En Espagne, un système de santé publique au bord du gouffre

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En Espagne, le système de santé publique est à l’agonie après deux ans de pandémie. Le personnel sanitaire est au bord de la saturation et chaque fois plus de médecins décident de jeter l’éponge, notamment en anticipant l’âge de la retraite, épuisés par les conditions de travail de ces derniers mois. Un mouvement qui risque d’aggraver une situation médicale déjà très précaire.

De notre correspondante à Madrid,

Le système de santé publique espagnol est au bord de l’implosion. Il souffre notamment d’un manque très important de personnel. On dénombre une infirmière pour 2 500 habitants, contre une pour 1 000 dans le reste de l’Europe. La plupart des jeunes diplômés préfèrent travailler dans les pays du nord de l’Europe, où ils sont mieux rémunérés et avec des contrats à durée indéterminée. Quant aux seniors, ils sont de plus en plus nombreux à anticiper l’âge du départ à la retraite. C’est le cas de Roberto Colino, qui vient d’avoir 63 ans. Il est médecin de famille depuis 40 ans et va se retirer deux ans avant l’âge légal.

« Je n’ai jamais pensé que j’allais partir à la retraite avant. Je suis allé me renseigner sur mes droits et j’ai pris la décision sur le moment. Même si je vais perdre un peu d’argent, car ma pension est en dessous de mon salaire… J’ai eu la vocation toute ma vie, mais là cela ne vaut plus la peine de travailler dans des conditions qui sont indécentes pour les patients et pour nous comme professionnels. »

La privatisation et la bureaucratie pointées du doigt

Dans la mire des médecins espagnols, c’est tout le système de la santé publique qui est visé, et notamment sa privatisation. Au cours des dernières vingt années, les services de base ont été externalisés, ce qui a entraîné une détérioration de la qualité de ces services, comme l’explique Roberto depuis son cabinet médical :

« L’abandon de la santé publique a été progressif. D’abord, on a externalisé les services de nettoyage ou la restauration dans les hôpitaux, mais désormais ce sont les analyses, les radiographies et les opérations qui se réalisent dans le privé. Et avec la crise, le système a totalement explosé et il survit grâce à la volonté des professionnels, qui ont redoublé d’efforts et grâce à cette vocation de certains médecins. »

L’autre faille du système dénoncé par les médecins est la surcharge de bureaucratie. Le personnel sanitaire doit consacrer plus de temps à la paperasse qu’à soigner leurs patients, comme le déplore le docteur Roberto Colino :

« La pandémie a représenté une surcharge de travail, mais aussi et surtout une surcharge de bureaucratie. Nous devons faire face à des protocoles qui changent tout le temps, qui sont absurdes, qui tergiversent, qui sont contradictoires et qui nous obligent à remplir des tas de papiers. Une bureaucratie très lourde, alors que l’on devrait s’occuper des patients. Vraiment, la gestion de la pandémie est indécente. »

Selon le Collège médical espagnol, près de 45% du personnel sanitaire a souffert d’un burnout, un épuisement professionnel profond, ces douze derniers mois.

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