Bronchiolite : l’inquiétude des parents d’enfants transférés ou contraints à des reports de soins

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« Est-ce que vous avez de la famille à Lille ou Amiens ? » Adelaïde Enlart, maman parisienne de 39 ans, le reconnaît : « sur le coup », la question posée par une pédiatre, après une nuit passée à l’hôpital Necker, à Paris, entre le 27 et le 28 octobre, à veiller son bébé de 2 mois, lui a semblé un peu « décalée ». La veille, la petite Mona avait fait sa « première fièvre », et le diagnostic de bronchiolite était tombé. « Mais on commençait à peine à entendre parler des transferts de bébés en région, dit-elle. Et puis, on nous avait attribué une chambre à l’étage des urgences. Je ne me suis pas inquiétée… »

Quelques heures plus tard, sa fille a pourtant intégré la liste – elle comprend, aujourd’hui, quarante-quatre noms, un record – des très jeunes patients transférés d’un hôpital francilien à un autre en région. Conséquence d’une saturation des établissements d’Ile-de-France et d’une crise aiguë de l’hôpital public sur laquelle les pédiatres ont donné l’alerte, dès le début de l’automne. A l’échelle du pays, soixante-cinq transferts ont été organisés.

Pour Adelaïde et Mona, le cap est finalement mis sur Reims. A deux heures de route de leur foyer, où doit rester le papa avec une aînée de 4 ans. « On était arrivées à Necker la nuit, l’ambulance est venue nous récupérer la nuit d’après, se souvient la mère. J’avais l’impression de rouler dans le noir. Quand j’ai passé les deux portes battantes de cet autre hôpital, avec d’autres médecins, je ne savais plus du tout où j’habitais… »

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Elise et Thomas (ils ont requis l’anonymat), parents d’une petite Margot à peine plus âgée, ont, eux, vu venir la chose : le transfert de leur bébé de l’hôpital Debré, à Paris, à celui de Sens (Yonne), le 21 novembre, s’est fait après trois visites aux urgences, le diagnostic (quelques semaines plus tôt) d’un Covid-19 puis d’une bronchiolite, des vomissements, une perte de poids… « En salle d’attente, à chaque fois, c’était blindé de bébés, se souvient Elise, et ça ne parlait que de bronchiolite. »

Au troisième passage aux urgences, leur fille, placée en observation, commence à « désaturer ». Elle décroche « par chance » le dernier lit d’hospitalisation de courte durée. « On savait qu’on ne pourrait pas rester longtemps, raconte Thomas. Alors on a croisé les doigts pour un transfert en banlieue. On a dû déchanter. » « Je ne savais même pas où placer Sens sur une carte de France, renchérit Elise. La petite a pleuré durant tout le trajet, je n’avais qu’une crainte, qu’elle se fatigue et manque encore plus d’oxygène. J’étais perdue, dans tous les sens du terme… »

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