Dans les écoles de sages-femmes, un manque de candidats et des doutes sur la formation

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Sur les bancs de l’école de sages-femmes de Toulouse, la rentrée s’est déroulée dans un amphithéâtre à moitié vide. « C’était un vrai choc, se remémore Christine Amiel, directrice du département maïeutique. Nous avions 28 places, 14 n’ont pas été pourvues, ça n’était jamais arrivé. » Cette école n’est pas la seule à ne pas avoir fait le plein ; à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines, près de 60 % des places n’ont pas été attribuées. Et sur toute la France, c’est 20 % des capacités d’accueil qui n’ont pas été remplies.

Un constat bien loin de l’objectif d’augmenter de 20 % le nombre de professionnels formés grâce à la réforme du premier cycle des études de santé en 2020 et le nouveau système PASS (concours spécifique accès santé) et LAS (licence avec option « accès santé »). Cette dernière aurait plutôt provoqué « un énorme manque de visibilité » selon Loona Mourenas, porte-parole de l’Association nationale des étudiants sages-femmes (Anesf). « La réforme n’a été ni bien comprise ni bien intégrée par les étudiants », corrobore Véronique Lecointe, directrice de l’école de maïeutique de Montpellier. Et en augmentant le nombre de places à pourvoir en médecine, elle a entraîné un effet pervers : les étudiants se sont davantage dirigés vers cette filière et ont délaissé maïeutique.

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Toutefois, la réforme ne peut suffire à expliquer ces chiffres. « Nous sommes face à une crise multifactorielle d’attractivité de notre profession », note Isabelle Derringer, présidente de l’Ordre des sages-femmes. Sur le terrain, les conditions ne cessent de se détériorer. « Il y a une perte de sens. Les sages-femmes ont l’impression de ne plus être en mesure d’assurer la sécurité psychique et physique des femmes. Il y a une demande de rentabilité toujours plus grande et associée à un manque de personnel, la charge de travail est démesurée, alors que le salaire ne suit pas », déplore-t-elle, s’alarmant des nombreux départs de sages-femmes en activité.  « La crise est sans précédent dans la profession et cela a un impact direct sur le vécu des étudiants », poursuit Isabelle Derringer, également directrice de l’école de sages-femmes de Nantes.

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Selon l’Anesf, en 2018, sept étudiants sur dix déclaraient souffrir de symptômes dépressifs. Quatre ans plus tard, les choses ne vont pas mieux. Valentine (le prénom a été modifié), étudiante en troisième année de maïeutique dans une université parisienne, se souvient que sa deuxième année d’étude a été synonyme de désenchantement : « Je me suis demandé : “est-ce que je continue dans des études qui me font autant de mal psychologiquement ?” »

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