Santé mentale : la récupération du mot « fou » dans un sondage dérange

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Le Conseil des arts du Canada assume employer les termes « fou » et « folle » pour décrire les personnes aux prises avec des enjeux de santé mentale. Une utilisation inspirée par un mouvement marginal qui milite pour la réappropriation de ces mots à l’origine péjoratifs. L’usage de ces expressions dans un sondage a cependant fait sursauter, ce qui a forcé l’organisme fédéral à faire une mise en contexte.

Soucieux d’être plus représentatif des personnes en situation de handicap à l’avenir, le Conseil des arts mène actuellement une consultation auprès d’artistes subventionnés. Au début du sondage, les participants sont appelés à cocher des cases qui correspondent à leur situation personnelle. Parmi les 15 choix d’origine, on trouve « aveugle », « sourde ou sourd », « personne ayant un trouble de l’apprentissage », mais également une classification qui peut surprendre : « Personne ayant des troubles de santé mentale, “folle” ou “fou” ».

« Je suis tombée en bas de ma chaise et j’ai arrêté de répondre au sondage. Je ne peux pas dire que je suis folle pour un trouble de santé mentale. C’est dénigrant. Ce serait comme de mettre le mot en n pour la catégorie “Noir” ou le mot en t pour la catégorie “LGBTQ +” » s’insurge en entrevue au Devoir la réalisatrice Marie-Hélène Panisset, qui a dénoncé le Conseil des arts sur les réseaux sociaux.

Les termes « fou » et « folles » sont une traduction de l’expression « mad », que l’on peut voir dans la version anglaise du sondage. Cette catégorie fait référence aux « mad studies », un courant, beaucoup plus connu dans le monde anglo-saxon, qui milite pour la réappropriation de ces termes, qui restent très connotés négativement dans l’esprit de la majorité. À l’instar finalement du mouvement LGBTQ +, qui revendique aujourd’hui le mot « queer », même s’il s’agissait d’une insulte à l’origine.

« Nous reconnaissons l’importance de la langue lorsque l’on honore l’histoire, l’identité et la terminologie qui évoluent et le Conseil a décidé d’employer le terme“fou” ou “folle” à la suite de suggestions formulées par des membres de la communauté artistique. En plus, cette terminologie est appuyée dans le sondage par un ensemble d’études menées par le Conseil au fil des ans », a défendu par courriel le Conseil des arts du Canada, l’un des plus importants bailleurs de fonds dans l’industrie culturelle au pays.

Une affaire de langue ?

Marie-Hélène Panisset n’adhère pas à cette vision des choses. Elle rappelle qu’un large consensus existe depuis longtemps, au Québec du moins, pour proscrire les mots « fou » et « folle » lorsqu’on parle de personnes qui souffrent de problèmes de santé mentale.

« Quand j’ai consulté un psychologue, j’avais l’habitude de dire que j’étais folle, mais on m’a aussitôt dit d’arrêter de me décrire de la sorte, car c’est très stigmatisant. […] Le mouvement de réappropriation est très marginal et ne tient pas du tout compte de la réalité francophone. Pourquoi lui donner une telle place dans un sondage, au risque de choquer plein de gens ? Au pire, les gens qui se décrivent comme ça peuvent l’écrire dans la partie du sondage où on peut laisser un commentaire », suggère la réalisatrice.

Malgré les critiques, le Conseil des arts du Canada persiste et signe. « Fou » et « folles » demeureront un choix de réponse dans le coup de sonde. L’organisme fédéral a cependant demandé à la firme qui traite les résultats de la consultation « d’annoter le sondage afin de préciser le contexte justifiant le recours à cette terminologie ».

Outre « fou » et « folle », le sondage continent également l’expression « crip », utilisée en anglais comme une moquerie à l’endroit des gens qui ont un handicap physique. Là encore, ce terme initialement blessant a été récupéré par des personnes qui vivent avec cette condition. Dans ce cas toutefois, ce qualificatif n’a pas été traduit dans la version française du sondage, où c’est le mot anglais qui est utilisé. Le sondage a été conçu par le cabinet torontois Left Turn Right Turn.

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