- Canicules à répétition, incendies hors norme, sécheresse historique : la France est frappée par un été record cette année.
- Des conditions extrêmes qui frappent de plein fouet la faune et la flore de l’Hexagone.
- Les pertes pourraient être immenses.
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Des oiseaux assoiffés, des chevreuils désorientés dans des forêts en feu… Cet été, la faune paie un lourd tribut à l’impact du changement climatique en France. Alors que le pays a enchaîné les canicules, a vu des incendies sans précédent frapper le sud comme le nord et subit une sécheresse historique, de nombreux organismes vivants font face à des conditions qui vont « au-delà de leur seuil de tolérance »
, alerte auprès de TF1info le directeur adjoint scientifique national pour l’écologie et l’environnement au CNRS, Philippe Grandcolas.
« Des milliers d’animaux ont disparu en silence, avec des mortalités massives d’insectes, de petits mammifères… C’est une perte écologique majeure »
, s’alarme de son côté Mia Crnojevic-Cherrier, chargée de campagne pour le Fonds international pour la protection des animaux (Ifaw).
Si avancer un chiffre semble relever de l’impossible, les ONG de protection de la faune et de la flore, via les centres de secours, avancent des éléments de réponse. La Ligue de protection des oiseaux (LPO) a ainsi reçu plus de 5.200 appels entre mai et juillet, quand l’Ifaw a observé une hausse de 30% des admissions pour le seul mois de juin avec 8.750 individus accueillis.
La destruction brute des incendies
L’impact le plus visible de cet été sur la faune et la flore, ce sont les incendies (nouvelle fenêtre). S’il est encore trop tôt pour évaluer les dégâts, les conséquences s’annoncent « catastrophiques »
de l’avis même de la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, qui dit anticiper des « pertes extrêmement importantes »
.
Pour la faune, comme souvent, les conséquences sont différentes en fonction de deux catégories : les animaux capables de fuir et ceux piégés par les flammes. Si les images de chevreuils ou de cerfs désorientés au milieu des brasiers ont marqué les esprits, et que des dizaines d’entre eux ont vraisemblablement péri dans les flammes ou intoxiqués par les fumées, les victimes les plus nombreuses, ce sont en réalité les organismes moins visibles, comme les amphibiens, les insectes ou les reptiles, alors que le rayon de fuite d’une grenouille ou d’un hérisson est bien inférieur à celui d’un grand mammifère.
« Eux, on le sait, ne pourront pas s’échapper. Et donc à 99%, ils vont tous mourir »,
assénait ainsi en juillet dernier sur TF1 (nouvelle fenêtre) Eric Hansen, directeur interrégional Paca & Corse de l’Office français de la biodiversité (OFB). En Gironde, des espèces remarquables ont été impactées comme le pélobate cultripède, un amphibien présent sur le pourtour méditerranéen et la côte atlantique, le lézard ocellé, l’un des plus grands lézards d’Europe remarquable avec ses couleurs vives, ou encore le pachyure étrusque, connu pour être le plus petit mammifère du monde.
Selon les régions, on est dans des situations épouvantables pour la biodiversité
Selon les régions, on est dans des situations épouvantables pour la biodiversité
Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS
Au-delà des incendies, le manque d’eau et les températures records à répétition ont aussi été particulièrement dévastateurs. « Les
canicules que l’on a vécues
(nouvelle fenêtre) et la sécheresse stressent de nombreux organismes vivants. Dans les forêts, cela se traduit, depuis plusieurs années, par des mortalités importantes »
, détaille Philippe Grandcolas. « Il faut vraiment que les gens se rendent compte que pour beaucoup d’espèces vivantes, cet été, on est au-delà de leur seuil de tolérance. Selon les régions, on est dans des situations épouvantables pour la biodiversité. »
« Ces catastrophes accélèrent et accentuent la disparition de la biodiversité en France. Dans le contexte du changement climatique, qui les rend plus fréquentes et plus intenses, cela menace des espèces vulnérables, comme les hérissons et les tortues terrestres, mais aussi des espèces déjà menacées comme le vison d’Europe et plusieurs amphibiens qui dépendent des zones humides »,
pointe de son côté Mia Crnojevic-Cherrier.
Les poissons sont, eux, victimes d’un cercle vicieux (nouvelle fenêtre) : la chaleur entraîne une hausse des températures de l’eau, qui provoque une baisse de l’oxygène et une concentration de polluants, puis une mortalité accrue des organismes aquatiques. Le tout quand il y a encore de l’eau… Car, selon un bilan publié début août par l’OFB, les rivières françaises sont frappées par la sécheresse « la plus critique jamais enregistrée à cette période ».
La crise silencieuse des insectes
Les insectes paient aussi un tribut particulièrement lourd. Ces petits animaux, comme tout organisme vivant, sont sensibles aux variations de température mais aussi aux « optimums d’humidité, salinité de l’eau, texture du sol, taux d’azote, taux d’urbanisation, etc. »
, nous explique Camila Leandro, enseignante-chercheuse à l’université de Montpellier.
Comme pour les humains, selon la gamme de tolérance d’un individu ou d’une population, la canicule peut représenter un danger de mort. « Un organisme pour lequel l’optimum climatique est de 35°C avec plus ou moins six degrés de tolérance au chaud/froid, un épisode long de plus de 32°C fait que le dépassement de sa zone de tolérance thermique le met en danger de mort »
, souligne la spécialiste.
Des insectes comme les carabes, très utiles dans les champs agricoles, qui ne volent pas, se retrouvent prisonniers d’îlots de chaleur et des incendies, tout comme ceux, comme certains papillons, encore à l’état de larve à cette période de l’année.
Autre exemple : les pollinisateurs comme les abeilles et les bourdons. La chaleur agit directement sur leur fonctionnement biologique en augmentant leur stress physiologique, en diminuant leurs performances de vol, en limitant le nombre de sorties, leur durée et le nombre de fleurs visitées. « Par exemple, chez certains bourdons, dès 35°C on observe déjà une altération du comportement de recherche de nourriture »
, développe Camila Leandro.
S’il est difficile de déterminer l’impact de cet été sur ces populations, il pourrait être immense pour les 40.000 espèces d’insectes présentes en France pour une biomasse essentielle dans les écosystèmes français : « Quand il fait trop chaud, beaucoup d’insectes réduisent leurs sorties. Leur baisse d’activité, voire leur mort, a des effets en cascade pour leurs prédateurs comme les oiseaux, les reptiles, les amphibiens ou d’autres insectes »
, pointe la chercheuse.
Sale année pour les oiseaux
De l’autre côté de la chaîne alimentaire, les oiseaux doivent faire face à des conditions climatiques particulièrement difficiles cette année, l’été 2026 intervenant après un hiver déjà difficile et un épisode d’échouage massif pour les oiseaux marins avec les tempêtes d’hiver sur la façade atlantique.
« En période de canicule et de sécheresse, les ressources alimentaires viennent à manquer, les végétaux vont mal et se protègent puisqu’ils dépassent leur température de confort et ne fleurissent plus, se flétrissent, impactant les insectes dont se nourrissent les oiseaux, ce qui crée une réaction en chaîne »
, appuie Clémence Lerondeau, responsable des programmes d’action citoyenne de la LPO. « Les oiseaux sont une catégorie de faune qui est un excellent bioindicateur : si les oiseaux vont mal, on sait que c’est tout le cortège d’espèces qui va mal. »
Face à la sécheresse et aux canicules, les volatiles ont dû parcourir de plus grandes distances pour s’alimenter ou s’abreuver. Une situation particulièrement difficile alors que le corps d’un adulte est composé à 60% d’eau et à 85% pour certains juvéniles. « L’oiseau a besoin de renouveler en permanence cette eau, qu’il ingère soit en buvant soit en absorbant l’alimentation »
, relève la responsable des programmes.
Pour les espèces proches des activités humaines, comme les hirondelles ou les martinets qui nichent sous les toits, les fortes températures ont entraîné des situations invivables. « Quand il fait 40°C au sol, sous les toits, cela peut monter jusqu’à 60/70°C, c’est insoutenable et ce sont des niveaux que l’on a connus en juin, puis en juillet pendant la période de nidification »
, pointe Clémence Lerondeau.
Les soigneurs de la LPO ont ainsi vu arriver dans les centres de soin un grand nombre de juvéniles, incapables de supporter la chaleur sous les toits et se jetant du nid pour prendre l’air. « Chez les jeunes martinets, on a pu en accueillir entre 60 et 100 par jour durant les pics de mai, de juin ou de juillet »
, assure-t-elle.
Des conséquences même plusieurs mois après
Et la crise engendrée par cet été 2026 pourrait avoir des répercussions sur le long terme. Concernant les zones incendiées, les grands mammifères comme les chevreuils ou les sangliers pourraient revenir assez rapidement sur les sites touchés, dès la repousse de la végétation. Mais « pour d’autres espèces, cela peut prendre des décennies »,
avance Mia Crnojevic-Cherrier.
Concernant la sécheresse, là aussi les impacts pourraient durer des mois. « Ce n’est pas parce qu’il va pleuvoir en septembre de façon satisfaisante que la situation s’améliorera immédiatement. Il y a de nombreux individus, des arbres, des mammifères, des oiseaux, des insectes, des mollusques qui seront morts ou dont les populations seront dans un tel état que cela pourrait leur prendre trois ou quatre ans à se remettre de cet été »
, affirme de son côté Philippe Grandcolas.
Et ce, à condition que le climat leur en laisse le temps, alors que les périodes de canicule ou de sécheresse sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes et intenses dans le contexte du changement climatique.
Pour tenter d’aider la faune sauvage durant ces étés dévastateurs, la LPO appelle à créer des « refuges écologiques ». « Un jardin, même petit et géré écologiquement avec une herbe haute qui capte la rosée, qui fait de l’ombre, peut représenter un espace de nidification, de protection où des oiseaux comme le merle auront à manger, avec le retour d’insectes. Où le hérisson pourra aussi se réfugier »,
indique Clémence Lerondeau.
Un petit havre face à des événements climatiques extrêmes qui impactent de plus en plus les écosystèmes et la faune. Selon les chiffres de la LPO, en 2021, les événements climatiques extrêmes représentaient 1% des accueils en centre de soins, cela a représenté 7% sur l’année 2022, déjà touchée par des vagues de chaleur. L’an passé, ces événements ont représenté 14% des admissions.



