La protection des épaves marines, une tâche colossale

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« La mer est le plus grand musée du monde », a coutume de dire Michel L’Hour, archéologue de son état et – il y tient – membre de l’Académie de marine. Celui qui dirigea pendant quinze ans, de 2006 à 2021, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), ajoute : « Quand on vole un tableau dans un musée, ça se voit. Notre problème, c’est que nos tableaux sont immergés et qu’on n’en a pas l’inventaire. » Difficile de détecter vols et voleurs. A terre, un prospecteur d’objets enfouis se remarque avec son détecteur de métaux ; sous l’eau, les pilleurs deviennent invisibles car la maréchaussée ne chausse pas les palmes pour patrouiller dans la Grande Bleue. « La zone est colossalement immense, résume Michel L’Hour, et la profondeur constitue un frein supplémentaire à la surveillance. On ne repérera personne, sauf si un bateau de plongeurs stationne régulièrement au-dessus du même point. »

Il est donc quasiment impossible de chiffrer l’ampleur du pillage des épaves dans les eaux françaises. « Quand j’ai débuté, au tout début des années 1980, on estimait que 90 % des épaves accessibles de la bordure côtière étaient amputées de 40 % à 60 % de leur contenu, se remémore Michel L’Hour. On voyait les cratères au fond de l’eau et on avait le sentiment d’être dans l’urgence… et d’arriver toujours trop tard. » Les archéologues ont donc été contraints d’ajouter une corde à leur arc, « chasseurs de pilleurs ». « Avec mon collègue Luc Long, on nous appelait Starsky et Hutch, comme les deux policiers de la célèbre série télé de l’époque. Il était brun et moi blond, il était Starsky et moi Hutch… »

La lutte s’est organisée petit à petit, essentiellement dans deux directions. Les archéologues se sont tout d’abord mis à travailler avec la douane judiciaire, la police, la gendarmerie. « Jusqu’au début des années 1980, reconnaît Michel L’Hour, ce n’était pas vraiment le cas, car nous avions de vieux réflexes soixante-huitards dans la recherche en sciences humaines. Le “je suis pas une balance” ne nous portait pas à œuvrer avec les forces de l’ordre… » Pourtant, la collaboration est primordiale pour traquer les pilleurs car, non seulement les archéologues sous-marins connaissent bien le monde des plongeurs, mais ils sont aussi à même de reconnaître immédiatement un objet extrait d’une épave, voire d’identifier celle où il a été prélevé.

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Le second angle d’attaque concerne le cadre légal. Le droit de la mer, qui définit les responsabilités des Etats le long de leurs côtes, a longtemps limité la protection des sites archéologiques sous-marins aux 24 premiers milles (soit 44 kilomètres), selon la convention de Montego Bay signée en 1982. La zone économique exclusive (ZEE), qui s’étend jusqu’à 200 milles (370 kilomètres), ne bénéficiait alors pas de protection particulière. Un manque qu’est venue pallier la convention de l’Unesco sur le patrimoine culturel subaquatique, ratifiée par la France en 2013. La ZEE française étant la deuxième plus grande du monde, avec près de 11 millions de kilomètres carrés, le « terrain de jeu » du Drassm est devenu gigantesque, tout comme sa tâche de gestion du patrimoine englouti.

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