Avec notre correspondante à Dakar, Juliette Dubois
La tension est restée vive ce lundi à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad), dans la capitale du Sénégal. Un étudiant a perdu la vie, selon l’amicale de la faculté de médecine de l’Ucad. Il s’agit d’un étudiant dentiste en 2e année, une information confirmée par le centre des œuvres universitaires de Dakar. Un incendie s’est déclaré à un étage élevé dans une résidence étudiante et certains jeunes ont dû fuir par les fenêtres. Selon les organisations étudiantes, plus d’une centaine de blessés sont à déplorer, et des dizaines d’arrestations ont eu lieu.
Malgré la réouverture des restaurants universitaires lundi matin, la colère des étudiants ne retombe pas : ils réclament le versement de leurs arriérés de bourses.
Après les violents affrontements de vendredi dernier, les forces de l’ordre sont intervenues à l’intérieur du campus.
« Certains ont le nez cassé, d’autres ont été frappés aux yeux »
Dès le matin, des véhicules blindés pénètrent ainsi dans le campus social. Dans le ciel, des traînées de fumée blanche de gaz lacrymogène. Sur des vidéos, on voit les couloirs des résidences universitaires complètement enfumés. Plusieurs étudiants sont blessés lors d’affrontements… À l’intérieur du campus, l’infirmerie est débordée.
Cheikh Atab Agna, étudiant en médecine, participe à la prise en charge des blessés. « Il y a trop de blessés… Certains ont le nez cassé. D’autres ont été frappés au niveau des yeux », détaille-t-il.
Face à la situation, de nombreux étudiants préfèrent quitter le campus, sacs et valises à la main. Fatimata Diop, étudiante en mathématiques, rentre chez elle, à Thiès, les larmes aux yeux. « On rentre à la maison parce que, là, la situation commence à dégénérer, lâche-t-elle. La restauration est fermée depuis trois jours et aujourd’hui on a été bombardés avec des lacrymogènes. Moi, je suis asthmatique, je ne pouvais pas rester comme ça. C’est la première fois de ma vie ».
L’université de Ziguinchor annonce aussi la fermeture de ses restaurants
Au cœur de la crispation, le retard dans le versement des bourses. Pour protester, des étudiants avaient prévu d’organiser des « journées sans ticket » : c’est-à-dire sans payer les repas aux restaurants universitaires. Mais les forces de l’ordre sont intervenues.
Ibrahima Sène, étudiant en environnement, exprime sa déception : « On ne comprend plus… Réclamer le droit à percevoir nos bourses est devenu une menace pour notre sécurité. Le mouvement d’humeur des étudiants ne donne pas une excuse aux Forces de défense et de sécurité pour pénétrer dans le campus social. »
La contestation ne se limite plus à Dakar. Après Saint-Louis et Thiès, ce lundi, l’université de Ziguinchor a annoncé à son tour la fermeture de ses restaurants.
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