lundi, mars 30
Un enfant soudanais dont la famille a fui la ville d’El-Fasher reçoit des soins dans un camp à Tawila (Soudan), le 2 novembre 2025.

La mission indépendante d’établissement des faits de l’ONU sur le Soudan a fait état, jeudi 19 février, d’« actes de génocide » à El-Fasher, théâtre d’exactions après sa prise par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), fin octobre 2025. « Alors que le conflit s’est étendu à la région du Kordofan, la protection urgente des civils est plus que jamais nécessaire », a averti Joy Ngozi Ezeilo, experte de la mission.

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Depuis la chute d’El-Fasher dans le Darfour, le Kordofan voisin – vaste zone fertile et riche en pétrole – est devenu le front le plus disputé du conflit qui oppose depuis avril 2023 l’armée régulière aux FSR, avec une intensification des frappes de drones. Lundi, une frappe sur un camp de déplacés du Kordofan a tué au moins 15 enfants, selon l’Unicef. Dans la même région, une autre frappe sur un marché avait fait au moins 28 morts la veille.

Dans un rapport intitulé « Caractéristiques du génocide à El-Fasher », la mission de l’ONU a établi que « l’intention génocidaire était la seule conclusion raisonnable que l’on puisse tirer des agissements systématiques des FSR ». Ces actes sont « caractérisés par des meurtres ciblés sur des critères ethniques, des violences sexuelles, des destructions et des déclarations publiques appelant explicitement à l’élimination des communautés non arabes », détaille un communiqué.

« Ce sont, page après page, les récits les plus bouleversants que l’on puisse imaginer », a commenté la ministre des affaires étrangères britannique, Yvette Cooper, qui présidait une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur le Soudan, jeudi. Elle a appelé à « faire en sorte que les Nations unies soient une force qui rassemble les pays du monde entier pour exiger la paix ». Une « action forte du Conseil de sécurité est plus importante que jamais », a abondé Rosemary DiCarlo, secrétaire générale adjointe de l’ONU.

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« Horreur absolue »

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a estimé qu’au cours des trois premiers jours de l’offensive au moins 6 000 personnes avaient été tuées, 4 400 à l’intérieur de la ville et plus de 1 600 dans leur fuite. « L’ampleur, la coordination et le soutien public apporté à l’opération par les hauts responsables des FSR démontrent que les crimes commis à El-Fasher et dans ses environs n’étaient pas des exactions de guerre isolées », a déclaré Mohamed Chande Othman, président de la mission.

Selon le rapport, les combattants « ont ouvertement déclaré leur intention de cibler et d’éliminer les communautés non arabes ». « Au moins trois actes constitutifs de génocide ont été commis », détaille la mission, citant « le meurtre de membres d’un groupe ethnique protégé ; le fait de causer des atteintes graves à l’intégrité physique et mentale ; et le fait d’imposer délibérément des conditions d’existence destinées à entraîner la destruction physique totale ou partielle du groupe ».

Avant la prise de la ville, dix-huit mois de siège ont « systématiquement affaibli la population ciblée par la famine, les privations, les traumatismes et l’enfermement », la laissant « sans défense face à l’extrême violence qui a suivi », rappelle la mission. Au début de l’offensive, des milliers de personnes ont été « tuées, violées ou ont disparu au cours de trois jours d’horreur absolue ».

« Lorsqu’il existe des preuves de génocide, la communauté internationale a une obligation accrue de prévenir, de protéger et de veiller à ce que justice soit faite », a insisté M. Othman. « En l’absence de mesures efficaces de prévention et de responsabilisation (…) le risque de nouveaux actes de génocide demeure grave et persistant », ajoute le rapport.

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Gel des avoirs

Le gouvernement américain a, de son côté, annoncé des sanctions contre trois commandants des FSR accusés d’avoir dirigé les paramilitaires à El-Fasher. Celles-ci visent Elfateh Abdullah Idris Adam, un général des FSR, Gedo Hamdan Ahmed Mohamed et Tijani Ibrahim Moussa Mohamed, tous deux commandants d’unités au moment de la chute de la ville.

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Selon le département américain du trésor, qui a la charge de ces sanctions, M. Idris s’est filmé lui-même « en train de tuer des civils désarmés et se vantant d’en avoir tué des milliers », alors que les deux commandants ont participé directement et indirectement « au massacre de milliers de personnes », à des enlèvements, des actes de torture et de violence sexuelle.

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Selon le communiqué du ministère, le général Idris « a été interpellé par les FSR pour ses atteintes aux droits humains, mais il est vraisemblable qu’il s’agisse d’une mise en scène visant à prendre leurs distances vis-à-vis des atrocités commises à El-Fasher ». « Nous ne tolérerons pas cette campagne de terreur et de massacres insensés au Soudan », a déclaré le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, cité dans le communiqué.

Les sanctions impliquent le gel de l’ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux Etats-Unis par les personnes visées, ainsi que l’interdiction pour toute personne ou entreprise américaine de faire affaire avec les trois commandants. Elles interviennent après une décision similaire prise par le Royaume-Uni puis l’Union européenne en décembre et janvier, visant les mêmes responsables militaires des FSR.

Près de trois ans de guerre ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et déraciné plus de 11 millions de personnes au Soudan, provoquant la « pire crise humanitaire au monde » selon l’ONU.

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Le Monde avec AFP

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