mercredi, février 11

L’Europe est frappée de plein fouet par le deuxième choc chinois. Le premier, au début des années 2000, avec l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce, avait vu l’envolée des produits « made in China » bas de gamme aux prix imbattables : textile, jouets, acier, etc. Ce modèle est aujourd’hui largement dépassé. L’empire du Milieu est devenu un concurrent majeur dans toutes les technologies de pointe. Il a détruit l’industrie européenne des panneaux solaires, il y a une décennie, est devenu le premier pays au monde pour la construction de nouvelles centrales nucléaires et une puissance majeure pour l’invention de nouveaux médicaments.

L’exemple de l’automobile est le plus frappant. Avant la pandémie de Covid-19, la Chine était importatrice nette de voitures. Aujourd’hui, 40 % des véhicules individuels produits dans le monde sortent de ses usines. Surtout, grâce à sa maîtrise des batteries, elle a une nette longueur d’avance dans la production de voitures électriques, l’avenir de la filière. L’Europe subit, groggy.

Jeudi 12 février, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne (UE) se retrouvent en Belgique pour un sommet consacré à la compétitivité. En septembre 2024, Mario Draghi, ancien président de la Banque centrale européenne, avait remis un rapport alarmant sur le décrochage économique européen. Près de dix-huit mois plus tard, ses préconisations commencent à peine à être mises en œuvre. Dans le même temps, Donald Trump a imposé à l’UE des droits de douane de 15 %.

Le risque pour l’Europe est celui d’une nouvelle vague de désindustrialisation, plus violente encore, et d’une perte accrue de souveraineté économique, alimentant la démagogie politique et la crise démocratique.

Des automobiles destinés à l’exportation dans le port de Yantai, dans la province chinoise du Shandong, le 18 janvier 2026.

Comment sortir de ces constats et enfin réagir ? Le rapport publié lundi 9 février par Clément Beaune, haut-commissaire à la stratégie et au plan, propose soit d’imposer des droits de douane de 30 % à l’ensemble des produits chinois, soit de baisser de 30 % la valeur de l’euro. Pour M. Beaune, ces menaces – qui n’ont guère de chance d’être adoptées par l’UE – sont destinées à amener les Chinois à la table des négociations, afin qu’ils réévaluent enfin leur monnaie, sous-évaluée d’environ 25 %, ou qu’ils réduisent les subventions à leurs industries.

De son côté, dans un entretien publié mardi 10 février par Le Monde et d’autres journaux européens, Emmanuel Macron met l’accent sur la nécessité de réformer l’UE afin de redynamiser cet immense marché de 450 millions d’habitants. Il préconise un grand plan d’endettement paneuropéen, destiné à investir dans la transition écologique, l’intelligence artificielle et le quantique, pour éviter au continent d’être balayé dans ces secteurs-clés.

Lire aussi l’entretien | Article réservé à nos abonnés Emmanuel Macron : « C’est le moment pour l’UE de lancer une capacité commune d’endettement, à travers des eurobonds »

Si l’Europe veut survivre à la fois économiquement et politiquement, c’est bien conjointement dans ces deux directions – protection et investissement – qu’elle doit urgemment innover. La révolution technologique chinoise est issue du plan « Made in China 2025 », adopté en 2015, qui visait explicitement le développement de secteurs prioritaires. Il est temps pour l’UE de surmonter ses divisions afin de définir à son tour des mesures de protection de ses secteurs stratégiques et une politique industrielle s’appuyant sur un plan d’investissement commun et un renforcement de son système scolaire et universitaire. Ces impératifs ne sont pas nouveaux. La situation géopolitique et l’évolution des rapports de force économiques les rendent vitaux.

Le Monde

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