Coupe du monde 2022 : à l’université de Dakar, « quand le Sénégal joue, on oublie tous nos problèmes »

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Des supporteurs réunis dans la fan-zone de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, dimanche 4 décembre.

Le coup de sifflet final vient de retentir, étouffé par le fracas des percussions. Dimanche 4 septembre, la défaite du Sénégal (3-0) face à une équipe d’Angleterre aussi puissante que réaliste n’a pas totalement entamé la ferveur des supporteurs réunis dans la fan-zone de l’université Cheikh-Anta-Diop (UCAD) de Dakar. Malgré l’élimination des Lions de la Teranga de la Coupe du monde au Qatar, les drapeaux volent et les trompettes vrombissent encore. « On veut leur montrer que nous sommes très fiers d’eux. La plupart des gens ne pensaient pas que le Sénégal se qualifierait pour les huitièmes de finale après la blessure de Sadio Mané », débriefe Malick Gueye, un supporteur venu de l’extérieur.

L’absence de l’attaquant star du Sénégal, blessé à quelques jours du début de la compétition et contraint de déclarer forfait à la stupeur générale, a clairement pesé sur les performances des hommes d’Aliou Cissé. D’autant qu’Idrissa Gueye, précieux milieu de terrain sénégalais, manquait aussi à l’appel face à l’Angleterre, suspendu après avoir reçu deux cartons jaunes lors de la phase de poule.

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Face au Three Lions, les Sénégalais n’étaient pas partis vaincus pour autant. Pendant la première demi-heure, ils chahutent même sérieusement la défense anglaise. Quand l’écran de l’UCAD se remet enfin en marche après dix bonnes minutes de panne technique, les supporteurs découvrent Boulaye Dia en pointe devant les cages de Jordan Pickford. Le speaker s’époumone. Des cris de joie et des mouvements de foule agitent les travées de l’université.

« Le Mondial réunifie tout le campus »

Depuis le début de la phase finale du Mondial, la place Omar-Pène est « réputée comme la plus bouillonnante fan-zone de Dakar », explique un journaliste sénégalais en montrant du doigt les milliers de supporteurs qui débordent jusqu’aux balcons des chambres universitaires. « Le Mondial réunifie tout le campus », assure Madjiguene Mbengue, étudiante de 23 ans en lettres modernes. « Il n’y a plus de conflits entre pro-Macky Sall [le président sénégalais] ou pro-Ousmane Sonko [le principal opposant] », observe-t-elle, tout sourire.

L’enthousiasme général baisse d’un ton après l’ouverture du score par Jordan Henderson à la 38e minute, suivi dix minutes plus tard par l’attaquant Harry Kane (2-0). Ces deux buts, l’étudiant en sciences économiques Lenf Olito, 20 ans, les a vus de sa chambre, lassé d’attendre que l’écran géant de la place Omar-Pène s’allume enfin. La panne, se désole-t-il, en dit long sur les dysfonctionnements qui affectent la plus grande université du pays. « Les étudiants ne mangent pas bien, ne dorment pas bien, et à la sortie, il n’y a pas de travail. J’ai des grands frères qui ont un master et qui ne font rien à la maison. Dans ce pays, la jeunesse est à la dérive. » Seulement, ajoute-t-il, « quand le Sénégal joue, on oublie tous nos problèmes ».

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Sur le terrain, les Lions de la Teranga sont un peu groggy. Les partenaires de Kalidou Koulibaly subissent les contre-attaques adverses. A la deuxième mi-temps, un troisième but anglais vient définitivement enterrer les espoirs des Sénégalais, qui ne verront donc pas leur rêve se réaliser : affronter la France et espérer la battre en quart de finale de la compétition reine. « C’est une affiche que tout le monde aurait aimé voir de nouveau, regrette Lenf Olito. Je suis né en 2002, on m’a raconté l’ébullition dans le pays après la victoire du Sénégal contre la France en Coupe du monde. »

A l’UCAD, où les étudiants du continent sont nombreux, on se console en faisant bloc derrière la dernière équipe africaine encore en lice : d’autres Lions, de l’Atlas cette fois, qui feront face à l’Espagne mardi.

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