Tabac à chiquer : « Si un jour j’ai un cancer, je saurai pourquoi »

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Mathieu Navillod, aujourd’hui skieur professionnel freestyle, est un ancien membre de l’équipe de France, carégorie bosses. A 33 ans, dont vingt-deux de chique, il est l’un des rares athlètes à accepter d’évoquer publiquement son addiction.

Dans quelles conditions avez-vous commencé à chiquer ?

La première fois, c’était en classe de 6e, en section ski études du collège de Bourg-Saint-Maurice, comme c’est le cas pour la plupart des accros à la chique dans le ski. C’était pour faire comme les grands, comme les stars que j’idolâtrais. Avec les copains, on se planquait dans les toilettes pour en prendre, même si ce n’était pas interdit comme la cigarette. En ski études, si on avait été pris en train de fumer des clopes, on aurait été virés. Pour un sportif, le tabac à chiquer a le mérite de ne pas affecter les poumons, et surtout, ça ne se voit pas…

Quels sont les effets ?

Ils sont immédiats. D’abord, ça retourne la tête, puis vient l’effet relaxant. Le pire, c’est que j’ai trouvé ça immonde au début, comme tous les usagers. Ça me donnait la nausée et ça me mettait littéralement à genoux. Mais je me suis forcé à en prendre. Et l’addiction s’est installée à partir de la classe de 4e.

De quel niveau d’addiction parle-t-on ?

J’étais « calé » [d’après l’expression « se caler une chique » dans la gencive] jour et nuit, un vrai drogué, à la manière d’un accro à la cigarette qui fumerait clope sur clope. J’en prenais aux entraînements, en compétition, y compris en coupe d’Europe, et même à la piscine où j’enrobais ma boulette de tabac dans du papier pour faire joint d’étanchéité. La marque que je chiquais, la Makla, contient des microbouts de verre, afin de provoquer des minuscules incisions dans la gencive et faire pénétrer la nicotine plus vite dans le corps via le sang.

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A la suite de la campagne de prévention de 2010-2011 de la Fédération française de ski (FFS), vous a-t-on demandé de ne plus chiquer en public ?

J’ai toujours fait ça discrètement. La seule fois où je me suis fait attraper, c’est quand Michel Vion [alors président de la FFS] m’a vu chiquer dans un bar. Il m’a engueulé en disant qu’il y avait une campagne de prévention en cours et qu’il ne fallait plus le faire en public, en particulier devant les gamins, pour des raisons d’exemplarité. Mais sinon, à partir du moment où les résultats sont au rendez-vous, on vous laisse tranquille.

Ça n’a jamais nui à la performance, mais pensez-vous que ça ait pu la favoriser ?

J’ai eu le sentiment que ça modifiait mon comportement de façon positive en me déstressant. La chique, c’est comme la clope avant d’aller à la guerre, ça aide à gérer la peur et à se concentrer.

Vous avez arrêté voici un an et demi, que constatez-vous ?

Je ne suis pas sevré. Je me mets encore du papier toilette et du gingembre sous la gencive où s’est formé un trou. Miraculeusement, je n’ai rien à la bouche. Mais si un jour on me dit que j’ai les artères foutues ou un cancer, ce qui ne m’étonnerait pas vu toute la merde que je me suis mise dans le corps, je saurai pourquoi.

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