mardi, février 3

Depuis mi-décembre 2025, un vaste rappel de laits infantiles, contenant la toxine céréulide, a lieu à travers le monde. La France est concernée avec des normes durcies depuis lundi 2 février et au moins cinq nourrissons ayant consommés ces laits ont été hospitalisés.

D’abord engagé par Nestlé, ce mouvement de rappels a ensuite été suivi par d’autres géants comme Danone et Lactalis, ainsi que par de plus petits acteurs du marché. Mais des associations et des familles reprochent aux autorités et aux fabricants de ces précieux laits en poudre très utilisés d’avoir réagi trop tard.

Qu’est-ce que la toxine céréulide incriminée dans la contamination de ces laits ?

Les autorités françaises et plusieurs industriels mettent en cause un fournisseur d’ingrédient chinois, Cabio Biotech, qui produit une huile riche en oméga-6. Celle-ci aurait été contaminée par des bactéries Bacillus cereus, susceptibles de produire une toxine, la céréulide, qui peut provoquer vomissements et diarrhées.

La toxine étant rare et compliquée à détecter, selon plusieurs industriels, certains rappels ont été effectués « par précaution ».

L’association Foodwatch, qui a porté plainte jeudi aux côtés de huit familles, accusant les fabricants de laits infantiles d’avoir tardé à rappeler leurs lots suspects, estime que « la céréulide n’a rien à faire dans les laits infantiles ».

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« Il n’existe pas de standard européen sur la présence, par exemple, de crottes de souris dans le lait infantile. Il n’en demeure pas moins que c’est interdit et que les entreprises doivent s’assurer que leurs produits en sont exempts », a réagi l’association dans un communiqué.

À l’heure actuelle, aucun problème de santé n’a été directement attribué à la consommation des laits impliqués, alors que, selon l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation), le céréulide peut causer des diarrhées et vomissements potentiellement dangereux chez un nouveau-né.

  1. Des nourrissons sont-ils morts après avoir bu ces laits contaminés ?

Les autorités françaises mènent actuellement des investigations sanitaires sur deux décès de bébés ayant consommé certains ces laits contaminés.

Pour le reste, une quarantaine de signalements de nourrissons malades ont été effectués auprès des agences régionales de santé (ARS) dans le cadre d’une surveillance. Sur les trente cas entre les mains de l’ARS, « les laits consommés n’étaient pas des laits pour lesquels il y avait eu des retraits », explique le ministère de la Santé, rappelant qu' »il y a beaucoup d’autres cas de gastro-entérites chez les nourrissons actuellement ».

Parmi la dizaine de cas restants, le doute demeure pour six bébés quant à une consommation de lait retiré.

Reste cinq bébés hospitalisés en France après avoir consommé des laits infantiles concernés par la vague de rappels, même si les autorités rappellent qu’aucun lien direct n’est établi à ce stade. « Ils sont tous ressortis aujourd’hui », a précisé le ministère lors d’un point à la presse, soulignant que des gastro-entérites pouvaient expliquer tous ces cas.

  1. Les fabricants de lait infantile et les autorités ont-ils tardé à agir ?

Les rappels de lots suspects ont débuté mi-décembre chez Nestlé, déclenchant une cascade de décisions similaires dans le monde, de la part des géants comme Danone ou Lactalis, ainsi que d’autres entreprises du marché.

Nestlé, qui a effectué les rappels les plus massifs, dit avoir appliqué dès le début une tolérance zéro à la présence de céréulide. Le géant suisse affirme avoir rappelé tous les produits dans lesquels la toxine a été détectée, même en dessous des seuils désormais retenus.

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Les autorités françaises ont, elle aussi, été accusées d’avoir réagi trop tard, par l’association Foodwatch. La direction générale de l’alimentation (DGAL) s’est justifiée lundi en expliquant n’avoir pas demandé de rappel général et privilégié des « retraits ciblés » pour éviter d’éventuelles pénuries.

La DGAL affirme aussi avoir été mise au courant de la contamination de laits infantiles lors des premiers rappels de Nestlé, le 10 décembre. Soit une dizaine de jours après que le géant suisse a détecté pour la première fois de la céréulide dans une usine aux Pays-Bas.

  1. Les laits contaminés ont-ils été tous retirés des magasins ?

Une première série de contrôles menée en décembre auprès d’une trentaine de pharmacies en France a révélé un autre échelon de défaillance. Certaines officines n’avaient pas appliqué les mesures de retrait de lots de lait infantile, a indiqué le ministère de l’Agriculture.

Sur 31 pharmacies, « on a détecté quelques points de vente où le produit n’avait pas été retiré des rayons », a signalé le ministère français, précisant que cela représentait 10 % des pharmacies contrôlées.

Une deuxième vague de contrôles a été lancée en janvier avec « un nombre de points de vente à contrôler beaucoup plus important », a-t-il ajouté. « Il y a (…) encore ponctuellement des non-conformités sérieuses qui sont observées avec des produits non rappelés mais c’est en proportion beaucoup moins fréquent », précise-t-il.

  1. De nouvelles marques de lait infantile sont-elles concernées ?

À cela s’ajoute un durcissement de la réglementation, datant du lundi 2 février. De nouveaux rappels de lait infantile ont été annoncés avec un seuil limite toléré désormais plus strict pour la toxine céréulide.

L’agence sanitaire européenne vient également de durcir ses recommandations. Les scientifiques de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ont recommandé lundi de diviser par deux le seuil autorisé dans le lait infantile pour cette toxine.

Ils ont proposé une » dose limite de référence « 0,014 μg de céréulide par kilogramme de masse corporelle chez les nourrissons », écrit l’agence dans sa décision. La France avait anticipé cette mesure, et, dès vendredi soir, le ministère de l’Agriculture avait annoncé l’abaissement du seuil à « 0,014 μg de céréulide par kilogramme de masse corporelle, soit un niveau de sécurité renforcé par rapport au seuil jusqu’ici appliqué (0,03 μg par kilogramme de masse corporelle) ».

Conséquence directe, deux marques ont, dès lundi matin, annoncé de nouveaux rappels de lait premier âge, deux lots pour la marque Popote, et trois pour Vitagermine (Babybio).

Ce fabricant précise avoir, durant le week-end, « mené des investigations pour s’assurer que l’ensemble des produits respectent ce nouveau seuil. Elles ont permis d’identifier trois lots de lait infantile premier âge » qui étaient « conformes à la norme en vigueur jusqu’à la semaine dernière », mais doivent désormais être retirés du marché.

Les deux marques précisent par ailleurs que leurs autres produits ne sont pas concernés.

« Il faut s’attendre à de nouveaux rappels » avec le nouveau seuil, a précisé lundi la direction générale de l’alimentation (DGAL), qui supervise les retraits.

Avec AFP

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