il n’avait besoin ni de la canicule, ni du Covid ! »

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Mahmoud Zureik est professeur d’épidémiologie et de santé publique, praticien hospitalier, et fondateur du collectif « Côté Science ». 

Il espère que l’hôpital tiendra face au double défi de la canicule et du Covid. Mais face au virus, il estime que l’on a atteint un tournant et prône une stratégie globale. Entretien.





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Une canicule intense et longue et une septième vague de Covid, en plein été : l’hôpital va-t-il tenir ?

Pour le Covid, on est sur le point d’atteindre le pic des contaminations. Mais le nombre de contaminations et celui d’hospitalisations peuvent être beaucoup plus important après le pic qu’avant : ça dépend d’abord de la vitesse et de la durée de la « descente »,. Même si on atteint le pic des contaminations tout de suite, à l’hôpital ça va encore augmenter. Il y a autour de 1400 entrées par jour en ce moment, on atteindra probablement 1700 à 2000. Ce serait plus que lors de la sixième vague, au printemps, mais moins que cet hiver.

La canicule va menacer d’abord les plus vulnérables : enfants, bébés, femmes enceintes, travailleurs en extérieur… ainsi que les personnes âgées et les personnes avec comorbidités. Ces dernières sont aussi les plus à risque face au Covid : il faudra absolument les protéger, mais ça aura de toute façon un impact supplémentaire sur l’hôpital.

En plein été, les hôpitaux sont-ils prêts à faire face ?

L’hôpital est souffrant, il est à bout. Il n’avait besoin ni de la canicule, ni du Covid. Le système sanitaire est très fragile, et doit aussi composer avec les contaminations du personnel et les congés des soignants, qui en ont plus besoin que jamais. 

Jusqu’ici, ils ont su porter le système sanitaire, et on espère que ça va continuer. Mais on arrive aussi à un moment où tous les professionnels de santé sont épuisés. Les soignants sont à bout. Il y a des départs de l’hôpital, les professionnels acceptaient des choses qu’ils n’acceptent plus aujourd’hui. Ils partent. Ils n’ont aucun problème pour trouver un emploi ailleurs, dans le privé, où ils seront mieux payés et peut-être mieux considérés.

L’été, la médecine de ville et l’hôpital sont « dimensionnés » pour accueillir plus de patients là où les gens prennent leurs vacances. Mais les victimes potentielles du Covid comme de la canicule ne seront pas nécessairement dans les stations balnéaires. 

Dans une tribune publiée mardi, vous évoquez un tournant dans l’épidémie de Covid et appelez à une stratégie « globale » ?

Cette vague et la précédente ont douché les espoirs d’un virus devenu saisonnier ou en voie de disparition. Le virus sera sans doute là pendant des années, avec des vagues toujours sur le même scénario. Il n’est pas saisonnier : on a une vague cet été, après une vague au printemps et une autre en hiver. Sa disparition n’est pas d’actualité : il faut donc développer une stratégie globale qui ne gère pas que ces vagues à court terme, mais du « vivre avec le virus ».

C’est-à-dire ?

Il faut surtout insister sur les modalités de transmission et prévoir un plan de ventilation ambitieux. Les contaminations se font par aérosols : on respire le virus, par le nez et la bouche. C’est comme ça qu’il se transmet. Pour l’éviter, il y a le masque, la distance, mais il faut surtout améliorer l’aération, la qualité de l’air intérieur. Ce plan serait l’une des clés essentielles avec la vaccination, qui reste un outil indispensable mais insuffisant aujourd’hui.

Emmanuel Macron avait promis un grand plan en ce sens en avril. Où en est-on ?

C’était une promesse de campagne. Depuis il n’y a rien de nouveau. Je crois que les promesses au bout de 2-3 mois s’effacent automatiquement… On est de retour au point de départ. Il parlait de traiter la qualité de l’air pour la santé respiratoire en général, la pollution, etc. Et le Covid. Mais malheureusement on est passé à autre chose.

Aujourd’hui, il y a une certaine forme de déni face à la pandémie. Cela vous inquiète ?

Ce qui me rend très vigilant, c’est qu’on n’est pas à l’abri de nouveaux variants plus virulents. Ni qu’avec l’échappement immunitaire les vaccins soient moins efficaces y compris contre les hospitalisations, les formes graves et les décès. Or pour le moment on n’en a pas d’autres : les nouveaux, on ne connaît pas leur efficacité ni leur disponibilité. Dans le meilleur des cas, ils seront autorisés vers la fin 2022, et il faudra encore les fabriquer et les distribuer. Evidemment tout le monde est fatigué. Il faudrait peut-être un débat sociétal, démocratique, avec tous les acteurs, pour dire : on accepte combien de morts par an ? Combien de morts « évitables » ? Il y a 50 000 morts par an en France du Covid, c’est très élevé ! Mais ce ne sont pas n’importe qui : ce sont les gens vulnérables, les plus vulnérables. Si on laisse mourir des gens fragiles, âgés, immunodéprimés, si on l’accepte, qu’est-ce que ça dit de notre société ? Que peut-on accepter ? La question n’est pas de savoir si je suis inquiet, mais ce qu’on fait face à ce virus qui tue 50 000 personnes par an. L’essentiel ce n’est pas de débattre sur l’éventualité d’un passe sanitaire aux frontières pour les mineur !

Le virus tue toujours autant, année après année…

Oui. Chaque année on a eu environ 50 000 morts du Covid. Pour 2022, on est à près de 30 000 sur les six premiers mois. On en aura probablement plus en 2022 qu’en 2021. Il y a des gens qui disent « mais alors à quoi a servi la vaccination ? » Sauf qu’avec le niveau de contaminations qu’on a atteint, sans la vaccination cela aurait été bien pire. Grâce à elle, on a considérablement limité les dégâts. Mais on n’est pas à l’abri d’un sous-variant ou nouveau variant qui serait à la fois plus contagieux et plus virulent.

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