les pesticides responsables de nombreux cancers chez les agriculteurs

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C’est ce que démontrent les dernières études internationales qui sont présentées du 6 au 8 juillet 2022 au centre de lutte contre le cancer François-Baclesse de Caen. Des chercheurs de 15 pays travaillent sur cette question depuis des années sous l’égide de l’ONU.

“Je n’ai jamais été en dehors des clous, j’ai toujours tout respecté, jamais fait de surdosage”. Gérard ( nom d’emprunt) a 65 ans. Il y a quatre ans, ce céréalier de l’Eure a appris qu’il était atteint d’un cancer, un lymphome non hodgkinien. Aujourd’hui il a fini sa chimiothérapie et poursuit son activité, mais il sait qu’il peut rechuter. “On nous a mis des produits dans les mains, et c’est seulement 30 ans plus tard qu’on nous dit qu’il fallait se protéger, mettre des gants, etc…”. Gérard est très en colère. S’il avait connu les dangers des pesticides, il aurait sans doute travaillé autrement, “mais c’est trop tard pour la conversion au bio, c’est trop cher. Soit je crève du cancer, soit je crève, faute d’argent.”

Dans le milieu agricole, le cancer représente entre 20 et 25% des décès. Et l’utilisation des pesticides serait leur principale cause. Les agriculteurs développent beaucoup plus certains types de cancers que le reste de la population. Comme le cancer de la peau (mélanome) : 29% plus fréquent. 

Ces cancers sont la conséquence directe de l’utilisation de produits phytosanitaires. C’est ce que démontrent les études menées par Agrican ( groupe de chercheurs français), dont les dernières recherches seront présentées à l’occasion du colloque international du consortium AGRICOH ( qui rassemble les chercheurs du monde entier qui travaillent sur ces questions sous l’égide de l’ONU), pendant deux jours au Centre Baclesse, du 6 au 8 juillet 2022.

Le plus fréquent est le cancer de la prostate qui touchent plus de 43 000 agriculteurs. Le lindane, un antiparasitaire pour bovins, serait impliqué dans ces cancers, qui concernent deux fois plus les éleveurs que le reste de la population. “Nous avons mis en évidence un excès de risque de 20% de cancer de la prostate chez les personnes utilisant des insecticides sur bovins. Chez les arboriculteurs, qui réalisent des traitements pesticides ou des récoltes sur plus de 25 ha, le risque d’avoir un cancer de la prostate double ” détaille le professeur Pierre Lebailly, coordinateur de l’étude Agrican, qui suit depuis 2005 plus de 180 000 affiliés à la Mutuelle sociale agricole (MSA).

Fin décembre 2021, le cancer de la prostate est alors officiellement reconnu comme maladie professionnelle. La maladie de Parkinson avait elle été reconnue maladie professionnelle dès 2012, les lymphomes non hodgkinien en 2015 et certains myélomes en 2019.

Mais malgré la reconnaissance de son lymphome comme maladie professionnelle, Gérard ne touche aucunes indemnités financières. “Comme j’ai l’âge d’être à la retraite et que je suis à mon compte, je dois me débrouiller”, regrette-t-il. Il n’attend qu’une chose : que quelqu’un prenne la relève pour qu’il puisse enfin cesser son activité et se reposer. Aujourd’hui, il se sent abandonné,

On a beau tirer la sonnette d’alarme, personne ne nous écoute !

Gérard, céréalier dans l’Eure

Pierre Lebailly s’inquiète de la situation:  “Je travaille sur la question depuis 25 ans, je n’ai vu que très peu de changement. La réglementation évolue trop lentement, la question n’est pas assez prise au sérieux.”

Il dénonce une réglementation hors-sol, ” pour établir les réglementations, on estime que les agriculteurs portent tous les équipements nécessaires. Lorsqu’ils s’exposent, on considère que c’est de leur faute. C’est un règlement qui ignore complètement la réalité du terrain”. Celui-ci le rappelle, certains gestes sont nécessaires : “pour se protéger, les éleveurs peuvent limiter leur exposition en portant des gants ou en évitant de rouler le sac sur soi pour le maïs, par exemple.”

Les critères retenus pour établir le lien de causalité entre exposition aux pesticides et cancer se basent sur la durée d’exposition au cours de la vie de l’agriculteur, la taille de la surface exploitée et le nombre d’animaux élevés. La combinaison de ces facteurs permet de montrer le rapport entre exposition et apparition de symptômes et de déterminer si un produit est facteur de risque ou non.

En Normandie, il y aurait 25 dossiers de cas recensés. Essentiellement des hommes, atteints de Parkinson, de lymphomes, de cancers de la prostate ou d’autres cancers du sang. Le chercheur alerte aussi, “les résultats des études sur les femmes sont très inquiétants. Elles semblent développer plus certains types de cancers, notamment certains lymphomes.”

En France, on dénombre plus de 1 000 pesticides autorisés, issus de près de 100 familles de produits.

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