Coupe du monde 2022 : le purgatoire d’Eden Hazard, capitaine belge en perdition

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« Je préfère perdre avec cette Belgique que gagner avec cette France. » Le 10 juillet 2018, au stade de Saint-Pétersbourg, en Russie, Eden Hazard avait la défaite amère au sortir d’une demi-finale tendue et perdue par les Diables rouges sur un score étriqué (1-0 pour les Bleus). Des mots prononcés à chaud, qui traduisaient surtout la déception immense de passer proche, très proche d’une finale de la Coupe du monde.

Lucide, Eden Hazard dira aussi : « On a été bons pendant quatre-vingt-dix minutes, on a eu le contrôle du jeu sans être dangereux. » Ce soir-là, le Belge, numéro 10 dans le dos, brassard de capitaine autour du bras, avait multiplié les dribbles pour tenter de faire sauter le verrou de la défense tricolore. En vain.

Quatre ans et demi plus tard, la Belgique est en lice au Qatar, mais de l’eau a coulé sous les ponts de la Meuse. Revoir les Diables rouges dans le dernier carré de la compétition serait une surprise car le collectif de la sélection a vieilli (en défense, Jan Vertonghen et Toby Alderweireld ont 35 et 33 ans). En outre, l’époque où Eden Hazard faisait partie des plus grands joueurs du monde est révolue.

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A 31 ans, le joueur du Real Madrid a passé quasiment tout le début de saison 2022-2023 vissé sur le banc des remplaçants, dans la lignée des trois exercices précédents. « Je suis un peu dans une impasse », reconnaît le Wallon avant la compétition au Qatar.

Perdu de vue depuis son transfert au Real Madrid

Formé à Lille, élu meilleur joueur du championnat de France à deux reprises (2010-2011 et 2011-2012), l’ailier avait ensuite brillé sous les couleurs de Chelsea, en Angleterre. Collectionnant les titres avec les Blues et les récompenses individuelles, il réalisait ensuite son rêve en signant au Real Madrid, entraîné alors par celui qui fut son idole : Zinédine Zidane.

C’est le transfert de l’été 2019. Montant estimé de la transaction : 115 millions d’euros. Depuis, la valeur du joueur a baissé en flèche (le site de référence Transfermarkt l’estime aujourd’hui à 7,5 millions d’euros). Si son club a remporté la prestigieuse Ligue des champions le 28 mai au Stade de France, on n’a quasiment pas vu le Belge sur le terrain au cours de son renversant parcours. « Pour moi, je n’ai pas vraiment gagné la Ligue des champions », confiait-il dans une interview à L’Equipe la semaine passée.

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Critiqué par la presse espagnole dès son arrivée pour son embonpoint, bloqué par les blessures, Eden Hazard n’a jamais exprimé la pleine mesure de son talent chez les Merengues. « Il a été opéré aux Etats-Unis. On lui a mis une plaque dans la cheville droite, qui a ensuite été retirée », rappelle Frank Van de Winkel, auteur de la biographie Eden Hazard. Entre les lignes (éditions Racine, 2018).

Consultant pour la RTBF, Alexandre Teklak connaît bien le prodige qui a grandi à Braine-le-Comte. Interrogé par Le Monde il y a quelques mois, il dressait ce constat douloureux : « Eden a toujours basé son jeu sur une très grande explosivité, mais il a été contraint de changer car il a perdu avec les blessures ce coup de reins pour éliminer les défenseurs. Il est devenu une sorte de milieu relayeur dans les trente derniers mètres. Or, dans cette zone, il faut faire des différences, et cela, il n’en est malheureusement plus capable. Il a peur de trop pousser. C’est symptomatique des joueurs qui enchaînent les pépins physiques. »

« Je suis désolé. J’essaie, mais… »

Finalement, Eden Hazard semble lui-même résigné à l’idée de ne pas s’imposer au Real Madrid. « Je suis désolé. J’essaie, mais… Je ne joue pas, je veux jouer davantage… Je suis vraiment désolé, je suis désolé pour ce qui s’est passé », disait-il dans une interview au journal espagnol Marca, publiée le 15 novembre. Un départ l’été prochain à destination d’un club de moindre envergure semble inéluctable.

Malgré son déclassement en club et la concurrence, sous le maillot belge, de Leandro Trossard (très en vue en début de saison du côté de Brighton, dans le championnat d’Angleterre), Eden Hazard conserve son statut de titulaire-capitaine auprès du sélectionneur Roberto Martinez.

Quand un journaliste a demandé au joueur, en conférence, lundi 14 novembre, une semaine avant de disputer sa troisième Coupe du monde : « Si vous étiez sélectionneur, seriez-vous titulaire en équipe de Belgique ? », l’intéressé a plaidé sa cause en rappelant son CV : « Sur ce que j’ai fait ces deux dernières années, non. Sur mes quinze dernières années et ce que j’ai fait en équipe nationale, oui. »

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Ce serait justement la limite de l’équipe nationale actuelle, estime Jonathan Ghislain, représentant du groupe de supporteurs Belgium Ultras : « Le coach, Roberto Martinez, a trop de respect pour ses anciens pour les remplacer », regrette-t-il en citant le cas du numéro 10, mais aussi de Jan Vertonghen et Toby Alderweireld en défense.

Pour ce fidèle des Diables rouges, qui a choisi de ne pas assister au Mondial au Qatar, « on parle toujours de ce qu’Eden Hazard a fait, mais aujourd’hui, il a le niveau d’un joueur moyen ». Un constat appuyé par la prestation de l’ailier lors du dernier match de préparation des Diables rouges, perdu face à l’Egypte – une sélection non qualifiée pour le Mondial –, le 18 novembre. Aligné pendant soixante-dix minutes, Eden Hazard n’était plus que l’ombre du joueur qui avait brillé à la Coupe du monde en Russie.

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