Universités : « Remplaçons le classement de Shanghaï par un palmarès plus durable »

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Depuis qu’il a été créé, le classement de Shanghaï a stimulé une forte concurrence entre les universités. Paris-Saclay en est un bon exemple : le gouvernement a décidé de fusionner de nombreuses universités locales et de haut rang pour atteindre le top 15 par un simple effet de masse. Ce laborieux processus a permis au gouvernement de proclamer aujourd’hui « mission accomplie » – 13e rang mondial au classement de 2021, alors qu’en 2016 la meilleure université, Pierre-et-Marie-Curie, n’était que 39ᵉ.

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Cependant, pour atteindre cet objectif, une partie des meilleures terres arables françaises ont été artificialisées, comme le dénonce le collectif Non à la ligne 18. Et ce alors que la mutation socio-écologique en cours fera des champs et des forêts notre principale ressource à l’avenir, dans le cadre de la bioéconomie. Plus globalement, la conversion des terres représente, à l’échelle planétaire, une des neuf frontières à ne pas dépasser, car elle est une menace majeure pour notre survie. Détruire autant de terres arables pour augmenter un indice abstrait, voilà un symbole particulièrement contre-productif pour un site censé former la prochaine génération des élites françaises.

Un nouvel indice

Cependant, critiquer les imperfections des indicateurs sociaux (PIB, taux de chômage…) est nécessaire mais insuffisant. Une quantification bien conçue permet de comparer les situations complexes que nous vivons, ce qui est indispensable pour orienter nos actions, collectivement. Peut-on imaginer une alternative, qui nous indiquerait des directions plus respectueuses de l’environnement et de l’équité ? Nous nous inspirerons ici de l’indice de développement durable (IDD) récemment formalisé par l’économiste Jason Hickel. Il corrige l’indice de développement humain (IDH) des pays, en tenant compte de leur empreinte environnementale (émissions de CO2 et empreinte matérielle).

Selon ce nouvel indice, la Norvège, l’un des pays au plus haut IDH, se classe à la 157e position (sur 165 pays classés), car son impact environnemental est parmi les plus élevés au monde. Les Etats-Unis (160e) ont un score encore plus mauvais, tandis que les pays européens (et la Chine) se situent autour de la 100ᵉ position (Italie, 103e ; France, 109e ; Royaume-Uni, 126e) et huit pays d’Amérique latine atteignent le top 20 (Costa Rica, 1er ; Cuba, 5e ; Colombie, 12e).

L’indice SENS change considérablement le classement de Shanghaï et est nettement moins dominé par les Etats-Unis

Nous proposons ici d’inclure l’empreinte environnementale pour pondérer le classement des universités mondiales, dans un nouvel indice, le « score d’éducation normalisé par la soutenabilité » (SENS). En première approche, nous pourrions simplement utiliser l’empreinte carbone des universités, mais peu d’institutions l’évaluent et certains impacts environnementaux pourraient même être occultés pour rester dans le peloton de tête. Il semble donc plus judicieux de pondérer le classement de Shanghaï par l’IDD du pays. Cette pondération reste grossière, mais elle a plusieurs avantages : l’indice SENS ne peut pas être biaisé par les universités, il est simple à calculer et il est aussi équitable : les universités profitent du réseau global de ressources du pays pour construire leur score académique.

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