Du vote de la FIFA en 2010 à la cérémonie d’ouverture, le roman noir de la Coupe du monde au Qatar

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C’était il y a douze ans, mais Sepp Blatter s’en souvient comme si c’était hier. Le 2 décembre 2010, au siège de la Fédération internationale de football (FIFA), à Zurich (Suisse), devant une salle remplie de VIP du foot et de la politique, le patron de l’institution décachette l’enveloppe contenant le nom du vainqueur du scrutin d’attribution de la Coupe du monde 2022. « Je savais que c’était le Qatar, et j’ai fait un peu la tête, se remémore l’ancien dirigeant helvète, aujourd’hui âgé de 86 ans. Dans ma conception de la FIFA et du Mondial, le tournoi n’aurait jamais dû aller là. Mais c’était fait. »

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Dans l’assemblée, l’imposant Hamad Ben Khalifa Al Thani, souverain de la monarchie du Golfe, et son épouse, l’altière Cheikha Moza Al-Misned, tout de pourpre vêtue, bondissent de leur siège. L’émir étreint ses enfants en pleurs. « Merci d’avoir cru dans le changement, merci d’avoir donné une chance au Qatar. Je vous le promets, vous serez fiers de nous », proclame à la tribune Mohammed Ben Hamad Al Thani, responsable de la candidature de l’émirat, au côté de Blatter, le visage crispé.

Cette cérémonie en mondovision consacre l’ascension foudroyante du Qatar sur la scène internationale. Lors du vote du comité exécutif de la FIFA, le micro-Etat l’a emporté avec quatorze voix contre huit à son principal concurrent, les Etats-Unis. « Un coup d’éclat », assurent les partisans de l’émirat. « Un hold-up », rétorquent ses détracteurs, au courant des rumeurs de pots-de-vin qui enflent en coulisses.

C’est la séquence d’ouverture d’une série à grand spectacle. Les trois coups d’une interminable empoignade, mêlant lobbying, espionnage, intox et sabotage. Dans les premiers rôles de cette superproduction, dont le budget se chiffre en centaines de millions de dollars, il y a une armada de diplomates et de consultants : ceux du Qatar, déterminé coûte que coûte à réussir « sa » Coupe, et ceux de ses adversaires du Golfe, prêts à tout pour l’en empêcher.

Campagne en forme de rouleau compresseur

Mais au générique de cette guerre de l’ombre, aussi rocambolesque que délétère, on trouve également les barons de la FIFA, les experts de l’Organisation internationale du travail (OIT), les magistrats du Parquet national financier et quelques chasseurs de scoops de la presse internationale. A la veille de l’ouverture de la compétition, qui se tient du 20 novembre au 18 décembre, voici le roman noir du Mondial, l’histoire d’un tournoi qui aurait pu ne jamais avoir lieu.

Pour les Qataris, les ennuis ont commencé avant même le 2 décembre 2010. L’année précédente, le Français Jérôme Valcke, alors secrétaire général de la FIFA, était venu leur suggérer de retirer leur candidature en échange d’autres compétitions, de rang inférieur. La requête émanait de Sepp Blatter, guère enchanté à l’idée que son tournoi fétiche, vitrine et poule aux œufs d’or de la FIFA, se tienne dans un pays « aussi grand que le canton de Zoug » (Suisse), et qu’il se déroule, qui plus est, durant l’hiver. Un risque évident, compte tenu de la fournaise que devient l’émirat pendant l’été.

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