“Alexis Pinturault danse aussi mal qu’il skie bien” : les géantistes vus par leurs coaches

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De notre envoyé spécial à Courchevel-Méribel

Mathieu Faivre : “L’esthète qui ne vit que pour son sport”

Mat’, c’est un esthète du ski, qui incarne cette exigence de tous les instants“, pour Romain Velez. “Tout est au millimètre chez lui : son ski, comme sa façon de s’habiller. Il est toujours bien coiffé, le polo bien repassé.” “C’est maladif, limite pathologique“, précise Kevin Page. “On l’a bien chambré à Pékin quand il était obligé de porter la tenue officielle chaque jour.

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Il peut s’avérer distant, mais son attitude cache un gros cœur, une carapace pour se protéger, ajoute Page. Quand je suis arrivé comme coach (au printemps 2017), Mathieu était un peu à part (du groupe). Le petit jeune devait trouver sa place entre tous ces cadors. Il a commis des erreurs mais s’en est rendu compte. Il s’est remis en question, notamment après les JO de Pyeongchang, où il avait eu une réflexion maladroite. Aujourd’hui, sa relation avec les autres a changé et il est épanoui dans ce groupe.” “Depuis ses titres mondiaux à Cortina, il est plus en paix, avec lui-même, avec les autres” insiste Romain Velez.

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C’est un mec bien qui bosse, résume Velez. Les 25 et 31 décembre, il était tout seul à Albertville à soulever des barres par exemple. Il ne vit que pour son sport.” “Quand Romain a débarqué dans le groupe au printemps 2019, je l’ai prévenu : ‘Faivre peut parfois afficher un certain caractère, tu verras…” Velez s’amuse alors à “brancher” son skieur. Souvent. Très souvent. Sans arriver à ses fins néanmoins. Et puis…

Cet été-là, on part à Ushuaïa. Mathieu s’étant blessé au dos juste avant, il arrive un peu après les autres, se souvient Page. Le dernier jour, on organise une séance de géant avec Julien Lizeroux et Robin Buffet. La veille, ça commence à se charrier entre eux. Le matin-même, j’avertis Mathieu : ‘Si tu te fais battre par Julien, je démissionne.’” Faivre remporte la première manche mais se fait dominer sur les deux suivantes. “Je suis sur le côté et je comprends qu’il monte en pression. J’envoie un SMS à Romain (qui était reparti en France) : ‘C’est pour aujourd’hui !’

Velez confirme : “Je n’ai pas compris tout de suite de quoi il me parlait. Et puis, Kevin m’a envoyé une photo des bâtons de Mathieu cassés en deux et des chronos du jour.” Dix minutes plus tard, Faivre s’était fendu d’un message d’excuse. “C’est tout Mathieu ça.” Une époque révolue tant le Niçois a fait des efforts depuis pour corriger ce tempérament affirmé.

Contrairement à certains “énervés” dans le portillon, ce grand fan de Bode Miller a, lui, besoin d’être calme avant chaque départ. “Dans la cabane, il est stoïque, respire, ne lâche pas un mot, décrit Velez. C’est assez impressionnant à voir pour nous, ses coaches. Car il n’est pas celui qui montre le plus ses émotions. Quand on le sent heureux, c’est notre plus belle récompense.

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Alexis Pinturault : “ce dieu grec danse aussi mal qu’il skie bien”

Depuis la création de sa propre cellule, le skieur de Courchevel passe moins de temps avec le reste du groupe. “Je ne connais pas beaucoup le Pinturault d’aujourd’hui, avoue Velez. Mais j’ai des souvenirs de lui il y a 12-13 ans : il avait déjà cet œil déterminé. C’est un animal quand il est aux affaires. Et en dehors du ski, un mec profondément gentil.” “Ce qui m’impressionne le plus, explique Page, c’est sa capacité d’adaptation pour passer d’une discipline à une autre en si peu de temps. Ils sont très peu capables de faire ça.”

L’imposante présence d’Alexis dans le groupe technique n’a pas été simple à gérer au début. “Les autres skieurs ont sûrement eu la sensation que nous, les coaches, on en faisait moins pour eux.” La création de sa structure avec l’aide de la FFS a assaini la situation. “Aujourd’hui, les gars sont contents quand Alexis s’entraîne avec eux. Ils le respectent énormément, juge Page. C’était chouette de voir Mathieu féliciter Alexis pour son gros globe l’an dernier. C’était sincère. Alexis a eu aussi de belles paroles pour Clément (Noël) aux Jeux. Les choses sont saines maintenant.”

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“A Cortina, malgré la déception du géant, on a vu Alexis congratuler Mathieu à l’hôtel. Bon, après, ils n’ont pas bu de bières tous les deux non plus”, s’amuse Page. “Il est taillé comme un dieu grec, il a tout pour plaire, une tête d’ange. C’est difficile de lui trouver des défauts, mais on peut affirmer sans problème qu’Alexis danse… très mal. Mais alors vraiment mal. En fait, il danse aussi mal qu’il skie bien, plaisante Velez s’appuyant sur une expérience vécue lors du mariage de l’ancien slalomeur Maxime Tissot.

Velez confirme : “Alexis a toujours été un gamin qui sortait du lot. Avant même d’être adulte, il ‘faisait’ athlète de haut niveau.” Une anecdote a particulièrement marqué l’un des deux entraîneurs français : “En 2005, je suis coach à Serre-Chevalier, se souvient Page. Et Pinturault participe à la finale des Écureuils d’Or. Il sort en première manche, part dernier de la seconde après 120 dossards, mais signe quand même le meilleur temps. J’avais été bluffé.”

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Thibaut Favrot : “De l’euphorie à l’angoisse en quelques minutes”

L’Alsacien est “un skieur avec beaucoup de vie dans son ski, avec une qualité d’engagement exceptionnelle. Mais il doit progresser dans sa capacité à gérer l’enjeu”, pour Page. “A l’entraînement, il skie au même niveau que les meilleurs, mais il y a un delta important avec ce qu’il fait en course. Humainement, c’est un jeune homme agréable à vivre mais qui prend vite la mouche, et très mauvais perdant.”

“Titi se complique souvent la vie, estime Page, qui le connait depuis ses 13-14 ans. Caril n’a pas confiance en lui. Il est capable de tout remettre en question à 24 ou 48 heures d’une course.” Passé par la Coupe d’Europe, puis redescendu en groupe Relève, Favrot a connu mille vies avant d’accéder aux épreuves de Coupe du monde. “Il n’a pas la même histoire que les autres. Mais c’est quelqu’un qui ne lâche rien. Parfois, il a tendance à voir le verre à moitié vide, au lieu de souffler un grand coup et de se satisfaire de ce qu’il a déjà fait.”

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“Dans ce groupe, il n’y a que des compétiteurs là pour bouffer les autres. Mais c’est très sain, précise Page. Cyprien (Sarrazin) et Thibaut sont très proches.” A tel point que ce qui touche le premier peut affecter le second. A Pékin, l’Alsacien a commencé à stresser : “Je lui ai immédiatement demander de ne pas oublier où il était il y a dix ans. Son principal défaut est de passer de l’euphorie à l’angoisse en quelques minutes. Il avait juste besoin d’entendre qu’il était privilégié d’être là, que personne ne l’attendait. Il n’a pas être un autre, on veut qu’il soit lui, simplement.”

Cyprien Sarrazin ou le syndrome de l’imposteur

Comme dirait Coluche, Cyp’ est capable du meilleur comme du pire, et en ce moment, c’est dans le pire, qu’il est le meilleur, tance Velez. Pour autant, il y a une forme du génie dans ce qu’il fait. Quand les planètes s’alignent, il skie au niveau des meilleurs. Comme à Alta Badia en 2019 (2e).” “C’est une arme de guerre physique avec une puissance max monstrueuse combinée à une VMA élevée, avertit son coach. “Il aurait presque les qualités pour être pro en VTT, estime Page.

Sarrazin a frappé très fort pour finir juste derrière Kristoffersen : sa seconde manche de feu

Gros gabarit, aussi fort qu’endurant, Sarrazin est capable “de grimper des cols du Tour de France en vélo sans souci. Sur son VTT, c’est un monstre. Aux Deux-Alpes, il nous coache souvent. Sur 500m, il va monter en roue arrière, quand toi, tu es à l’agonie. Mais on lui pardonne son impertinence car c’est un grand gentil. C’est l’éponge du groupe vers qui se tournent tous les autres quand il y a un souci. On aurait presque envie de le secouer et de lui dire de faire sa vie.”“Tout le monde l’adore, ajoute Page. Mais il doit être plus “méchant” parfois. Il a un peu le syndrome de l’imposteur.Cyprien doute beaucoup de ses capacités.

Une anecdote incarne sa gentillesse : “Aux JO, le jour du slalom, il s’est entraîné en parallèle le matin, raconte Page. Mais il savait déjà qu’il ne le disputerait pas. Après une seule manche, il a dit aux coaches : ‘J’arrête de m’entraîner, je vais voir Clément (Noël).’ Il avait pour objectif de faire décompresser son pote avant sa course, de lui faire penser à autre chose. Simone Del Dio (le coach de slalom) m’a dit qu’il n’avait jamais vu ça de sa vie. Clément a énormément apprécié.”

Victor Muffat-Jeandet, “une tête de pioche mais un mec sensible aussi”

“Totor incarne la détermination, le travail et la polyvalence, juge Velez. Il n’est pas le plus talentueux, mais c’est un laborieux, un passionné qui peut déplacer des montagnes. Mais il doit accepter d’en faire un peu moins, prioriser et accorder moins d’importances à certaines petites choses.” Pas simple car le Français est têtu : “Tu peux avoir une discussion avec lui sur un choix de matériel par exemple, tu argumentes deux heures, lui va acquiescer plusieurs fois. Et puis, à la fin, il te dit qu’il fera quand même ce qu’il a décidé.”

Muffat-Jeandet : “Là, je suis plutôt dans le déni, j’ai l’impression d’être dans un mauvais rêve”

“Une tête de pioche mais un mec sensible aussi, à fleur de peau par moment. Il peut vite être submergé par ses émotions”, ajoute Page. Très proche de Thomas Fanara, avec qui il a créé la marque Skkil ou d’Alexis Pinturault, Muffat-Jeandet adore son métier. “Il a jonglé entre les groupes durant sa carrière. Il est un peu hybride, il s’adapte constamment.” Velez lève le doigt : “En revanche, il est tout le temps en retard.” Page confirme dans un sourire : “Ça peut exaspérer autour de lui. A l’entraînement aussi, il est lent à se mettre en route. Il attend la 10e manche pour faire son meilleur temps. Mais il n’y a personne pour le voir, tous les autres sont déjà partis…”

Mais Muffat-Jeandet est un cérébral : “Avec l’expérience, à plus de trente ans, il voit les choses différemment maintenant.” Victime d’une fracture du péroné à Zagreb début janvier, VMJ a attaqué sa rééducation récemment. “Il ne doit penser qu’à sa date de reprise, c’est certain, avance Page, qui conclut avec beaucoup d’affection, comme pour tous les autres : “Quand je suis arrivé dans le groupe, c’est Totor qui m’a accueilli le plus vite. Je devais aussi me faire un peu ma place. Il a été accueillant avec moi. Je n’ai jamais oublié…”

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