L’OMS appelle à mieux considérer la santé menstruelle

0
59

Genève, Suisse — Au cours de la 50ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies (OHCHR), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé à ce que les menstruations des femmes soient reconnues, encadrées et traitées comme un sujet de santé et de droits humains et non pas comme une simple question d’hygiène [1]. Les médecins sont notamment invités à mieux prendre en compte la santé menstruelle des femmes pendant leur consultation, ce qui implique de se former et de combler les lacunes dans ce domaine.

« Ceux qui sont engagés comme nous dans l’éducation à la santé menstruelle attendaient une telle déclaration. Espérons qu’elle va interpeller et influencer la réflexion et la formation des professionnels et des institutions qui travaillent auprès des jeunes filles et des femmes afin de changer la manière de considérer les règles », a commenté auprès de Medscape édition espagnole, la Dre Daniela Ribbeck, gynécologue à l’université du Chili (Santiago, Chili), fondatrice de l’école La Tribu, qui propose le premier diplôme en langue espagnole spécialisé dans la santé menstruelle.

Dans sa déclaration, l’OMS a rappelé que la santé menstruelle n’avait pas été inscrite à l’agenda de la Conférence internationale sur la population et le développement, qui a abouti en 1994 à un consensus mondial sur la dignité individuelle et les droits de la personne. De même, elle n’est pas évoquée dans la Déclaration du Millénaire et dans les 17 objectifs de développement durable adoptés respectivement en 2000 et 2015 par l’Organisation des Nations unies (ONU) pour garantir le bien-être des sociétés humaines.

Le parcours des femmes potentiellement impacté

Lors du dernier conseil des droits de l’homme, la santé menstruelle a été inscrite à l’ordre du jour de la session consacrée à la santé, à l’éducation, aux droits humains sous l’impulsion de travailleurs et de militants associatifs de pays du Sud, précise l’OMS.

Ceux-ci ont attiré l’attention sur des rapports « faisant état du sentiment de honte et d’embarras ressenti par les filles et les femmes » de nombreux pays et de leur difficulté à gérer leur hygiène menstruelle par manque de moyens. Ils mentionnent également les obstacles auxquels elles sont confrontées et qui peuvent avoir un impact « sur le droit à l’éducation, au travail, à la non-discrimination, à l’accès à l’eau, à l’assainissement et enfin à la santé ».

L’OMS appelle à mener trois actions. Premièrement, « reconnaitre et appréhender la menstruation comme un sujet de santé et non d’hygiène », en y intégrant « les dimensions physiques, psychologiques et sociales du parcours de vie d’une femme, de la période précédant la ménarche à celle qui suit la ménopause ».

Deuxièmement, « reconnaitre que la santé menstruelle signifie que les filles et les femmes menstruées ont un accès à l’information et à l’éducation à ce sujet », afin de leur permettre de connaitre les produits nécessaires, l’importance de l’accès à l’eau et de l’assainissement, et prendre conscience qu’elles ont le droit de vivre dans un environnement exempts de préjugés sur les règles afin de pouvoir accéder pleinement et sans honte au travail et aux activités sociales.

 

Reconnaitre que la santé menstruelle signifie que les filles et les femmes menstruées ont un accès à l’information et à l’éducation à ce sujet.
Organisation mondiale de la santé

 

Troisièmement, l’OMS demande à ce que les actions précédentes soient prises en considération dans le secteur professionnel et que leur impact soit évalué. L’organisation internationale s’est également engagée à briser le silence et la stigmatisation liés aux menstruations et à rendre les écoles, les établissements de santé et les autres lieux de travail plus sensibles à ce sujet.

Se former à la santé menstruelle

« Le fait que l’OMS se concentre sur cette question est un bon début, mais il ne faut pas se limiter au discours. Les trois propositions sont assez pertinentes. Il faudrait désormais connaitre le plan d’action pour qu’elles soient appliquées dans chaque zone géographique », a souligné la Dre Nidia Rodríguez (Université nationale autonome du Mexique, México), activiste et fondatrice de La Tribu Roja, un projet interdisciplinaire centré sur l’éducation à la santé menstruelle.

« La première chose à faire en tant que gynécologue est de se former à la santé menstruelle », estime la Dre Ribeck. « La deuxième est de faire évoluer les enseignements pour les générations futures. La santé menstruelle doit être abordée dans les études de premier cycle des professionnels de santé. J’ai analysé les contenus dans l’enseignement de la gynécologie au Chili et en Espagne et aucune référence à la santé menstruelle n’y apparait. »

 

La santé menstruelle doit être abordée dans les études de premier cycle des professionnels de santé.
Dre Nidia Rodríguez

 

« Il faut également mettre la lumière sur le manque d’informations et de recherche sur la santé menstruelle. Par exemple, il n’y a pas de consensus scientifique sur la définition d’un cycle menstruel normal et, concernant le syndrome prémenstruel, on ne connait toujours pas les causes, alors qu’il affecte 8% des femmes. Et, il existe beaucoup d’autres exemples de ce type », a souligné la gynécologue.

De son côté, la Dre Rodriguez considère qu’une mise à niveau des praticiens est essentielle. « Il est important d’encourager la formation des gynécologues et d’attirer leur attention sur ces questions pour qu’ils prennent conscience que leurs enseignements dans ce domaine est insuffisant. Nous devons mettre en place à court terme des conférences et des cours de rattrapage centrés sur la santé menstruelle ».

Le rôle fondamental des médecins généralistes

Selon la spécialiste, le rôle des médecins généralistes est également important. « Ils sont essentiels pour préserver la santé menstruelle des femmes. Encore faut-il qu’ils soient bien informés sur le sujet. Selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), seuls 7% des médecins [mexicains] interrogent leurs patientes sur leur cycle menstruel pendant les consultations. J’imagine que c’est en raison d’un manque de formation puisque le sujet n’a pas été abordé pendant les études universitaires. »

« Il est important de savoir distinguer un cycle normal d’un cycle anormal, sinon certains processus pathologiques se manifestant par exemple par des règles douloureuses sont banalisés ou, à l’inverse, des processus qui s’avèrent normaux, comme l’apparition de règles irrégulières pendant l’adolescence, sont perçus comme pathologiques et pris en charge médicalement ».

 

Il est important de savoir distinguer un cycle normal d’un cycle anormal.
Dre Nidia Rodríguez

 

« Il est également nécessaire de comprendre comment le cycle menstruel est lié à des mécanismes biologiques et à l’apparition de pathologies. Par exemple, les hormones ovariennes produites lors du cycle menstruel ont un effet sur le cerveau et pourraient être en cause dans l’exacerbation des troubles convulsifs survenant pendant le syndrome prémenstruel. Ces hormones sont aussi impliquées dans la régulation des maladies auto-immunes: l’estrogène renforce l’immunité humorale, tandis que la progestérone est un immunosuppresseur ».

 

L’estrogène renforce l’immunité humorale, tandis que la progestérone est un immunosuppresseur.
Dre Nidia Rodríguez

 

« La responsabilité des médecins généralistes est importante puisqu’ils se trouvent en première ligne. Ils doivent avoir une vision globale de la santé des patientes et se référer à un spécialiste si nécessaire. Ils devraient être les mieux  préparés pour savoir reconnaître un trouble en lien avec le cycle menstruel, mais aussi conseiller les femmes menstruées pour améliorer leur qualité de vie. »

Améliorer l’accès aux protections périodiques

L’OMS a souligné que les militants et les organisations non gouvernementales (ONG) ont multiplié les efforts pour que la santé menstruelle soit inscrite à l’ordre du jour de la session du dernier Conseil des droits de l’homme.

L’initiative a poussé un nombre croissant de pays à agir. Par exemple, en 2018, la Colombie a été le premier pays d’Amérique latine a supprimer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour les produits de protections périodiques féminins. Une décision reprise ensuite par Trinité-et-Tobago, la Jamaïque, Saint-Christophe-et-Niéves, la Guyane, le Surinam et le Mexique. Au Costa-Rica, la taxe sur ces produits a été récemment abaissée à 1%. En France, depuis le 1er janvier 2016, la TVA sur les protections hygiénique est passée de 20% à 5,5%. 

D’autres actions ont été menées par différents gouvernements pour fournir des produits d’hygiène menstruelle aux populations défavorisées. Au Mexique, le vote de la «  Loi pour une menstruation digne » a permis la distribution gratuite de ces produits dans les écoles publiques. Des initiatives similaires font l’objet de projets de loi au Chili et au Guatemala. Notons qu’en France, en 2021, Frédérique Vidal, alors ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, a rendu les protections hygiéniques gratuites pour les étudiantes.

Un grand nombre de pays d’Europe et d’Asie ont mis en place des lois et des politiques pour accorder un congé médical en cas de douleur, de gènes ou tout autre symptôme inconfortable lié à l’apparition des règles. Une législation qui n’est pas encore en vigueur dans les pays d’Amérique latine.

Toutes ces mesures sont jugées utiles, mais les gouvernements peuvent et doivent faire davantage, pour faciliter l’accès aux produits d’hygiène féminine, mais aussi pour inciter les écoles, les lieux de travail et les institutions à faciliter la gestion des menstruations afin de garantir un confort et une dignité aux femmes. Et surtout, il apparait essentiel de banaliser les menstruations et de mettre fin au tabou qui les entoure.

 

Cet article a été publié dans l’édition espagnole de Medscape.com sous le titre La OMS llama a dejar de considerar la menstruación como un asunto de higiene para tratarlo como un asunto de salud. Traduit et adapté par Vincent Richeux.

Suivez Medscape en français sur Twitter.

Suivez theheart.org | Medscape Cardiologie sur Twitter.

Inscrivez-vous aux newsletters de Medscape : sélectionnez vos choix

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici