Le bio est-il en panne ? Petit bilan de santé de l’agriculture biologique en Corrèze

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Vous ne trouverez pas de charrue en état de marche dans la ferme des Simples de Sophie, à La Queyrille, dans la commune de Queyssac-les-Vignes (Corrèze). Depuis que la jument Olga a pris sa retraite, à la place du labour, des brassées de feuilles mortes par milliers et des cultures d’engrais vert à chaque automne viennent nourrir le sol.

Sur cette colline du Midi corrézien, six ou sept des vingt hectares de la ferme sont cultivés. Un récent inventaire a révélé la présence de nombreuses espèces menacées de libellules ou de batraciens. Entre les enclos des poules pondeuses, les petits vergers, les rangées de cassis ou de thym et la serre où mûrissent les tomates, la cheffe d’exploitation Sophie Crépin-Leblond et son mari Jean-Loup ont bâti un équilibre fragile, rythmé par les pratiques de l’agriculture biologique.

Santé économique. En France, le marché du bio enregistre une baisse de 1,34 % (hors restauration) en 2021. Mais cette baisse cache des disparités : les ventes de produits bio ont chuté de 3,9 % dans les grandes surfaces alimentaires quand les ventes de produits bio chez les commerçants et artisans augmentent de 5,8 %. La vente directe de produits bio, elle, augmente de 7,9 %.

Dans le département, ils sont quelques centaines de paysans à travailler en suivant les règles du label « AB ». Secoués, comme toute l’agriculture, par le Covid et l’invasion russe de l’Ukraine, des pénuries à l’inflation. Bilan de santé d’une filière dont les courbes de croissance pointent vers le haut, mais qui connaît aussi son lot de difficultés.

 1. La bataille des mentalités est en partie gagnée

« Je suis optimiste car c’est la société qui porte la hausse du bio », assure Laurent Teyssandier. Cet éleveur de Palisse, près de Neuvic, qui produit aussi des myrtilles et du jus de pomme préside depuis peu Agrobio 19. Il représente les producteurs bios corréziens dans diverses instances régionales et nationales. « Il y a une demande, insiste-t-il. On a un accueil favorable des citoyens, plus encore avec le réchauffement climatique : cultiver en bio, c’est émettre 80 % de CO2 en moins. »

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Jean-Loup Crépin-Leblond aussi en est persuadé, « même si on vit un moment un peu suspendu, la clientèle qu’on a collectivement créée sur les marchés existe et elle est fidèle ».

En Corrèze
6,8 % de la surface agricole du département est cultivée en bio, soit un peu plus de 15.000 hectares. 10,6 % des fermes du département sont engagées en bio, soit 441 exploitations. Le nombre de producteurs de cultures végétales engagés en bio est passé de 164 en 2012 à 422 en 2021. Ils produisent principalement des cultures fourragères et des fruits. Il y avait 45 éleveurs corréziens engagés en bio en 2012, ils sont désormais 89.
(*) Source : Agence bio, chiffres 2021

L’éleveur retraité Didier Lorioux, ancien président d’Agrobio19, est désormais à la tête du pôle bio Massif central, qui apporte un appui technique aux paysans. Pour lui, « la bio est l’agriculture d’avenir. Mais il y a des résistances. » Laurent Teyssandier partage cette analyse : « Là où c’est plus dur, c’est du côté institutionnel. La Nouvelle-Aquitaine fait partie des cinq régions françaises qui accompagnent le plus la bio. Mais, en Corrèze, à l’échelle du département, il n’y a pas d’action. »

2. Des modèles économiques qui peuvent être fragiles

L’inflation freine logiquement une partie des consommateurs. Il y a quatorze ans, Jean-Loup Crépin-Leblond vendait la demi-douzaine d’œufs bios 1,80 €. Aujourd’hui, c’est 2,50 €. En début d’année, quand il a vu l’aliment pour ses poules augmenter de 10 %, il l’a répercuté sur son prix de vente. Mais pas la hausse suivante, pourtant identique : « on ne peut pas ! L’aliment, c’est un tiers du prix des œufs. »

La santé économique de l’agriculture bio dépend aussi des secteurs. « Quand il faut vivre en ne faisant que du légume, c’est hypercompliqué. Des maraîchers chez qui ça marche, j’en connais, mais ils disent tous que c’est très dur », assure Jean-Loups Crépoin-Leblond. « Le marché de la viande est complètement instable, cite aussi Didier Lorioux. On a vu des éleveurs qui valorisaient mieux leur viande en Label rouge qu’en AB. » Les laitiers, eux, « subissent une baisse très nette, note Laurent Teyssandier. Globalement, on n’est pas pessimiste, mais certains producteurs sont en difficulté. »

Car tous ne fonctionnent pas en circuit court. « Même si c’est quatre fois plus que le conventionnel, cela ne concerne que 15 à 20 % du marché », rappelle le président d’Agrobio 19. Le reste de la production bio est commercialisé en circuits longs. « Être en bio, cela veut aussi dire avoir moins d’intrants », souligne-t-il. À l’heure où le prix des engrais chimiques explose, c’est un avantage. Mais pas toujours.

« Je fais de la vente directe avec mes veaux que j’engraisse à l’automne. Or, en 2018, 2019 et 2020, et on verra cette année, je n’ai pas eu d’herbe à l’automne. Je n’ai donc pas pu satisfaire mes clients habituels. Le fait d’être plus autonome m’a rendu plus fragile. »

Laurent Teyssandier (président d’Agrobio 19)

3. Vendre en direct, valoriser et se diversifier, le trio gagnant

Il y a seize ans, quand Sophie et Jean-Loup Crépin-Leblond se sont installés, ils sont partis sur les plantes aromatiques. Mais ils ont vite compris que, « si on voulait vivre avec nos trois enfants, il fallait que l’on fasse autre chose que des tisanes ».

Aujourd’hui, l’équilibre financier de la ferme repose sur un triptyque : les œufs bios, pour un petit tiers, les sorbets réalisés avec les fruits produits sur la ferme et commercialisés essentiellement l’été sur les marchés de producteurs pour un gros tiers, et « tout le reste ». La culture et la cueillette de plantes aromatiques, un peu de légumes mais surtout des produits transformés (coulis, confitures, pâtes…) et les repas à la ferme.

« Il faut produire et valoriser. C’est beaucoup de travail mais c’est de la marge, résume Jean-Loup Crépin-Leblond. Notre plus gros investissement, ça a été l’atelier de transformation. Pendant dix ans, on a remboursé 2.000 euros par mois (l’atelier pour 15 % et le foncier pour 85%, Ndlr). C’est un modèle qui marche : aujourd’hui, on ne doit plus rien à personne. »

La foire bio et artisanale de Beaulieu, dimanche 14 aoûtLe rendez-vous accueille une soixantaine d’exposants certifiés bio, des producteurs paysans et des artisans locaux. En plus de faire des emplettes, les visiteurs pourront se renseigner sur des stands plus militants, comme celui d’Agrobio19. Ils pourront aussi apprendre à réparer et à régler leur vélo avec « Vélotonome » et, surtout, casser la croûte. Des animations créatives et récréatives sont également proposées.

Pomme Labrousse

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