Le lapin Amami, un jardinier qui sème des graines

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Dimanche 22 janvier, les Chinois sont entrés dans l’année du lapin. Et, comme pour fêter l’événement, la revue Ecology met à l’honneur, dans son numéro du 23 janvier, un des plus rares spécimens de la famille des Laporidae : le lapin Amami (Pentalagus furnessi). Au Japon, l’animal porte depuis près d’un siècle le statut prestigieux et protecteur de « monument national ». Ce qui ne l’a pas empêché de se faire décimer par les chats sauvages, les chiens, et surtout les mangoustes, introduites pour combattre les serpents. Autrefois présent dans tout le pays, il ne promène aujourd’hui sa silhouette ondulée et ses petites oreilles que dans deux îles subtropicales de l’archipel de Ryukyu, dans le sud-ouest du Japon. Si l’on ajoute au tableau qu’il constitue la seule espèce connue de lapin sauvage à fourrure sombre, on comprend qu’il soit devenu l’emblème de l’Archipel.

Un emblème pourtant très mal connu. Sa reproduction, son mode de vie exact, son rôle dans l’écosystème local restent flous. Quelques rares naissances ont été observées en captivité, mais pas de quoi tirer de conclusions définitives. Du moins sait-on que, adepte des forêts humides denses et des pentes abruptes, il passe ses journées dans son terrier, dont il a soigneusement bouché l’entrée, et n’en sort la nuit que pour dévorer écorces, pousses, feuilles et graines. Les graines, justement : dans l’article publié par Ecology, deux chercheurs japonais, Kenji Suetsugu et Hiromu Hashiwaki, révèlent que l’animal constitue le principal jardinier, ou plutôt semeur de la plante Balanophora yuwanensis.

Encore une drôle d’espèce. Dépourvue de racines, boudant la photosynthèse, elle ne survit qu’en parasitant d’autres végétaux. Ses faux airs de champignon la rendent tout à fait discrète au long de l’année. Entre décembre et février, en revanche, elle arbore de petits fruits rouges et secs. Des protubérances sur lesquelles des villageois locaux ont discerné des marques étranges, comme des morsures. Alertés, les deux chercheurs de l’université de Kobe ont fait le déplacement et désigné le suspect. Des caméras infrarouges ont permis de le confondre rapidement. « Mais il ne suffisait pas de montrer que le lapin mangeait le fruit, ni même qu’il en était le consommateur principal, il fallait aussi prouver qu’il excrétait des graines fécondes », explique Kenji Suetsugu.

Passage dans l’intestin

Les principaux disperseurs de graines, qu’ils soient oiseaux ou mammifères, agissent habituellement sur des fruits frais. Le lapin européen est de ceux-là, selon une étude conduite en 2008 dans les dunes du golfe de Cadix, en Espagne. Les chercheurs japonais ont donc pris soin de collecter des crottes de lapin. Ils y ont détecté des graines « viables » de la plante parasitique « et aucune autre graine », précisent-ils. Ils ont ensuite conduit des expériences en captivité. Ils ont pu constater que plus de 50 % des graines survivaient au passage dans l’intestin du lapin Amami, un résultat bien supérieur aux expériences enregistrées avec le lapin européen.

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