en Allemagne, mystère autour de la pollution de l’Oder

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L’odeur prend aux tripes. Aigre et terreuse, elle surprend les passants venus vérifier l’état du fleuve Oder, victime de l’une des pires pollutions jamais connues dans la région. « C’était pire la semaine dernière, avant que les poissons morts ne soient ramassés », raconte Eva Kretow, une habitante de Lebus. Comme dans le reste de l’Allemagne, les autorités locales de cette petite bourgade située entre une colline et l’Oder ont appris il y a une semaine, par les autorités polonaises voisines, qu’une catastrophe écologique était en cours.

Quatre tonnes de poisson retirées de l’Oder

Quelques jours plus tard, une vaste action de nettoyage était organisée dans cette commune, permettant le retrait de quatre tonnes de poissons morts. Aujourd’hui, si la majorité d’entre eux a disparu au cœur de Lebus, il en reste dans certaines courbes du fleuve, où des cadavres de toutes tailles flottent encore, le ventre tourné vers le ciel. Depuis une semaine, les rives du fleuve sont particulièrement calmes : interdiction de naviguer, de se baigner et, pour les agriculteurs, d’utiliser ses eaux. Pas de souci en revanche pour l’eau potable. L’Oder n’est pas utilisée à ces fins.

« Nous sommes très inquiets », commente Eva Kretow. « Il nous manque tellement d’informations. Est-ce dangereux pour nous ? D’où vient cette pollution ? Depuis quand a-t-elle lieu et combien de temps va-t-elle durer ? On n’a aucune information », lance-t-elle. Même inquiétude pour Sven van Dyk, un artisan qui a participé samedi au nettoyage des rives. « La vision de tous ces poissons morts a été affreuse, mais maintenant je m’inquiète pour ma santé et celle de mes proches. Cette pollution est-elle causée par du mercure ou des produits chimiques ? On n’en a aucune idée », pointe-t-il.

Pas d’informations fiables

Pour la plupart des riverains interrogés, le manque de fiabilité des informations est un problème central. Si la coopération avec les autorités polonaises fonctionne désormais bien, « cela n’a malheureusement pas été le cas au départ », constate Axel Vogel, ministre de l’environnement de cette région du Brandebourg, venu au contact des habitants. « Nous aurions dû être informés par les autorités polonaises au moins le 28 juillet dernier. Or, nous n’avons été mis au courant qu’il y a une semaine seulement. Cela nous a empêchés de prendre des mesures pour limiter la pollution dans cette partie de l’Oder », tempête-t-il, rappelant ne jamais avoir connu de catastrophe de cette ampleur sur le fleuve.

« Habituellement, on constate la mort de poissons en cas de fortes chaleurs et de basses eaux, du fait du manque d’oxygène. Or, cette fois, le niveau d’oxygène est anormalement élevé. Un élément extérieur doit donc être en jeu et c’est ce que nous recherchons. Cela peut-être un insecticide, un pesticide ou un autre produit chimique. Seule bonne nouvelle, les analyses effectuées dans les eaux de l’Oder ne relèvent aucune trace de métaux lourds », ajoute-t-il.

La semaine dernière, le spectre d’une pollution au mercure avait été évoqué avant d’être exclu, sans toutefois que cela convainque sur le terrain. Autorités polonaises et allemandes effectuent depuis des analyses sur la base de 300 éléments polluants, dont les premiers résultats devaient être présentés mardi 16 août à un groupe d’experts.

« Les gens ont la mémoire courte »

Quant à Torsten Neufert, patron d’un restaurant à Lebus, « cette catastrophe » va le contraindre à modifier sa carte. « On risque de ne plus pouvoir proposer de poissons locaux cet automne et durant les prochaines années. Si le mercure est mis en cause, il faudra compter sur des décennies », estime-t-il, sans craindre toutefois que les touristes fuient la région, très appréciée des cyclotouristes. « Les gens ont la mémoire courte », lance-t-il.

Pour les amoureux de la nature, après les premières sueurs froides, les risques semblent s’éloigner. « Si la pollution n’est pas due au mercure, les poissons vont revenir. L’Oder n’est pas morte », croit savoir Peter Streckenbach, de l’Association de protection de l’environnement Nabu. Cet expert des cigognes ne constate « pas encore » d’oiseaux morts en raison de l’ingestion de poissons. « C’est déjà ça »… soupire-t-il.

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