serait ma réaction ? Je n’en ai aucune idée.

Mais en revanche, j’ai la certitude que je ne pourrai pas regarder cette Coupe du monde au Qatar sans devoir renoncer à quelques idéaux. En tant que chercheur, j’espère accomplir un geste politique, un acte militant, fût-il perçu comme tel uniquement par moi-même. L’histoire du football est pourtant mon objet fondamental de recherche.

En ne regardant pas cette édition qatarie, je me couperai de l’histoire immédiate des évolutions de ce « sport global », comme le caractérise l’historien américain Alan McDougall (Alan McDougall. Contested Fields : A Global History of Modern Football. Toronto, University of Toronto Press, 2020).

La FIFA face à la maltraitance, la corruption, la collusion

Mais sans surenchérir sur les abondantes publications médiatiques de ces derniers mois, je refuse de regarder un événement entaché du deuil de milliers de travailleurs pakistanais, philippins ou kenyans, et de l’exploitation de leurs camarades de chantier… Nul doute qu’enfants, beaucoup d’entre eux ont pratiqué un football qu’ils rêvaient tout autre…

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En tant qu’enseignant, je manquerais à mes engagements éthiques si je n’alertais pas mes étudiants quant aux conditions d’organisation de ce mondial, concédé de bonne grâce aux dirigeants qataris par une FIFA omnipotente, dont l’unique ambition est d’engranger des milliards. Une FIFA qui a beau jeu de se dédouaner face aux accusations de maltraitance, de corruption, de collusion… auraient d’ailleurs contribué l’Etat français et un ancien footballeur tricolore admiré.

En se targuant de développer des programmes éducatifs dans les régions les plus reculées du globe, la toute-puissante et richissime fédération internationale tente de se dédouaner de cette attribution de la Coupe au Qatar. Cependant, ses actions présentées comme humanistes ne représentent qu’une portion congrue de son budget pharaonique et ne sauraient l’absoudre d’autres orientations désastreuses.

Des joueurs soumis à la loi d’un marché ultralibéral

L’histoire du sport et du football me sont chers et il est plus important pour moi d’informer mes étudiants des dérives sociales et humanistes de cette édition 2022 que de céder au plaisir facile et immédiat d’en suivre les grands matches. Je n’inciterai aucun étudiant à me suivre dans cette voie, mais si je peux susciter la réflexion voire le débat chez certains, ce sera à mes yeux un pas en avant.

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