que peuvent nous apprendre des rats qui ont appris à conduire ?

0
49

Les rats de l’université de Richmond avaient impressionné le monde en 2019 par leur capacité à conduire des voitures miniatures. Aujourd’hui, ils font partie d’un projet novateur qui explore la façon dont l’enrichissement environnemental façonne le cerveau – et pourrait à terme aider à résoudre les problèmes humains de santé mentale.

« Travailleurs » et « rentiers »

« Cela attire l’attention des gens sur l’intelligence et la capacité à apprendre de ces animaux », explique Kelly Lambert, directrice du laboratoire de neurosciences comportementales de l’université. L’un des grands échecs de la médecine moderne, pour Kelly Lambert, est son incapacité à guérir ces pathologies mentales à l’aide de médicaments, alors même que les entreprises pharmaceutiques engrangent des profits dans ce domaine.

Ces approches médicamenteuses sont de plus en plus remises en cause, après la publication en juillet d’une étude majeure questionnant la théorie selon laquelle un déséquilibre chimique, notamment un manque de sérotonine, causerait les dépressions.

À la place, Kelly Lambert voit la thérapie comportementale comme une clé du traitement de l’esprit, d’où l’étude des petits mammifères. « Nos cerveaux se transforment depuis le ventre de la mère jusqu’à la tombe », dit-elle, expliquant qu’avoir une vie active – d’une façon ou d’une autre – peut jouer sur la possibilité de faire une dépression.

Lors d’une précédente expérience, elle avait divisé un groupe de rats entre « travailleurs », qui devaient accomplir un effort pour obtenir une récompense – en l’occurrence fouiller dans un tas de terre – et « rentiers », groupe témoin à qui l’on donnait les friandises sans contrepartie.

Sens de l’orientation

Face à des tâches stressantes, le groupe de travailleurs a persisté plus longuement que ceux conditionnés à rester dans un état que les psychologues désignent comme d’« impuissance apprise ». Et lorsqu’ils ont dû nager, les travailleurs ont eu une réaction hormonale indiquant une plus grande résistance émotionnelle.

Les rats ayant appris à conduire ont aussi fait preuve d’une plus grande ténacité émotionnelle et de niveaux réduits de stress, ce qui pourrait être lié à la satisfaction d’acquérir de nouvelles compétences, selon Kelly Lambert. « Ils tracent des chemins dans la nature qu’ils empruntent sans arrêt et nous voulions voir s’ils étaient capables de garder cet excellent sens de l’orientation dans un véhicule », explique la chercheuse Olivia Harding.


Le Dr. Kelly Lambert, directrice du laboratoire de neurosciences comportementales de l’université.

RYAN M. KELLY/AFP

L’apprentissage n’a pas été aisé : les rats ont d’abord dû actionner les commandes à petits coups de museau, avant que les scientifiques ne découvrent qu’ils préféraient se tenir sur leurs pattes arrière et utiliser celles de devant pour conduire. Même lorsque leur voiture était dans une position inhabituelle, tournant le dos à la récompense, les rongeurs sont parvenus orienter leur véhicule dans le bon sens et à atteindre la friandise, preuve d’une capacité cognitive avancée.

Les pilotes d’aujourd’hui, « Queue Noire » et « Queue Multicolore », font preuve d’« anticipation » en s’agitant à l’arrivée des humains, faisant les cent pas et tentant d’escalader les parois de leurs cages. Tout comme les humains, tous les rats n’ont pas les mêmes intérêts : si certains semblent apprécier la conduite en soi, d’autres ne le font que pour la récompense et un troisième groupe ne s’en donne même pas la peine.

Sommes-nous plus proches des rats de laboratoire ?

La patronne du laboratoire de neurosciences comportementales a compris tôt dans sa carrière qu’étudier les rats vivant dans des cages « non enrichies », c’est-à-dire dépourvues de courses d’obstacles et d’activités, n’avait pas beaucoup d’intérêt, comme l’étude d’humains confinés et isolés. Les rats élevés dans des cages enrichies ont par exemple bien mieux réussi à conduire un véhicule que les autres.

Ses travaux les plus récents ont permis de découvrir que les rats sauvages avaient des cerveaux plus gros que les rats de laboratoire, davantage de neurones, de plus grosses rates permettant de mieux combattre les maladies, et des niveaux de stress beaucoup plus élevés.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici