« L’anthropocène fournit un cadre opératoire pour réorienter radicalement les politiques publiques »

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A l’issue de cet été, marqué par des records absolus et terrifiants de chaleur, rythmé par des mégafeux en Grèce, à Hawaï ou au Canada, il faut impérativement prendre acte de la nouvelle époque géologique dans laquelle nous sommes entrés. L’idée d’anthropocène est de qualifier ce nouveau présent comme étant géologiquement déterminé par les humains : nos activités polluent, réchauffent la planète, détruisent le vivant, altèrent les océans comme l’atmosphère, mettent en péril les cycles vitaux de l’eau, de l’azote, du phosphore… L’anthropocène permet de disséquer scientifiquement cet ensemble d’effets anthropiques et leurs multiples rétroactions, qui réduisent d’ores et déjà l’habitabilité de la Terre.

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Des voix s’élèvent pour contester la notion d’anthropocène. Car elle aurait pour écueil de pointer indistinctement la responsabilité de l’ensemble des humains dans l’avènement de cette nouvelle époque géologique, masquant la responsabilité du capitalisme et de ses acteurs. Cette controverse, si elle a été salutaire il y a dix ans, est aujourd’hui tout à la fois scientifiquement fausse, intellectuellement erronée et politiquement inefficiente.

Il est grand temps de la dépasser, compte tenu des avancées tant dans le champ des sciences sociales que dans celui des sciences du système Terre, ou dans celui de la géologie. La proposition du groupe de travail sur l’anthropocène (AWG, pour Anthropocene Working Group), en date du 11 juillet, est de faire du lac de Crawford, au Canada, le lieu de référence géologique, ou « clou d’or », de l’anthropocène. Elle s’inscrit pleinement dans les dynamiques contemporaines entre sciences exactes et sciences sociales, qui s’emparent de la notion d’anthropocène pour tisser un dialogue inédit et salvateur.

Saut conceptuel

Des propositions notionnelles autres que l’anthropocène, le capitalocène, tel que défini par le penseur suédois Andreas Malm, est celle qui a été la plus investie. Fondamentalement, il pointe du doigt la responsabilité de l’avènement de l’anthropocène, qui ne serait pas à chercher du côté d’un anthropos indifférencié, mais du capital. L’idée est séduisante : le capitalocène propose de politiser l’anthropocène. Mais ne masque-t-il pas le vrai anthropos, non les quelques-uns qui seraient responsables de cette nouvelle époque géologique, mais bel et bien tous ceux qui en sont les victimes – tous les humains de la Terre, à commencer par les plus vulnérables ?

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Les fonds du lac canadien ont ceci d’intéressant qu’ils matérialisent les traces sédimentaires de nombreux autres « -cènes », proposés par les sciences humaines et sociales. Les sédiments lacustres sont altérés au XIIIe siècle, avec l’adoption de pratiques agricoles par les populations amérindiennes. Puis dans les années 1870, quand les Crawford,une famille d’immigrants anglais installe une scierie et déboise. Un saut conceptuel prend place dans les années 1950, quand des matériaux radioactifs, des fibres de plastique et des quantités élevées de métaux lourds et de cendres issues de la combustion de charbon par des centrales thermiques deviennent visibles.

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