Santé : le bilan de la CAQ plombé par la pénurie de personnel | Élections Québec 2022

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Le réseau doit devenir l’employeur de choix pour les 300 000 personnes qui y travaillent, mais aussi pour ceux qui veulent venir y travailler, disait alors le ministre de la Santé et des Services sociaux.

Il faut dire que les témoignages se sont multipliés ces dernières années faisant état du manque de personnel, de départs et d’infirmières épuisées par le temps supplémentaire obligatoire (TSO).

Le réseau a compté par moments plus de 80 000 absences, tous métiers confondus, en raison notamment de maladies et d’invalidités à long terme.

La pénurie s’est particulièrement fait ressentir dans les CHSLD lors de la première vague, où près des deux tiers des 5688 décès liés à la COVID-19 ont été enregistrés.

À tel point que le premier ministre Legault a dû faire appel aux Forces armées canadiennes et a annoncé la formation accélérée de 10 000 préposés aux bénéficiaires pour travailler en CHSLD. Salaire bonifié inclus.

François Legault annonce en mai 2020 une formation payée, de la mi-juin à la mi-septembre, pour devenir préposés aux bénéficiaires

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

28 000 infirmières à embaucher en cinq ans

La pénurie d’infirmières a également marqué le mandat de la CAQ.

Les opérations « sit-in » de la part d’infirmières exaspérées par leurs conditions de travail se sont multipliées.

Québec a d’ailleurs lancé l’an dernier une mission historique de recrutement à l’étranger afin de recruter 4000 infirmières et travailleurs sociaux.

Le ministre du Travail et de l’Immigration, Jean Boulet, a même renchéri en février 2022 avec un programme de 65 millions $ visant à payer leur formation et à leur verser une allocation.

Le ministre Dubé a également débloqué 750 millions sur cinq ans pour former et embaucher quelques milliers d’adjointes administratives afin d’alléger le fardeau des infirmières.

Néanmoins, lors de l’étude des crédits en santé au mois d’avril dernier, la sous-ministre adjointe Josée Doyon est venue expliquer aux députés que la diplomation, l’immigration et les autres mesures annoncées ne réussiront pas de façon certaine à combler les besoins.

Selon son évaluation, 28 000 embauches seront nécessaires ces cinq prochaines années.

Comme le mentionnait au mois de juillet dernier la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Julie Bouchard, les professionnelles en soins croulent actuellement sous le temps supplémentaire obligatoire et une charge de travail démesurée.

Un problème qui ne semble pas s’estomper malgré la fin des vacances. Et qui pourrait venir hanter la CAQ au cours de la campagne électorale.

830 000 Québécois sans médecin de famille

Jusqu’à tout récemment, plus d’un million de Québécois figuraient sur la liste d’attente pour un médecin de famille.

C’est plus du double que lorsque la CAQ est arrivée au pouvoir en 2018 (482 000).

Au début du mois d’août, le ministère de la Santé et des Services sociaux annonçait l’inscription d’un nombre inédit de près de 290 000 patients à un groupe de médecine de famille (GMF) et la réduction du nombre de patients en attente au Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF) à 830 000.

Comme le précise l’entente du 1er mai entre Québec et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (Nouvelle fenêtre) (FMOQ), les patients inscrits à un GMF pourront donc faire appel à une équipe interdisciplinaire (infirmière, travailleur social, etc.).

Québec mise aussi sur un nouveau guichet d’accès à la première ligne.

Malgré tout, à 77,7 % en juin 2022, le pourcentage de la population inscrite à un médecin de famille demeure inférieur au 80,7 % d’octobre 2018 et sous la cible de 85 %.

Un médecin utilise un stéthoscope pour écouter le rythme cardiaque du patient.

6,4 millions de Québécois sont inscrits à un médecin de famille.

Photo : getty images/istockphoto / wutwhanfoto

Comme l’a souligné en fin de session parlementaire le porte-parole en matière de santé du PLQ, Monsef Derraji, si on veut commencer à faire le bilan des quatre dernières années […] est-ce qu’il y a une seule mesure pour augmenter l’attractivité à la médecine familiale? Je n’en ai pas vu une.

Le député Derraji dénonce, comme d’autres, le fait que des centaines de postes en médecine familiale n’ont pas été pourvus.

154 000 patients en attente d’une chirurgie

Un des effets marquants de la pandémie a été la diminution importante du nombre de chirurgies dans les hôpitaux.

Délestage oblige, la liste d’attente est passée de 115 000, juste avant la pandémie, à plus de 154 000.

Pire, près de 21 500 patients attendent une chirurgie depuis plus d’un an. Ils étaient moins de 3000 avant la pandémie.

N’eût été le recours au privé, la liste d’attente aurait été nettement plus élevée.

En marge, le nombre de requêtes en attente pour avoir accès à un médecin spécialiste a augmenté de près de 50 % depuis le début de la pandémie.

Les urgences débordent

Autre effet domino du manque de personnel et de lits d’hospitalisation, les urgences débordent régulièrement au-delà de leur capacité.

Et la durée moyenne de séjour sur civière aux urgences oscille autour de 18 heures, alors que les libéraux étaient parvenus à la réduire autour de 14 heures.

Au début de l’été, une soixantaine de médecins-chefs aux urgences à travers le Québec ont d’ailleurs écrit aux directions des établissements de santé afin d’exiger l’ouverture de lits d’hospitalisation plutôt que leur fermeture partielle durant la période estivale.

Des civières alignées à l'urgence de l'hôpital Anna-Laberge

Plus d’un million de patients se retrouvent sur une civière aux urgences chaque année.

Photo : Radio-Canada

Ils estimaient que la qualité des soins était compromise et que certains décès seraient même causés par la situation chaotique dans les urgences.

Selon une compilation de Radio-Canada, des dizaines de milliers de patients du Québec font le choix de se rendre en Ontario chaque année pour obtenir des soins de santé, dont plusieurs des Laurentides.

Des milliards supplémentaires pour des infrastructures

Une des promesses phares de la CAQ lors de l’élection de 2018 a été la construction de 2600 places d’hébergement pour aînés avec le concept de maison des aînés.

De nombreux chantiers devraient être terminés ces prochains mois, mais à un coût nettement plus élevé que prévu.

Annoncée à moins de 400 000 $ la chambre en 2019, la dernière évaluation du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) en juin s’élèvait en moyenne à plus de 800 000 $, pour un total de 2,8 milliards de dollars.

Depuis l’arrivée de la CAQ au pouvoir en octobre 2018, le nombre de personnes qui attendent une place en CHSLD a augmenté de 57 %. C’est maintenant 4330 personnes qui attendent à travers le Québec, soit 1564 personnes de plus qu’il y a quatre ans.

Sans compter la liste d’attente pour du soutien à domicile qui n’a cessé d’augmenter.

L’inflation et la surchauffe du marché de la construction ont également eu des impacts sur d’autres projets d’infrastructure dans le réseau de la santé.

Radio-Canada dévoilait récemment que l’évaluation des coûts de modernisation de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont s’élevait désormais à 4,2 milliards de dollars, une somme nettement supérieure au budget de 2,5 milliards octroyé un an plus tôt par le ministre Dubé.

Par ailleurs, le porte-parole en matière de santé au Parti québécois, Joël Arseneau, n’a pas manqué de souligner, lors de l’étude des crédits au mois d’avril, que la région des Laurentides se sent un peu mal aimée, abandonnée […] que la région accuse un retard dans les investissements pour des projets de modernisation qu’ils réclament depuis au-delà de quatre ans.

Les promesses de 2018

Lors de la campagne électorale de 2018, la CAQ a formulé des dizaines de promesses en santé.

Selon le Polimètre du Centre d’analyse des politiques publiques (CAPP) de l’Université Laval, près des trois quarts ont été réalisées ou partiellement réalisées.

Cet outil, chapeauté par des politologues de l’Université Laval, mesure le respect des promesses électorales des gouvernements.

Au lendemain de la présentation du plan du ministre Dubé au mois de mars, le porte-parole de Québec solidaire en matière de santé, Vincent Marissal, se disait mystifié et estimait qu’il s’agissait d’un programme électoral qu’ils sont en train de tester à quelques mois des élections.

Elles seront déclenchées dimanche.

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