« Inutile », « ingérable »… La carte vitale biométrique ne convainc pas certains professionnels de santé

0
304

Six milliards d’euros minimum par an. C’est ce que représenterait chaque année la fraude à la carte vitale d’après Philippe Mouiller, sénateur LR, à l’origine d’un amendement adopté au Sénat dans la nuit du 2 au 3 août. Inscrit dans le projet de budget rectificatif pour 2022, il prévoit d’allouer 20 millions d’euros de crédit pour lancer le chantier d’une nouvelle carte vitale biométrique dès l’automne 2022. « Ces crédits vont nous permettre d’entrer clairement dans la phase opérationnelle et d’affiner un cahier des charges », se félicite le sénateur.

Concrètement, c’est l’empreinte digitale du détenteur qui sera ajoutée sur ces cartes vitales biométriques – sans fragiliser la protection des données personnelles selon l’élu. Objectif : « être certain que le porteur de la carte est bien la personne soignée ». Un travail colossal mais nécessaire pour le sénateur : « Refaire des cartes vitales biométriques, c’est de l’ordre de 350 millions d’euros. C’est un investissement important, mais minime comparé aux milliards de fraudes annuelles. »

« La carte vitale est en voie d’extinction »

Le président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (Uspo), Pierre-Olivier Variot dénonce, lui, un travail « ingérable » : « La mise en place de cette carte biométrique signifie qu’il va falloir changer les quatre à cinq lecteurs de carte des 21 000 pharmacies de France. »

D’autres professionnels de santé fustigent en outre des dépenses « inefficaces et passéistes qui risquent de faire perdre du temps médical », à l’instar de Philippe Besset, président de la Fédération des pharmaciens d’officine (FSPF), qui ironise : la carte vitale est une technologie « remarquable… du siècle dernier ». Depuis cinq ans, rappelle-t-il, l’assurance maladie, la direction du numérique et le GIE Sesam-Vitale travaillent d’ailleurs conjointement sur un projet d’application smartphone pour remplacer la carte vitale.

Deux milliards d’euros ont été alloués pour cette « révolution numérique », grâce à la création de Mon espace santé et de nouveaux logiciels pour tendre vers « l’identification numérique de santé ». « On est sur un projet pharaonique d’investissement public qui est en cours de déploiement, s’insurge le pharmacien. Dans ce contexte, 20 millions d’euros pour réfléchir sur la biométrie d’une carte vitale en voie d’extinction, c’est une idée saugrenue ! »

La lutte contre la fraude ne passe pas par là

D’autant que, selon Philippe Besset, la fraude vient moins de la fausse identité que des fausses ordonnances, qui permettent d’acquérir des médicaments à plusieurs dizaines de milliers d’euros. « Ce sont des réseaux bien organisés, que cette carte biométrique ne suffira pas à déstabiliser, complète Agnès Giannotti, présidente du syndicat des généralistes MG France. Il est primordial de mieux analyser ces fraudes pour lutter contre elles efficacement. »

Surtout, la médecin rappelle la nécessité de lutter contre les dépenses de santé « inutiles » : « Combien de fois on a des personnes qui viennent et qui nous demandent un scanner plusieurs fois alors qu’ils n’en ont pas besoin », illustre-t-elle. Elle préconise de mettre en place un parcours de soins coordonné par le médecin traitant, afin de répondre aux réels besoins.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici