Pourquoi l’épidémie de bronchiolite est-elle si forte cette année ?

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Depuis deux ans et demi, la pandémie de Covid-19 perturbe le cycle saisonnier classique des autres épidémies respiratoires. Celle de la bronchiolite, qui commence d’habitude à la mi-novembre, culmine en décembre et s’éteint en janvier, a eu cette année six semaines d’avance et dépasse d’ores et déjà les niveaux des dix dernières années, avec environ sept mille passages aux urgences la dernière semaine d’octobre.

Si les indicateurs ont baissé dans le bulletin du mercredi 16 novembre, Santé publique France (SPF) incite à la prudence : il pourrait s’agir d’un phénomène consécutif aux vacances scolaires et « il est probable que l’on observe une reprise dès cette semaine, visible dans le bulletin épidémiologique de la semaine prochaine », ajoute Sophie Vaux, de la direction des maladies infectieuses de SPF. Pour expliquer cette dynamique hors norme, de nombreux pédiatres mettent en avant la notion de « dette immunitaire », à l’origine de vifs débats entre scientifiques.

Le concept a été introduit dans le débat public par un texte de pédiatres français publié dans Infectious Diseases Now en août 2021. Selon ces médecins, les gestes barrières liés au Covid-19 ont limité la circulation des virus respiratoires et provoqué une « absence de stimulation immunitaire » de la population. Ce phénomène, couplé à une moins bonne couverture vaccinale des enfants, « a induit une dette immunitaire qui pourrait avoir des conséquences négatives lorsque la pandémie sera maîtrisée ». Dit plus simplement : depuis 2020, moins de personnes ont contracté de virus respiratoires responsables de la bronchiolite tels que le virus respiratoire syncytial (VRS) ou les rhinovirus ; la population susceptible de les attraper en 2022 est donc plus importante que d’habitude, ce qui explique en partie les niveaux observés aujourd’hui.

« Effet rebond »

Cette hypothèse d’une moindre immunisation de la population contre le VRS « est intéressante à surveiller », souligne Sophie Vaux, qui préfère parler d’« effet rebond » coïncidant avec la levée des mesures contre le Covid-19. Si dette il y a, elle ne concerne dans tous les cas pas les nouveau-nés, qui n’ont tout simplement jamais rencontré ces virus. C’est pourquoi François Angoulvant, chef du service de pédiatrie au Centre hospitalier universitaire vaudois, en Suisse, et coauteur du papier paru dans Infectious Diseases Now, met en avant la dimension populationnelle de cette dette. « Ce ne sont pas les enfants hospitalisés qui contractent une dette immunitaire mais leurs parents. Plus le VRS circule chez ces derniers, plus il y aura de contaminations », insiste le pédiatre. Le VRS provoquant de simples rhumes chez la plupart des adultes, ils n’ont pas nécessairement conscience de contaminer les plus jeunes.

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