Les vocalises des tortues bouleversent l’histoire de la communication acoustique

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Mais quelle mouche avait donc piqué le lièvre de Jean de La Fontaine ? Passe encore de moquer la lenteur de la tortue, mais la traiter de « commère » ! Les naturalistes sont pourtant formels : les tortues restent muettes. Du moins le pensait-on jusqu’au 25 octobre. Dans un article publié dans la revue Nature Communications, une équipe internationale affirme avoir mis en évidence une « communication acoustique » chez pas moins de cinquante espèces de chéloniens, leur nom scientifique. Un grand pas dans la connaissance de cet ordre de reptile. Un saut dans la compréhension des origines de la communication sonore chez les vertébrés.

Pour Gabriel Jorgewich-Cohen, tout a commencé par l’observation de ses propres tortues domestiques et la volonté d’aller fouiller derrière leur carapace. Parmi les questions qui le taraudent alors, il y a ces petits sons qu’il perçoit. Un voyage d’études en Amazonie achève de convaincre l’étudiant de l’université de Zurich (Suisse) qu’il tient là un sujet d’importance. Il consacrera sa thèse à la distribution de la « communication acoustique » parmi les trois cent dix espèces répertoriées.

Pour couvrir l’ensemble du spectre, le zoologiste en sélectionne cinquante, d’eau douce, marines et terrestres. « Beaucoup sont rares et menacées », précise-t-il. Pas question donc d’aller perturber leur habitat. Encore moins de les prélever pour les isoler et s’assurer que les sons relevés ne proviennent pas d’ailleurs. C’est donc un véritable tour du monde des institutions auquel il se livre pendant deux ans.

Le résultat est impressionnant : chez toutes les espèces étudiées, son équipe a mis en évidence des signaux acoustiques. Plus ou moins fréquents, plus ou moins puissants, mais « chaque espèce enregistrée a produit des sons ». De quoi conclure que toutes les tortues vocalisent ? « Je serais très surpris que l’on découvre que certaines ne le font pas », avance le chercheur.

Apparition chez un ancêtre commun

L’équipe est allée au-delà. D’abord, elle a enregistré trois espèces cousines des tortues : un poisson à poumons nommé dipneuste ; un tuatara, une espèce de lézard néo-zélandais ; et une cécilie, un amphibien sans pattes. Toutes sonores, là encore. Enfin, les chercheurs ont repris la littérature et plus particulièrement les données portant sur 1 799 espèces de tétrapodes rassemblées en 2020 par John Wiens, de l’université de l’Arizona. Dans un article publié dans la même revue, au terme d’une analyse phylogénétique méthodique, le biologiste concluait que la communication acoustique était apparue de façon parallèle, à plusieurs reprises, chez ces différents groupes, il y a 100 à 200 millions d’années.

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