en maître des lieux, Rafael Nadal éteint les ardeurs de Corentin Moutet

0
73

Petit, Corentin Moutet s’endormait avec le débardeur de Rafael Nadal en guise de pyjama, comme il le confessait aux journalistes, après sa victoire au premier tour de Roland-Garros. Mercredi 25 mai, à l’heure où les enfants sages vont au lit, le Français de 23 ans avait décidé de ne pas se laisser bercer par son idole de jeunesse, sur le court Philippe-Chatrier. Avant de se frotter au maître des lieux, treize fois vainqueur est-il besoin de le rappeler, le petit gaucher (1,75 m) à la patte de velours prétendait ne pas avoir le trouillomètre à zéro : « Je ne redoute rien du tout. J’y vais pour gagner, je suis compétiteur, c’est mon métier. »

Expédiée en trois sets (6-3, 6-1, 6-4) par l’Espagnol, la soirée de gala a hélas tourné court pour le Parisien, comme pour les 15 000 spectateurs. Pour la deuxième année, le tournoi programme sur le Central des sessions nocturnes (du 23 au 1er juin), qui donnent lieu à une billetterie séparée. Après un lancement en 2021 gâché par le huis clos puis les jauges restrictives imposées par la situation sanitaire, cette fois, le public est de la partie – et une fois n’est pas coutume, y compris dans les loges.

Le court Philippe-Chatrier, à Roland-Garros, lors du deuxième tour entre Rafael Nadal et Corentin Moutet, à Paris, le 25 mai 2022.

Pour le chauffer avant l’entrée des joueurs sur le court, le tournoi a fait appel à des DJs – Etienne de Crécy, Yuksek ou encore Jabberwocky, entre autres. « On veut que ces sessions de soirée soient un événement, un spectacle. Et que ça devienne une soirée parisienne incontournable pendant ces dix soirées », s’est emballée Amélie Mauresmo, la directrice du tournoi, lors de la présentation du tournoi en mars. Mercredi soir, La Fine Equipe a fait ce qu’elle a pu aux platines mais la grisaille parisienne n’a pas permis d’enflammer le Chatrier, au toit replié.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés A Roland-Garros, des sessions de soirée très confidentielles

Plongée dans l’inconnu

Le scénario non plus. Ce match était une plongée dans l’inconnu pour l’actuel 139e mondial, qui avait gagné le droit d’affronter l’Espagnol au deuxième tour en éliminant lundi un autre lauréat du tournoi, le revenant suisse Stan Wawrinka (2015). Moutet n’avait jamais affronté auparavant l’Espagnol, ni même tapé la balle avec lui à l’entraînement. Gêné depuis trois mois par une tendinite au poignet, le Français avait débarqué porte d’Auteuil avec pour toute préparation sur la brique pilée deux apparitions fugaces en Challenger (la deuxième division du circuit).

Le Français Corentin Moutet face à Rafael Nadal, sur le court Philppe-Chatrier, à Roland-Garros, le 25 mai 2022.

Pour l’Espagnol aussi, cette édition est l’une de celles où il se présente avec le moins de certitudes. Aucun titre cette année sur sa surface de prédilection et, pour la première fois depuis 2004, aucune finale de Masters 1000 sur ces terres européennes qu’il a longtemps fait siennes (Monte-Carlo, Madrid, Rome).

Après un retour tonitruant en début d’année, une victoire à l’Open d’Australie synonyme d’un 21e titre record en Grand Chelem et une série de 21 victoires consécutives, la parenthèse enchantée s’est brutalement refermée. Une blessure aux côtes à Indian Wells début mars l’a contraint à se ménager jusqu’au tournoi de Madrid, où, pour la première fois, il a rendu les armes face à son compatriote et successeur annoncé, Carlos Alcaraz, en quarts de finale. La semaine d’après, à Rome, il a fini son huitième de finale grimaçant et boitant face à Denis Shapovalov.

A bientôt 36 ans (il les fêtera le 3 juin), Nadal est une nouvelle fois rattrapé par ce mal qui lui ronge le pied gauche depuis 2005. « Je ne suis pas blessé… Je vis avec une blessure [le syndrome de Muller-Weiss], a-t-il rectifié devant les médias après sa défaite face au Canadien. Il n’y a rien de nouveau. Il y a beaucoup de jours où je ne peux pas m’entraîner normalement. C’est une douleur qui va et qui vient. Parfois plus forte, parfois moins. »

L’ancien numéro un mondial a appris à gérer cette douleur qui le martyrise chaque jour un peu plus, mais ne semble plus très loin du point de rupture. Parce qu’elle lui gâche son quotidien bien au-delà des courts de tennis. « Il va arriver un moment où ma tête va dire stop, parce que la douleur m’enlève le plaisir. Pas que pour le tennis, dans la vie. »

Lire aussi l’entretien : Article réservé à nos abonnés Rafael Nadal : « Je joue avec la douleur »

« J’arrête de faire des prédictions sur Nadal »

Lundi, tous les regards étaient scotchés sur ses chaussures bleu canard pour son entrée en lice face à l’Australien Jordan Thompson. Les déplacements et le score du Majorquin (6-2, 6-2, 6-2) pour signer sa 106e victoire à Roland-Garros – un record dans une levée du Grand Chelem jusqu’ici détenu par Roger Federer (105 à Wimbledon) – incitaient à l’optimisme.

Mercredi, sous les yeux de son oncle Toni, conseiller du Canadien Félix Auger Aliassime, l’Espagnol était encore loin d’être réglé. Mais il possède une telle marge sur la plupart de ses adversaire, qu’un Nadal même à 75 % de ses moyens reste un joueur par trop dangereux.

La nouvelle directrice du Grand Chelem parisien, Amélie Mauresmo, n’écarte pas l’Espagnol de la liste des prétendants à la Coupe des mousquetaires : « Je me souviens de 2020. Les conditions de jeu étaient censées le perturber, avec l’automne et la pluie, la terre battue lourde, (…) pourtant, il n’a pas perdu un set. J’arrête de faire des prédictions sur Nadal, disait-elle, interrogée en marge du tirage au sort sur les favoris du tableau masculin de cette édition 2022. Quand il est ici, la plupart du temps, les choses se passent très bien pour lui. »

« La douleur est toujours là. La question n’est pas de savoir si elle va disparaître, mais si elle est trop forte ou pas, si elle me permet de jouer avec de vraies chances de gagner ou pas, disait l’intéressé à la veille de son entrée en lice. Et si je n’y croyais pas, je ne serais probablement pas là. » Conviction sincère ou excès d’optimisme ? La suite du tournoi le dira.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici