Les émotions dans la lumière d’un pionnier de l’optogénétique

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Le livre. Un des pionniers de la recherche en optogénétique, Karl Deisseroth, professeur de bio-ingénierie, de psychiatrie et de sciences du comportement à l’université Stanford, a eu à cœur de conserver une activité de clinicien. Dans ce premier livre remarquablement rédigé, comme habité par les « histoires humaines » qu’il a recueillies, il confie au lecteur ses propres émotions à l’aune de celles exprimées par ses patients. En parallèle, il décrit et analyse le tissage neuronal du cerveau, ce « mélange d’électricité et de chimie [qui] permet tout ce que peut faire un esprit humain – se souvenir, penser et ressentir ».

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L’émotion réside aussi dans la façon dont l’auteur, récipiendaire, en 2021, du prestigieux prix Albert-Lasker pour la recherche fondamentale, explique comment il puise dans son imagination. « Les idées tirées de la littérature m’ont toujours paru de la plus haute importance pour comprendre les patients, offrant sur le cerveau bien plus d’informations que le meilleur des microscopes », écrit-il. Cette sensibilité créative l’a amené à envisager des moyens d’étudier le fonctionnement du système cérébral. L’auteur raconte qu’à l’issue de ses études de médecine il veut devenir neurochirurgien, pour comprendre les émotions au niveau des cellules et de leurs connexions, pensant qu’il aurait « le plus concret des accès au cerveau humain ». Survient alors une « rencontre fondatrice » avec un patient atteint de troubles schizo-affectifs sévères – passionné de James Joyce, il le décrit comme « le Finnegan de l’unité de soins [en milieu] fermé ». Bouleversé, il bifurque alors vers la psychiatrie.

Stimuler des neurones cérébraux

« Soigner des patients tout en inventant de nouveaux outils d’étude du cerveau » devient son objectif. Au début des années 2000, à la tête du laboratoire de bio-ingénierie de Stanford, il développe l’optogénétique, une technologie permettant d’observer et de stimuler par la lumière des neurones cérébraux, directement et spécifiquement. Ses travaux ont permis de grandes avancées dans la compréhension de la manière dont des cellules créent les fonctions du cerveau et les comportements. A partir d’études sur des mammifères, il est ainsi possible d’enregistrer les processus liés aux sentiments, d’intervenir sur leur représentation, et donc par exemple, modifier le comportement passif/actif d’un sujet face à une difficulté. Cette technique, trop invasive sur l’humain à ce stade, n’a permis pour le moment qu’une application clinique pour un aveugle, atteint d’une maladie neurodégénérative, qui a pu retrouver une vue partielle.

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