dimanche, avril 5

« Je vais te demander de te faire très petit et de t’acclimater ». Une enquête a été ouverte à Paris, après la plainte d’un gendarme dénonçant « un harcèlement raciste » au sein de la prestigieuse Garde républicaine, a-t-on appris ce dimanche 5 avril.

Ce militaire de 29 ans a déposé plainte le 17 décembre 2025, puis a été entendu par les gendarmes le 21 janvier dernier, d’après une source proche du dossier. « Une enquête est en cours », a confirmé la gendarmerie nationale, tandis que le parquet de Paris n’a pas souhaité communiquer, à ce stade, sur le périmètre de l’enquête.

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Ryan (prénom modifié) raconte avoir reçu un courrier dans sa boîte aux lettres le 16 décembre 2025 : « On est en France ici habille-toi comme tel sale bougnoule », y était-il écrit, faisant référence à une tenue traditionnelle algérienne que Ryan avait portée pour un mariage, en dehors de ses heures de service. Cette lettre l’a poussé à saisir la justice pour dénoncer « six années de racisme », a-t-il raconté à l’AFP et Mediapart.

Ryan se souvient de son « premier rendez-vous » avec son commandant. « Je n’ai pas su si je venais de vivre un sketch ou si vraiment, j’allais subir ça dans les prochaines années de ma carrière ». Le commandant lui lance, d’après ses souvenirs : « J’ai pas envie de te voir en djellaba dans la caserne » ; « Tu me tombes pas dans les bras pendant le ramadan ».

« T’es de la banlieue, ici, les gens viennent de milieux ruraux », aurait aussi dit son commandant. « C’est des Blancs, ils n’ont pas l’habitude de voir des Arabes du 93 en jogging. En plus, t’es Algérien, ça parle fort, vous avez un ton que les gens connaissent pas trop… » Et de lui livrer un conseil « amical » : « Je vais te demander de te faire très petit et de t’acclimater ».

Commentaires et questions déplacées

Le « sketch » s’est vite mué en « suspicion permanente », affirme Ryan. Après l’interpellation d’un assaillant, il raconte que ses collègues lui ont demandé s’il le connaissait « parce qu’il parlait arabe ». Ses proches subissent aussi cette méfiance à la caserne : « Mes visiteurs étaient contrôlés comme des délinquants ».

Il affirme aussi qu’un gradé a cherché à entrer dans son logement en son absence et que sa femme aurait été convoquée pour savoir s’il la violentait : « Chez les rebeus, il y a des violences, c’est normal chez vous », lui aurait-on dit.

Alors Ryan rit jaune lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques, en 2024, quand les musiciens de la Garde Républicaine jouent aux côtés de la chanteuse franco-malienne Aya Nakamura. Un tableau qui a fait le tour du monde. « Je ne connais pas ces musiciens, mais à la caserne, les anciens étaient dégoûtés. »

« Pourquoi on nous traite ainsi ? Je ne suis pas le seul à subir ça. Je suis binational, j’aurais pu retourner en Algérie et y apporter toutes mes compétences », note celui qui se présente aussi comme champion en arts martiaux mixtes (MMA), « mais j’ai choisi de le faire ici, j’y ai mis toute ma vie ».

« Si le racisme frappe jusque-là, il frappe partout »

« Servir la France pendant toutes ces années n’a pas protégé mon client du racisme au sein même de son institution. Si le racisme frappe jusque-là, il frappe partout », s’indigne son avocat Seydi Ba.

Contactée par l’AFP, la gendarmerie nationale a rappelé avoir mis en place un plan d’action « tolérance zéro » en interne vis-à-vis des comportements discriminatoires, et développé un « réseau de prévention et d’accompagnement avec des référents égalité-diversité ainsi que des plateformes et dispositifs de signalement ».

Elle a aussi mis en place « un Observatoire de la gendarmerie pour l’égalité et contre les discriminations (OGED), qui recouvre l’égalité professionnelle, la diversité et la lutte contre les harcèlements, les discriminations et les violences, tant dans le domaine interne que dans le cadre de ses missions de sécurité au contact de la population ». La gendarmerie affirme aussi que « les signalements sont immédiatement traités ».

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