- La Cour des comptes a rendu ce jeudi un rapport sur le musée du Louvre, trois semaines après le retentissant vol de bijoux.
- Dans ce document, elle regrette notamment que le musée « a privilégié les opérations visibles et attractives » au détriment de la sécurité.
- Voici ce qu’il faut en retenir.
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Des bijoux inestimables dérobés au musée du Louvre
Un document accablant pour le plus célèbre musée du monde. Ce jeudi 6 novembre, la Cour des comptes a rendu un rapport très attendu sur l’établissement public du musée du Louvre, trois semaines après le retentissant vol de joyaux nationaux au sein du musée. Le rapport de la Cour des comptes porte notamment sur la gestion du musée entre 2018 et 2024.
Une sécurité insuffisante
Première observation : « le vol de joyaux de la Couronne est, à n’en pas douter, un signal d’alarme assourdissant sur le rythme très insuffisant »
de rénovation des équipements de sécurité du musée, a déclaré le premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici.
L’institution estime que la direction du musée « a privilégié les opérations visibles et attractives au détriment de l’entretien et de la rénovation des bâtiments et des installations techniques, notamment de sûreté et de sécurité »
. La Cour pointe « un retard considérable dans le rythme des investissements »
face à une « dégradation accélérée »
du musée. Elle pointe également « un retard persistant dans le déploiement d’équipements de sûreté pour la protection des œuvres »
que le musée n’est « pas parvenu »
à combler sur la période prise en compte. Ces investissements sont « pourtant indispensables pour assurer un fonctionnement pérenne de l’institution »
, soulignent les Sages.
Sur la période 2018-2024, le Louvre n’a consacré que trois millions d’euros en crédit de paiement pour mettre en œuvre son schéma directeur de sûreté, évalué au total à 83 millions d’euros, note Pierre Moscovici. « Ce qui veut dire qu’on a mis en place 4% du total »
, a-t-il ajouté. En revanche, le Louvre « a mobilisé 26,7 millions d’euros pour la mise en œuvre des travaux d’entretien et de mise aux normes et 59,5 millions d’euros pour la réalisation des travaux de restauration du palais au titre des monuments historiques »
contre « 105,4 millions d’euros engagés sur ses ressources propres pour l’acquisition d’œuvres et 63,5 millions d’euros en faveur de la rénovation des aménagements muséographiques »
, précise le rapport.
2.754 œuvres achetées, 1 sur 4 exposées
Quid justement de l’acquisition des œuvres ? « Tout au long de la période sous revue, le musée du Louvre a poursuivi une politique ambitieuse d’enrichissement de ses collections, qui s’est traduite par l’acquisition de 2.754 œuvres en huit ans, dont moins d’une sur quatre sont exposées »
, lit-on. Toutefois, le Louvre « doit prêter une plus grande attention au niveau des prix des œuvres acquises, en renforçant notamment ses activités de veille sur les œuvres proposées en ventes publiques »
, estime la Cour des comptes. Aussi, les Sages demandent au musée de « redimensionner le budget du musée consacré aux acquisitions »
, qui vient « en concurrence avec les besoins de financements de l’établissement dans d’autres domaines, en particulier pour la rénovation du patrimoine immobilier »
, notamment en « supprimant dans son décret statutaire la règle d’affectation aux acquisitions de 20% des recettes de billetterie »
.
Un nombre de visiteurs trop importants
La Cour des comptes constate que « plus de trente ans après l’inauguration de la Pyramide de Pei conçue pour accueillir quatre à cinq millions de visiteurs par an, le musée doit faire face à une hausse structurelle de sa fréquentation »
et « la fréquentation atteint désormais chaque année, hors crise sanitaire, neuf millions de visiteurs »
. C’est trop, le musée doit se concentrer sur l’amélioration de leurs conditions de visite, estime l’institution. Outre l’expérience de visite, cette sur-fréquentation peut avoir des impacts sur les conditions de travail des agents et la sécurité des œuvres. « L’amélioration des conditions d’accueil et de visite devrait ainsi constituer le fil conducteur de l’action de l’établissement »
, lit-on dans le rapport.
Un coût de rénovation revu à la hausse
Par ailleurs, le projet de rénovation du Louvre, voulu par Emmanuel Macron, « est désormais évalué à 1,15 milliard d’euros, dont 481 millions d’euros sur les dix prochaines années »
, selon la Cour des comptes. Annoncé en janvier, il était évalué à environ 700 à 800 millions d’euros.
Le musée accepte les recommandations, mais…
Dans sa réponse à la Cour, publiée avec le rapport, la direction du Louvre dit accepter « la plupart des recommandations »
formulées tout en estimant que son rapport « méconnaît »
plusieurs de ses actions notamment sur la sécurité. « La gestion du plus grand musée du monde et du plus visité ne peut faire l’objet d’un jugement équilibré que si ce dernier se fonde sur le temps long »
, estime le Louvre qui regrette également que le rapport détaille précisément le nombre de caméras de surveillance existantes dans ses salles. Le Louvre estime aussi que la Cour outrepasse le cadre calendaire fixé en évoquant le projet des futurs grands travaux, présenté en janvier par l’Elysée.













