Vingt-quatre heures après avoir donné sa version des faits à propos de la mort d’Abdoulaye Ba, l’étudiant de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (Ucad) décédé le 9 février quand la police est intervenue sans ménagement sur le campus, le procureur de la République de Dakar peine à convaincre.
Allant dans le même sens qu’une vidéo qui a largement circulé sur les réseaux sociaux, celui-ci a donné une conférence de presse, mardi 17 février, au cours de laquelle il a assuré que le jeune homme s’était tué en sautant du quatrième étage de sa résidence étudiante en voulant échapper à un incendie parti d’une chambre voisine.
Pour Ibrahim Ndoye, la mort d’Abdoulaye Ba n’a donc rien à voir avec des violences policières, comme cela avait été évoqué dans un premier temps. Mais la famille de l’étudiant décédé, ainsi que les représentants étudiants, ont pourtant encore bien du mal à adhérer à cette version.
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Pour Mamadou Dioule Ba, l’oncle d’Abdoulaye Ba, l’idée que son neveu ait pu sauter dans le vide est ainsi difficilement concevable : « Abdoulaye Ba n’était pas malade mentalement. Il était très pieux et croyant. Maintenant, qu’est-il vraiment arrivé ? Quelle fumée – aussi grande soit-elle, aussi épaisse soit-elle – a pu empêcher Abdoulaye de sortir normalement ? Le procureur a parlé d’une porte scellée… Il est pour nous très difficile d’en parler tant que nous n’avons pas lu le rapport d’autopsie que nous réclamons aux autorités. »
Des policiers sanctionnés
Si, selon le procureur, le document en question – que RFI a pu consulter – n’invalide pas la thèse d’une chute, le collectif des amicales de l’Ucad demande lui aussi davantage de preuves. Dans un communiqué publié mercredi 18 février, il dénonce par ailleurs une volonté de l’État du Sénégal de se dégager de toute responsabilité.
« Nous n’écartons pas l’hypothèse de la chute », déclare ainsi Cheikh Mbaye Ngom, qui en est membre. « Tout ce que nous demandons, c’est qu’il y ait beaucoup plus d’éléments. Est-ce qu’une personne peut tomber du quatrième étage sans pour autant qu’il y ait fracture ? Les responsabilités doivent être établies jusqu’au plus haut sommet de l’État », poursuit celui-ci. En attendant, le collectif, qui continue de demander justice pour Abdoulaye Ba mais aussi pour d’autres étudiants décédés dans le passé à cause de violences policières, maintient son mot d’ordre de grève.
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Pendant ce temps-là, le ministre sénégalais de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Bamba Cissé, a lui sanctionné certains cadres de la police nationale, non pour leur implication directe dans la mort d’Abdoulaye Ba, mais dans le cadre plus général du déferlement de violences policières survenue à l’université Cheikh-Anta-Diop il y a 10 jours. Tous ont été relevés de leur fonction et mis à la disposition des enquêteurs, le temps de déterminer le rôle de chacun dans les événements du 9 février, selon une source au sein de la police.
Les agents concernés appartiennent à la hiérarchie policière qui encadrait les forces de l’ordre ce jour-là, rapporte notre correspondant à Dakar, Birahim Touré. Il s’agit en l’occurrence du commandant de la compagnie d’intervention, du chef du groupement opérationnel de Dakar, du commissaire de la commune de Point E dont dépend l’Ucad, ainsi que du commandant du groupement mobile d’intervention de Thiès.
De leur côté, les responsables étudiants en garde à vue depuis une semaine ont bénéficié d’une libération sous contrôle judiciaire.




