Santé | Myopie : une maladie encore floue

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La vision est assez pessimiste. Si l’on en croit les projections des experts internationaux, à l’horizon 2050, la moitié de la population mondiale sera myope. Cette épidémie “silencieuse” n’a cessé de gagner du terrain partout dans le monde. Pour preuve, ce trouble visuel a été multiplié par 3 en une génération en Asie et le nombre de myopes a doublé depuis une quarantaine d’années en Europe. À titre d’exemple, près de 95% des adolescents sud-coréens sont myopes.

Des chiffres alarmants que confirme une enquête épidémiologique menée par le CHU de Poitiers. Initiée en 2016, elle s’appuie sur l’analyse des données anonymisées, collectées depuis 5 ans. “La myopie concernerait 37 % des adultes et 20,48 % des enfants de moins de 18 ans. Cette proportion risque fort d’augmenter dans les prochaines années si rien n’est fait pour ralentir cette épidémie de myopie, “ y est-il noté. Un véritable enjeu de santé publique largement évoqué lors du 125e congrès de la Société Française d’Ophtalmologie, en mai dernier. Thierry Bour, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (SNOF), y a rappelé que “15% de la population française était myope en 1950, contre 40% en 2020 et possiblement 60% en 2050.” Citant également la dernière étude Ipsos “Baromètre de la myopie en France : un état des lieux de la prévalence, de la prévention et de la prise en charge”, réalisée en avril dernier pour l’Institut d’Education Médicale et de Prévention (IEMP), il a pointé une méconnaissance des symptômes chez l’enfant pouvant alerter les parents sur un risque de myopie. “Seuls 9% d’entre eux connaissent les signes précurseurs, 12% pour les parents d’enfants myopes. “

D’où vient ce déficit visuel ? Comment lutter contre sa progression ?

“La myopie est caractérisée par des images qui apparaissent floues de loin et parfaitement nettes de près. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un trouble de la vision lié à un globe oculaire considéré comme trop long, explique Sébastien Guigou, ophtalmologue à la clinique Axium, à Aix-en-Provence.

On ne naît pas myope, on le devient

La myopie fait généralement son apparition dès l’enfance. Une fois que le phénomène est enclenché, il ne s’arrête pas. Il progresse jusqu’à l’âge adulte où il se stabilise. “Ce que l’on sait moins, c’est que certaines personnes peuvent déclarer des complications comme un décollement de la rétine, un glaucome, une cataracte précoce et parfois même la cécité, alerte le spécialiste. C’est ce que l’on appelle les myopies maladies. 10% des patients seront touchés par cette dégénérescence de l’oeil.”

Parmi les facteurs de risque, le rôle de la génétique est depuis longtemps établi, il concerne 10% des cas. En revanche, l’environnement serait largement impliqué dans le développement de ce trouble de la vue. “L’effort visuel prolongé, en vision de près, favorise son apparition. L’enfant, en période d’apprentissage, sursollicite sa vision de près, c’est ce qui explique cette prévalence exponentielle. Récemment, le manque de lumière naturelle a été mis en évidence dans de nombreuses études. Concrètement, jouer à des jeux vidéo, sur le smartphone, à l’intérieur d’une maison, est une catastrophe pour la vision qui peut se dégrader rapidement.”

S’il n’existe aucun traitement pour stopper ni réduire la myopie, les avancées technologiques permettent de freiner son évolution.

“Il y a des nouveautés qui arrivent, confirme le Dr Guigou. Les fabricants ont été en avance sur les professionnels de santé avec la sortie de nouveaux verres de lunette. C’est le cas de la technologie H.A.L.T. développée par la marque Essilor et réservée aux enfants. Les premières études rapportent 60% de résultats favorables. Cependant, ils sont plus chers, non remboursés et demandent une période d’adaptation.”

Une nouvelle génération de lentilles de contact (orthokératologie) est arrivée sur le marché. Encore méconnues, ces lentilles se portent uniquement la nuit. “Ces lentilles correctrices vont modifier la courbure de l’oeil pendant le sommeil. Ce procédé a l’avantage d’éviter le port des lunettes la journée mais l’effet s’estompe au bout de quelques heures. Les retours sont assez positifs avec 60% de freination, chez les utilisateurs. L’inconvénient majeur de ce dispositif, surtout chez les plus jeunes, une hygiène de vie rigoureuse.” Concernant le remboursement des lentilles de nuit, la Sécurité sociale ne le prend pas en charge, seules certaines mutuelles offrent un remboursement partiel.

Parmi les autres innovations, médicamenteuses cette fois-ci, le collyre à l’atropine avec une concentration de 0.01 %. “L’atropine est une molécule que l’on utilise fréquemment. C’est un collyre d’examen. Dans sa forme très diluée, elle permet de freiner avec très peu d’effets secondaires, l’évolution de la myopie dans 60% des cas. Seul problème, ce collyre n’est pas commercialisé. C’est une préparation pharmaceutique hospitalière.” Enfin, il y a la chirurgie par laser. Contre-indiquée chez l’enfant, elle peut être proposée chez l’adulte quand la myopie est fixée. Alors que la rentrée des classes se profile cette semaine et avec elle, le retour d’une activité visuelle intense, il est important de surveiller la vue des enfants. “Les enfants ne s’en rendent pas compte forcément car ils arrivent très bien à lire les livres, les tablettes ou l’écran, mais pas forcément le tableau. Il ne faut pas hésiter à leur poser la question s’ils arrivent à lire au tableau, surtout quand ils sont au fond de la classe,” incite Sébastien Guigou.

Et au risque de faire grincer quelques dents, il conseille, surtout aux addicts du smartphone ou de l’ordi, de faire un “break toutes les 30 minutes avant de revenir à une activité en vision de près”. Bien s’éclairer à la lumière naturelle et favoriser les activités extérieures “au moins deux heures par jour”.

Un juste équilibre à trouver et une bonne raison pour éloigner les enfants des écrans.

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