Urgentiste, syndicaliste… Qui est François Braun, le nouveau ministre de la Santé ?

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« On va profiter de ce petit moment de bonheur… Sachant que l’été sera dur », salue Louis Soulat, urgentiste à Rennes. Quand il a appris ce lundi matin que c’est François Braun, président de son syndicat Samu-Urgences de France, qui allait prendre les rênes du ministère de la Santé, il s’est dit « fier et confiant ».

Mais qui est le nouveau ministre de la Santé et de la Prévention, qui prend la suite de  Brigitte Bourguignon ?

A la tête de la mission flash sur les urgences

Après le passage éclair de Brigitte Bourguignon, une politique qui n’était pas médecin, Emmanuel Macron a donc choisi à nouveau un médecin de terrain pour diriger ce ministère très en vue. François Braun est un urgentiste, encore peu connu des Français, même s’il a émergé au moment de la crise du Covid-19. On l’a ainsi vu devant les caméras au moment où il fallait transférer des patients de l’Est vers d’autres hôpitaux du pays. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il fait partie des trois conseillers qui ont écrit le programme santé d’Emmanuel Macron version 2022. Depuis un mois, son nom est régulièrement cité, puisque c’est lui qui a été missionné par Emmanuel Macron pour piloter la mission flash sur les urgences, laquelle a rendu ses conclusions vendredi dernier. Signe que le bilan plaît en haut lieu : la Première ministre a annoncé dès la remise du rapport qu’elle validait l’intégralité des 41 pistes.

C’est donc François Braun qui devra mettre en musique les solutions qu’il avance, depuis la mise en place du Service d’accès aux soins (SAS) jusqu’à l’instauration du bed management, en passant par une meilleure régulation par le 15. Autant de thématiques qu’il maîtrise. Si certains estiment que cette nomination montre que la macronie tourne en vase clos plutôt que d’aller chercher hors de son écurie, d’autres saluent l’arrivée d’un homme de terrain, de conviction. C’est en tout cas la première fois qu’un urgentiste et syndicaliste s’installe avenue de Ségur.

« Il se défend d’être un politique, mais il l’est, dans le bon sens comme dans le mauvais »

Une consécration inattendue pour ce médecin de 59 ans né à Belfort, formé à Nancy et aguerri à Verdun, où il a exercé près de deux décennies avant de prendre du galon au centre hospitalier régional (CHR) de Metz-Thionville, comme chef des urgences et du Samu depuis 2009.

Il n’y a pas fait que des heureux. « On l’a beaucoup vu devant les caméras pendant le Covid-19, mais à l’hôpital, il brille surtout par son absence, cingle Patricia Schneider, infirmière puéricultrice représentante du syndicat Sud Santé au CHR de Metz-Thionville. Les urgences sont dans un piteux état. C’est quelqu’un qui se préoccupe beaucoup de sa carrière personnelle. Il s’est mis avec Macron alors qu’il est censé défendre les urgences de France… Il a une vision libérale de l’hôpital, alors on n’en attend rien d’extraordinaire. » « On lui reproche parfois de la jouer perso, souffle un autre médecin. Il se défend d’être un politique, mais il l’est, dans le bon sens comme dans le mauvais, ce n’est pas facile d’être nommé ministre de la Santé ».

« C’est un homme sympathique, rond »

Mais pour ses camarades de Samu-Urgences de France, il fait le job. Il est d’ailleurs réélu président chaque année depuis 2014. « Il est inamovible et je n’ai pas entendu beaucoup de gens qui mettent en doute son positionnement, salue Mathias Wargon, chef des urgences de l’hôpital de Saint-Denis. C’est un homme sympathique, rond, capable de proposer des choses réalistes pour l’hôpital. » Un homme capable de compromis. Et « compétent », selon l’urgentiste médiatique Patrick Pelloux, qu’on sait parfois critique à l’encontre de son collègue.

Louis Soulat le décrit comme un « homme de conviction », attaché à trois principes : « l’accès aux soins pour tous, le juste soin, et trouver un mode de fonctionnement avec un équilibre entre ville et hôpital ». Même si le rapport de sa mission flash a déçu une partie des soignants, notamment sur le fait d’obliger les Français à passer par le 15 au lieu de négocier des ratios soignant/patient et d’importantes revalorisations salariales ? « Il a toujours dit que c’était la première brique, et il devra maintenant piloter rapidement cette conférence de la santé », défend Louis Soulat.

Des défis immenses

S’il y a bien une chose qui met tout le monde d’accord, c’est que François Braun va avoir une mission compliquée. Premier défi : soulager les urgences, alors que les hôpitaux doivent affronter une nouvelle vague de Covid, des risques de canicules avec un déficit de soignants criant. Mais c’est tout le système de soin qu’il faut réformer. Pourra-t-il sortir de son rôle d’urgentiste pour représenter le monde de la santé dans son ensemble ? « On lui fait confiance pour aborder le problème de façon générale, assure Louis Soulat. Son combat pour développer les Services d’Accès aux soins (SAS) illustre sa volonté de réconcilier la ville et l’hôpital. »

Du côté du privé, cette arrivée est regardée avec bienveillance. « Je sais [François Braun] très attaché à la coopération de tous les acteurs de santé au service des citoyens, indépendamment de leur statut, écrit Lamine Gharbi, président de la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP). Je suis certain qu’il saura réunir les différents acteurs que nous sommes à égalité de droits comme de responsabilités au sein d’un véritable service public de santé capable de mener les réformes nécessaires. » La FHP a d’ailleurs rencontré François Braun pour souffler ses solutions à la mission flash. « L’écoute attentive de François Braun a témoigné de la confiance qu’il porte à tous ceux qui agissent pour la santé. Son approche est pragmatique, fondée sur la mission, non sur le statut. » Par ailleurs, François Braun sera épaulé par une nouvelle venue, Agnès Firmin le Bodo, ministre déléguée en charge de l’Organisation territoriale et des professions de santé.

« Il n’a pas de troupes politiques derrière lui »

Une de ses faiblesses, tout de même, est qu’il semble assez seul, lui qui n’appartient à aucun parti. « Il n’a pas de troupes politiques derrière lui, remarque Mathias Wargon. Même pendant la crise du Covid-19, Olivier Véran, qui avait un poids politique, qui était avant député, a eu du mal à obtenir des arbitrages en sa faveur. Lui a moins d’appui. » Parmi les autres prétendants, certains en avaient davantage : Frédéric Valletoux, député Horizons et président de la Fédération hospitalière de France, ou Philippe Juvin, lui aussi chef des urgences et membre des Républicains.

Pourra-t-il dans cette configuration obtenir, notamment de Bercy, ce qu’il souhaite ? Cela dépendra beaucoup de sa proximité avec Emmanuel Macron. Or, vu son parcours de comète, passé en quelques mois de conseiller de l’ombre à ministre, il est probable qu’il ait l’oreille du président. « On va lui laisser le bénéfice du doute, conclut Patricia Schneider. Et voir quelles sont ses premières mesures. »

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