jeudi, avril 23

  • Le Salon de l’agriculture s’ouvre ce samedi 21 février à Paris, dans un contexte hautement inflammable.
  • En début d’année, la gestion de la dermatose bovine et le traité Mercosur ont mis le feu aux poudres.
  • Faut-il s’attendre à des tensions, comme au cours de précédentes éditions ?

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Dermatose nodulaire, Mercosur : les agriculteurs mobilisés

Comme une sensation de déjà-vu… Le Salon international de l’agriculture démarre ce samedi 21 février à Paris. Cette édition 2026 (nouvelle fenêtre) s’ouvre dans un contexte dominé par l’agacement des syndicats agricoles, mobilisés pour le troisième hiver d’affilée. Depuis trois ans, les mois qui précèdent le salon ont tous été le cadre de manifestations d’ampleur : en 2024, pour demander du revenu, de la considération et un avenir ; idem en 2025, pour réclamer la concrétisation des promesses, repoussées par l’instabilité gouvernementale. En 2026, c’est la gestion de la dermatose bovine (nouvelle fenêtre) qui a mis le feu aux poudres, notamment dans le Sud-Ouest.

À cela s’ajoutent aussi les inquiétudes sur l’accord de libre-échange UE-Mercosur (nouvelle fenêtre), une balance commerciale agroalimentaire au bord du déficit ou encore les aléas climatiques toujours plus intenses (nouvelle fenêtre). « Il y a beaucoup d’incertitudes entre le Mercosur, les crises sanitaires, etc. Tout ça fait qu’on a besoin de travailler ensemble. On a besoin d’être écoutés, parce qu’on est aussi force de proposition », explique au micro de LCI Olivier Maurin, éleveur de brebis en Lozère, dans la vidéo en tête de cet article. Malgré l’absence inédite de vaches dans les travées de la plus grande ferme de France, les politiques seront, eux, bien présents, avec plus de 80 visites institutionnelles attendues lors de cette 62ᵉ édition, qui durera jusqu’au 1ᵉʳ mars. 

Le salon, c’est un moment privilégié pour échanger

Olivier Maurin, éleveur de brebis en Lozère,

Pour cet éleveur, c’est l’occasion de retrouver le chemin du dialogue. « Le salon, c’est un moment privilégié pour échanger directement avec [les politiques] et leur faire part de notre vision des choses et des besoins qu’il y a aujourd’hui pour l’élevage français », souligne-t-il devant notre caméra. La FNSEA, qui domine encore le syndicalisme agricole avec ses alliés des Jeunes agriculteurs, et qui a l’oreille du gouvernement, appelle à un moment de « convivialité et d’échanges », mais sans nier la « crise agricole qui se déroule depuis maintenant trois ans », comme l’a expliqué Arnaud Rousseau, son président, lors d’une conférence de presse le 18 février dernier. 

« Nous ne ferons pas de représentations musclées syndicales pour faire des images (…) nous ne boycotterons pas le Salon de l’agriculture. C’est pour nous un moment d’échange et de travail », a assuré de son côté le président des Jeunes agriculteurs, Pierrick Horel, lors d’une conférence de presse distincte. Une allusion aux rumeurs concernant d’éventuelles actions. La visite présidentielle le jour d’ouverture du salon débute traditionnellement par un petit-déjeuner, suivi de l’inauguration officielle puis d’une déambulation du chef de l’État dans les travées du parc des expositions. « Je lui déconseille d’essayer de venir nous voir, l’accueil risque d’être rude », a déclaré ce vendredi à l’AFP François Walraet, le chef de file de Coordination rurale (CR). 

Il peut y avoir des agriculteurs qui lui manifestent leur colère, de manière pacifique

rançois Walraet, chef de file de Coordination rurale (CR)

Habitué aux actions coups de poing, le deuxième syndicat agricole a annoncé son intention de boycotter l’inauguration du salon samedi par Emmanuel Macron, mais ne dit pas prévoir de mobilisation. Mais « il peut y avoir des agriculteurs qui lui manifestent leur colère, de manière pacifique », prévient le secrétaire général de l’organisation, ajoutant que « c’est le salon des agriculteurs, surtout pas des politiques ». La Confédération paysanne, troisième syndicat agricole, a d’ores et déjà fait savoir qu’elle n’y assistera pas elle non plus, dénonçant la « cogestion perpétuelle » entre la FNSEA et le gouvernement. Pas question pour le syndicat de participer à « une vitrine de l’agriculture qui n’existe pas sur le terrain ».

Dans beaucoup de fermes, la lassitude a déjà laissé place à l’exaspération. L’agriculture a fait la une tout au long de l’année 2025, les débats sur la loi Duplomb (nouvelle fenêtre) et la réintroduction d’un pesticide néonicotinoïde (nouvelle fenêtre) interdit en France, mais autorisé ailleurs en Europe jusqu’en 2033, ayant exacerbé des fractures sociétales et politiques entre les défenseurs de l’environnement et ceux du productivisme face à la concurrence étrangère. Le gouvernement a multiplié les annonces entre décembre et janvier, au point que le salon s’est transformé en point d’étape sur l’avancée de plusieurs dossiers : les conférences de la souveraineté alimentaire (nouvelle fenêtre), la politique de l’eau et la construction d’une « loi d’urgence agricole (nouvelle fenêtre) » dont les contours restent flous à ce stade.

Hasard ou coïncidence, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé, vendredi 20 février, à la veille de l’ouverture du salon, la levée de la quasi-totalité des zones réglementées (nouvelle fenêtre) en France, ce qui va permettre une circulation plus large des animaux. « Depuis le 2 janvier, nous n’avons plus aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse, et aujourd’hui même (…), nous levons toutes les zones réglementées, à l’exception d’un tout petit morceau des Pyrénées-Orientales, qui dépend d’un cas en Espagne », a déclaré la ministre au micro de France Inter (nouvelle fenêtre). Toutefois, les exportations restent soumises à des déclarations et à un accord bilatéral entre pays.

Craignant des actions de contestataires, les organisateurs ont appelé au « respect des visiteurs » et des exposants, qui dépensent des milliers d’euros pour vanter les produits du terroir. « On ne peut pas mettre la pression sur le Salon chaque année », a estimé Arnaud Lemoine, directeur du Ceneca, lors d’une conférence de presse, rappelant que manifestations et tractages sont interdits tandis que les déambulations des politiques seront encore « plus encadrées ». L’organisateur du salon dit vouloir maintenir l’esprit familial de l’événement. Et surtout éviter que le salon ne tourne au pugilat, comme ce fut le cas en 2024. Cette année-là, Emmanuel Macron avait été copieusement hué à son arrivée au salon.

Matthieu DELACHARLERY

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