dimanche, février 8

  • Elizabeth Zuna Caisaguano a été arrêtée avec sa mère le 6 janvier dernier près de Minneapolis par les policiers de l’ICE, visés par une vague de contestation.
  • Elles ont été transférées dans la foulée à l’autre bout du pays, au Texas, et n’ont pu rentrer qu’un mois plus tard.
  • Une épreuve douloureuse pour cette famille d’origine équatorienne, qui fait écho au calvaire de Liam, un enfant de 5 ans également détenu.

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La police de l’immigration de Donald Trump de plus en plus contestée

Après le jeune Liam, 5 ans, dont la mine apeurée et le bonnet en forme de lapin (nouvelle fenêtre) lors de son arrestation ont fait le tour du monde, le témoignage d’une autre enfant a déclenché l’émoi aux États-Unis ces derniers jours. Elizabeth Zuna Caisaguano, une fillette de 10 ans originaire de l’Équateur, a elle aussi été arrêtée par la police de l’immigration (ICE) près de Minneapolis, puis détenue pendant près d’un mois avec sa mère à près de 2.000 kilomètres de chez elle, avant d’être enfin libérée cette semaine.

Le 6 janvier dernier au petit matin, vers 6h10, Rosa Caisaguano Cajilema amenait sa fille à l’arrêt de bus dans la banlieue de Minneapolis, au Minnesota, lorsque plusieurs véhicules d’agents fédéraux ont soudainement encerclé leur voiture. L’enfant a alors contacté son père, mais sans savoir le sort qui allait lui être réservé par les policiers, dont les méthodes ont été vivement contestées ces dernières semaines, après la mort de deux habitants (nouvelle fenêtre), tués par l’ICE.

Son père se rend à l’école… mais l’enfant n’y arrive jamais

« Elle a dit : ‘L’ICE va me déposer à l’école' », a raconté Luis Zuna à la chaîne CNN (nouvelle fenêtre). Mais lorsqu’il tente de la rappeler et qu’elle ne décroche plus, il est alors pris de panique et se précipite aux portes de l’établissement scolaire. L’équipe pédagogique attend, elle aussi, l’enfant, à ses côtés, mais en vain. Ce n’est que plus tard dans la journée qu’ils découvrent que la fillette et sa mère étaient déjà en route pour le Texas. 

Des longues heures d’angoisse irrespirables pour le père de famille. « Je l’ai vu assis dans sa voiture, la tête enfouie dans ses mains, pleurant sans pouvoir se contrôler. Ce sont des images que l’on n’oublie pas », a relaté lors d’une conférence de presse Tracy Xiong, assistante sociale de l’école où Elizabeth était scolarisée, citée par The Guardian (nouvelle fenêtre)

Durant ce long vol, l’enfant, elle, était terrifiée à l’idée d’être renvoyée en Équateur (nouvelle fenêtre). « Elle a cru que ses rêves étaient brisés. Elle rêve de devenir médecin. Elle a supplié son père : Sors-moi de là. Je veux rentrer chez moi. Je veux retourner à l’école« , a raconté de son côté une responsable de l’école, Carolina Gutierrez, au journal britannique. 

Le département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS) a affirmé dans les médias avoir proposé à la mère d’Elizabeth de confier l’enfant à un adulte de confiance, comme le veut la procédure, mais qu’elle n’en avait pas trouvé. Une version démentie par la famille et les responsables de l’école. 

Le DHS a également déclaré que Rosa Caisaguano Cajilema « est une étrangère en situation irrégulière » et fait « l’objet d’un ordre d’expulsion définitif », ce que contestent aussi les soutiens de la famille. Le couple avait demandé l’asile aux États-Unis en 2020, pour fuir la misère en Équateur, mais un juge a rejeté leur requête (nouvelle fenêtre) en septembre dernier, selon l’avocat Bobby Painter, à la tête d’une ONG spécialisée sur les questions migratoires. La famille a ensuite fait appel, et la procédure est toujours en cours. 

« Je me suis sentie comme une criminelle », confie la fillette

Au bout de près d’un mois de calvaire, Elizabeth et sa mère ont enfin pu rentrer dans le Minnesota et retrouver Luis Zuna mercredi. Selon cet avocat, la « raison exacte » de leur libération n’est toujours pas connue et leur bataille continue pour tenter d’obtenir le droit d’asile. Une cagnotte (nouvelle fenêtre) lancée pour les aider financièrement atteint déjà plus de 36.000 dollars. La mère et sa fille portent encore les stigmates de cet épisode douloureux, tout d’abord physiquement : l’enfant présente des symptômes grippaux et sa mère a développé de l’urticaire, selon The Guardian. Mais aussi psychologiquement. 

Dans un reportage de la chaîne Telemundo, qui a pu rencontrer la fillette après sa détention, elle apparaît encore très nerveuse et choquée par cette expérience. « Je me suis sentie comme une criminelle, nous ne méritions pas cela », articule-t-elle, racontant avoir vu « beaucoup d’enfants » dans le centre de détention, et même « des bébés de 8 ou 7 mois ».  « En tant que mère, je sens qu’elle est traumatisée mentalement, psychologiquement (nouvelle fenêtre)« , lance à ses côtés Rosa, la gorge nouée par l’émotion. « C’est un endroit où personne ne mérite d’être, encore moins des enfants. »

Le jeune Liam Conejo Ramos, arrêté fin janvier puis libéré une dizaine de jours plus tard, venait du même district scolaire et avait lui aussi été transféré dans un centre de détention au Texas. Selon CNN, cinq autres enfants de cette même communauté ont subi le même sort, et les équipes pédagogiques ont perdu le contact avec plusieurs élèves. « Les enfants ont leur place à l’école, pas en détention, a dénoncé Tracy Xiong. Aucun enfant ne devrait jamais disparaître sur le chemin de l’école. »

Maëlane LOAËC

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