Podcast. Dave sur son accident : « Les médecins ont cru que j’allais mourir »

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Vanina, Mon cœur est malade, Lettre à Hélène, Du côté de chez Swann… Vedette de variétés, il a charmé la France des années 1970 avec ses chansons. Puis c’est en animateur de télévision qu’on le retrouve, les décennies suivantes, aux manettes de « Salut les chouchous », « Domino Day », mais aussi commentateur pour le concours de l’Eurovision, le Téléthon et plus récemment jury de « La France a un incroyable talent ». A 78 ans, Dave continue de se produire sur scène avec des textes écrits par son parolier de toujours et partenaire dans la vie, Patrick Loiseau.

Mais au début de 2022, après une grave chute sur la tête à son domicile, le chanteur reste un temps dans le coma, et sa carrière est mise en pause. Il va mieux, mais doit encore se remettre des séquelles de l’accident. Dans le podcast du Monde « Rebond, vivre avec le handicap », réalisé en partenariat avec l’Agefiph, il revient sur les enseignements qu’il a tirés de cette expériences, au micro de la journaliste Isabelle Hennebelle. Ce témoignage s’inscrit dans le cadre de la saison 2 de ce podcast, diffusée à l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées.

Chaque année, les accidents domestiques sont responsables de plus de 20 000 décès, contre 3 000 pour les accidents de la circulation. La cause principale : les chutes, notamment chez les personnes de plus de 75 ans. Ces chutes ne sont pas toutes mortelles, mais elles peuvent engendrer de graves problèmes de santé. Que s’est-il passé dans votre cas ?

Ce qui est le plus frappant, c’est le fait que je ne me souviens absolument de rien. Pour vous donner un exemple, j’ai engueulé quelques-uns de mes plus proches amis en leur disant qu’ils auraient pu venir me voir à l’hôpital. Ils étaient venus, mais je ne m’en souviens pas ! Je ne me rappelle rien. Aussi, après ces quatre jours de coma, je ne savais pas dans quel état je me trouvais. Je n’ai pas vu la lumière blanche – qui représente une divinité –, donc je ne sais pas si Dieu existe ! En revanche, je suis sûr d’avoir un cerveau parce qu’il a été inondé de sang. Et ça, c’est mon principal problème aujourd’hui. Sept mois après, comme les gens qui ont eu le Covid, que je n’ai d’ailleurs pas eu, j’ai une absence totale de goût et d’odorat. Et quand on est comme moi hédoniste, pour ne pas dire épicurien, le moment des repas est carrément chagrin !

C’est une frustration au quotidien ?

J’ai la chance d’avoir une maison dans le sud du Vaucluse. Quand j’y suis allé, aux mois de mai et juin, il y avait des champs de lavande et des parfums partout. J’en suis sûr, mais je ne les ai pas sentis. Et ça, c’est vraiment très désagréable. J’ai vu trois neurologues différents, mais ils ne savent pas à quoi cela est dû. Je me souviens de cette très grande chanteuse des Pays-Bas, Liesbeth List, qui avait eu un accident de voiture assez grave avec une hémorragie cérébrale, et qui était restée sans goût et sans odorat pendant dix-sept ans ! Moi, c’est la même chose. Au cours des différentes IRM que j’ai dû faire, un professeur m’a expliqué qu’il y a deux zones dans le cerveau qui s’occupent du goût et de l’odorat. Dans mon cas, une de ces zones est HS, comme on dit, hors service. Il a même ajouté avec beaucoup de tact que c’était bien dommage que je n’aie plus 20 ans parce que, à 20 ans, ça se guérit assez vite grâce à l’autre partie du cerveau. Cela m’angoisse beaucoup parce que quand on a 78 ans, les motifs de jouissance deviennent plus rares.

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Avez-vous l’impression que la mémoire revient petit à petit ?

Je n’en suis pas sûr, pas encore. L’accident a eu lieu le 25 janvier 2022. Alors quand on a plus de 60 ans, on cherche déjà certains noms, certains mots. C’est mon cas, même si je n’ai pas de symptômes d’Alzheimer. Par contre, j’ai des souvenirs d’il y a très longtemps qui reviennent parfaitement, comme des trucs appris à l’école, ma langue natale, le néerlandais. Mais j’ai quelques problèmes avec la mémoire récente. Pour ce qui est de mes chansons, comme je chante depuis fort longtemps, tout va bien.

Même depuis votre accident ?

Je n’ai pas encore fait beaucoup de concerts depuis. Comme j’ai eu la chance – ou la malchance, je ne sais pas – d’avoir eu pas mal d’articles dans la presse sur mon accident, les gens ne savent pas trop si je suis encore capable de remonter sur scène. Résultat : pour le moment, j’ai peu de demandes. Même si j’ai quand même plusieurs dates prévues. Et c’est aussi une nécessité, car quand on est chanteur ou technicien dans le spectacle, on n’a pas la même retraite qu’un cadre ! J’ai découvert ça, il n’y a pas si longtemps. Alors il faut continuer de travailler, par nécessité financière.

Avez-vous dû mettre en place des choses dans votre maison et votre mode de vie depuis votre accident ?

J’habite dans un endroit à Paris qui s’appelle la villa Montmorency, dans une maison que je loue. La propriétaire, que je connais très bien et qui est on ne peut plus aimable, n’avait malheureusement pas mis de balustrade le long de l’escalier. Maintenant, il y en a une. Et en janvier 2021, donc un an avant cet accident, mon compagnon et moi nous sommes retrouvés tous les deux à l’hôpital à cause du monoxyde de carbone. Parce qu’il n’y avait pas non plus de système d’alarme contre le monoxyde de carbone. Ce n’est pas obligatoire. Ce qui est obligatoire, c’est contre le gaz. Et pourtant, le gaz a une odeur alors que le monoxyde de carbone n’en a pas ! Pour l’activité physique, on a une chienne, donc on fait beaucoup de promenades. Je marche au moins deux heures par jour. Et puis comme je n’ai plus de goût, je mange plus raisonnablement qu’avant !

Dave, cet accident a chamboulé votre quotidien et en quelque sorte entraîné un handicap. Cette notion de handicap vous est-elle familière ?

Je suis parrain d’une association qui s’occupe des chiens-guides pour les enfants aveugles. C’est à l’origine une organisation canadienne, qui est devenue française. Son fondateur était venu me voir il y a dix ou quinze ans dans ma maison, perdue au milieu de nulle part dans le Vaucluse, pour me le proposer. C’est aujourd’hui le contact que j’ai avec des personnes handicapées, non voyantes. Le seul non-voyant que je connais bien, c’est Gilbert Montagné, qui a beaucoup d’humour et qui en rigole. Ce n’est pourtant pas très drôle !

En comparaison, je me dis que j’ai de la chance, avec « juste » ces problèmes de goût et d’odorat, parce que ça aurait pu être pire. Les médecins ont cru que j’allais mourir ! J’ai aussi vu mon père atteint de la maladie de Parkinson et ça entraîne des handicaps.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez pu recevoir au cours de la période difficile que vous venez de traverser ?

Je n’ai pas de souvenirs de conseils. En revanche, en 2011, mon médecin m’avait conseillé de faire un double pontage. C’était mon premier contact avec l’hôpital. On remplace certaines artères et ça se fait maintenant très bien. C’est grâce à cette intervention que je m’étais rendu compte que je vieillissais. Tout doucement. Mais je suis quelqu’un à qui on ne donne pas trop de conseils. Je dois peut-être donner l’impression de tout savoir, d’être prétentieux !

Vous avez surtout l’air plein de vie ! Toujours de bonne humeur !

Peut-être pas tant que ça. Quand quelque chose ne va pas, je fais la gueule chez moi, quand il n’y a pas de caméras. C’est ce que dit mon compagnon : « Moi, j’ai droit au côté sombre de ton personnage. »

Quel conseil donneriez-vous à une personne qui vient d’endurer un accident domestique grave et qui a du mal à reprendre pied ?

Je lui dirais de voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. L’espoir est la chose la plus importante tant qu’on est vivant. Je base beaucoup de choses là-dessus. Cela n’empêche pas d’être inquiet, de faire attention à soi. Mais je dirais à tous ceux qui prennent de l’âge de se reposer tous les jours, de faire attention à leur poids, de ne pas fumer…

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Vous êtes sensible aux mots. Est-ce qu’il y a des expressions ou des usages à rectifier dans le vocabulaire quand on parle de handicap ?

Les rares fois où j’ai eu affaire à des gens qu’on appelle « handicapés », j’ai toujours été surpris de voir à quel point ils peuvent se moquer d’eux-mêmes. Ils n’aiment pas qu’on les traite avec de la compassion, cette forme de pitié qui enfonce le clou. Bien sûr, à chacun son caractère, il y a des gens plus ou moins optimistes.

Si vous faisiez partie du gouvernement, quelle serait la première mesure que vous prendriez pour sensibiliser davantage les seniors aux accidents domestiques ?

D’une manière générale, je dirais qu’il faudrait faire plus attention aux vieux. Dans le métro, on ne se lève plus pour leur laisser la place. Vis-à-vis des vieux comme des handicapés, il y a parfois de la discrimination. Ça ne devrait pas exister.

Écouter aussi « Rebond », un podcast pour parler du rapport au handicap

« Rebond, vivre avec le handicap » met en avant des témoignages de personnalités touchées de près ou de loin par le handicap (physique, psychique, lié à une maladie, un accident, touchant un proche ou soi-même) et ayant des conséquences sur la vie de tous les jours. Après une saison 1 riche d’une douzaine de témoignages, retrouvez la saison 2 à l’occasion de la Semaine européenne pour l’emploi des personnes handicapées (du 14 au 20 novembre 2022).

« Rebond, vivre avec le handicap », un podcast réalisé par Le Monde, en partenariat avec l’Agefiph. Un épisode écrit et animé par Isabelle Hennebelle. Production : Joséfa Lopez pour Le Monde. Réalisation : Eyeshot. Transcript : Caroline Andrieu. Identité graphique : Kenza Mezouar, Mélina Zerbib. Partenariat : Sonia Jouneau, Victoire Bounine.

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