Jean-Baptiste Charcot, « le patron de l’exploration polaire »

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Curieusement, le nom de son bateau, le Pourquoi-Pas ?, semble avoir plus marqué les mémoires que son propre patronyme. Un nom à l’image de son caractère dira-t-il, « mélange de doute et de volonté ». Jean-Baptiste Charcot (1867-1936) reste aujourd’hui comme dans l’ombre d’autres grands explorateurs polaires – Paul-Emile Victor en premier lieu, dont la carrière d’ethnologue fut justement lancée par le commandant Charcot. De son temps, l’homme fut pourtant considéré par ses pairs comme « le patron de l’exploration polaire », celui qui avait remis la France au premier plan dans la course aux pôles.

En 1903, ce fils d’un illustre neurologue plaque sa carrière de médecin pour monter une grande expédition scientifique en Antarctique, en grande partie sur ses fonds propres. Durant un an et demi, Jean-Baptiste Charcot et les hommes de science qui l’accompagnent cartographient 1 000 kilomètres de côtes encore inconnues, ramenant 75 caisses de notes, de mesures et d’échantillons destinées au Muséum national d’histoire naturelle. « Alors que d’autres explorateurs de l’époque étaient dans un esprit de conquête des pôles, lui voulait mener de véritables missions scientifiques », rappelle Anne Manipoud-Charcot, son arrière-petite-fille, qui préserve aujourd’hui la mémoire et les précieuses archives de son aïeul.

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Après plusieurs missions fructueuses en Antarctique, le commandant Charcot, arrivé à l’âge de la retraite, jette son dévolu sur le Grand Nord, plus proche. Les fossiles prélevés en 1925 lors d’un bref passage dans le fjord Scoresby, sur la côte est du Groenland, le convainquent de revenir étudier cette région à l’écosystème et à la géologie si riches. Il y mènera plus d’une demi-douzaine de missions scientifiques à bord de son fameux Pourquoi-Pas ?, installant même une station de recherche à l’embouchure du fjord à l’occasion de la deuxième Année polaire internationale. Entre 1932 et 1933, cette station y mènera des travaux scientifiques dans des domaines aussi variés que la météorologie, l’océanographie ou encore le magnétisme terrestre, cumulant 19 000 heures d’observations magnétiques.

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Jean-Baptiste Charcot meurt à l’âge de 69 ans, s’échouant à bord du Pourquoi-Pas ? au large de l’Islande – le naufrage fit 23 morts et 17 disparus, laissant un seul survivant. L’un des chercheurs de cette station polaire devenu éminent biologiste, Pierre Drach, professeur à la Sorbonne, dira de lui : « Charcot a su écrire quelque chose de nouveau au destin scientifique de la France, un intérêt passionné et une action efficace dans les régions polaires : c’est la plus belle survie dont il pouvait rêver.  »

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