Pénuries de médicaments : toutes les catégories de produits touchées par les ruptures d’approvisionnement

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Si les ruptures d’approvisionnement en paracétamol et en amoxicilline pédiatriques persistent dans les pharmacies en janvier, il ne s’agit pas des seuls médicaments à inquiéter les professionnels de santé. Ce sont en réalité toutes les classes thérapeutiques qui sont touchées, un phénomène qui ne cesse de s’aggraver depuis quinze ans. En tête de ce palmarès : les anti-infectieux, les médicaments du système nerveux (dont les antiépileptiques, antiparkinsoniens) et ceux du système cardio-vasculaire (thrombolytiques utilisés en cas d’AVC…) sont ceux qui subissent le plus de ruptures d’approvisionnement, c’est-à-dire une indisponibilité supérieure à 72 heures pour les patients.

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Actilyse, Métalyse, Aspégic injectable… Isabelle Maachi-Guillot, cheffe du pôle produits de santé au CHU de Bordeaux, est intarissable quand il s’agit de lister les produits qu’elle peine à se procurer. « L’Actilyse et le Métalyse servent à la prise en charge des AVC et infarctus du myocarde. C’est très inquiétant, car les ruptures durent depuis des mois », explique la pharmacienne. Il en va de même pour certains dispositifs médicaux utilisés quotidiennement dans la chirurgie digestive. « On passe un temps fou à gérer ces ruptures, mais aussi les mécontentements internes et externes », observe Mme Maachi-Guillot. D’un côté, les médecins mécontents de devoir changer leur stratégie de traitement en l’absence du médicament adéquat ; de l’autre, des patients qui peinent à trouver les produits prescrits, une fois sortis de l’hôpital.

« Gérer les ruptures est devenu une routine, acquiesce Pierrick Bedouch, chef du pôle pharmacie au CHU de Grenoble. Pour le moment, cela ne nous empêche pas de traiter les malades, mais cela nous prend énormément de temps et d’énergie pour trouver des solutions. » Sur les 2 500 médicaments utilisés dans son établissement, plus de 300 sont en situation de rupture. Il s’agit alors de jongler avec d’autres solutions : privilégier des formes injectables si les gélules manquent, procéder à des dilutions ou encore préparer soi-même des formulations, avec les problèmes d’autorisation que cela pose.

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« C’est un phénomène de santé publique qui s’aggrave de plus en plus et pour lequel nous ne voyons pas de solutions immédiates », regrette Pierrick Bedouch. En 2008, 43 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur étaient signalés en situation de rupture ou de risque de rupture par les industriels ; ils étaient 871 en 2018 et plus de 3 500 en 2022.

La pandémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine ont accentué une tendance déjà à la hausse, en ralentissant les échanges commerciaux internationaux. La très grande majorité des principes actifs sont en effet élaborés en Inde et, surtout, en Chine, tandis que l’aluminium, le carton et le verre des emballages sont en grande partie produits en Ukraine.

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