dimanche, février 8

  • Depuis 2021, la loi française autorise les femmes âgées de 29 à 37 ans à congeler leurs ovocytes.
  • En 2024, 5.000 personnes ont pu bénéficier de ce droit en étant intégralement remboursées.
  • Cependant, les hôpitaux sont victimes de leur succès, et certaines candidates échouent à obtenir un rendez-vous.

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Le 20H

Fanny a mis plus de deux ans à parvenir à congeler ses ovocytes. À l’époque célibataire, la jeune femme de 34 ans voulait se donner une chance d’avoir des enfants plus tard. Mais lorsqu’elle a entamé ses démarches, elle a découvert que les centres hospitaliers offrant ce service étaient saturés. « Au fur et à mesure, ça commençait à être très pesant. Au bout de plusieurs de mois de recherche où on nous dit qu’il faut rappeler dans six mois, on rappelle dans six mois, et finalement, il n’y a jamais de place », raconte-t-elle, dans le reportage du JT de TF1 en tête de cet article. 

La trentenaire a fini par trouver une place dans un centre situé à Rouen, à une centaine de kilomètres de chez elle. Pendant un mois, il lui a fallu faire des allers-retours en train, malgré les injections d’hormones qui l’affaiblissaient. « Je me disais que, sinon, j’allais potentiellement le regretter. C’était la solution idéale, un peu compliquée, mais c’était la seule solution », souligne Fanny.

Le nombre de demandes multiplié par dix

Depuis 2021, la loi autorise les femmes âgées de 29 à 37 ans à congeler leurs ovocytes sans raison médicale. La France est le seul pays au monde à rembourser cette pratique. En trois ans, le nombre de demandes a été multiplié par dix. Par conséquent, les délais d’attente se sont considérablement allongés : ils sont désormais d’environ 13 mois, mais peuvent atteindre trois ans dans certaines régions. 

« La loi est passée du jour au lendemain, et sans qu’on nous donne les moyens au départ. Il a donc fallu s’adapter à des demandes délirantes en termes de quantité, sans personnel », déplore le Dr Michaël Grynberg, gynécologue obstétricien à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart (Hauts-de-Seine). Ce spécialiste de la fertilité considère la congélation des ovocytes comme une avancée importante pour les femmes. Mais il souhaite que tous les centres hospitaliers, y compris privés, soient autorisés à la pratiquer, afin que les hôpitaux publics aient à nouveau le temps de « faire des fécondations in vitro, du traitement de l’infertilité, qui est notre cœur de métier au départ. » 

Les ovocytes sont conservés jusqu’aux 45 ans de la patiente (nouvelle fenêtre), mais l’hôpital francilien commence à manquer de place pour les stocker. 

« Une inégalité qu’il faut réparer »

« Le fait que des femmes qui sont pourtant dans la tranche d’âge ne puissent pas avoir accès à ce droit, c’est une injustice, une inégalité qu’il faut réparer », estime Maître Rachel-Flore Pardo, avocate au barreau de Paris, cofondatrice du podcast « Les œufs, au frigo ? », dans le reportage ci-dessus. « Parce que oui, on fait des études plus tard, on vit plus vieux, on travaille plus tard, on se met en couple plus tard, mais la fenêtre de fertilité des femmes n’a pas bougé », souligne celle qui a fait partie des premières à pouvoir congeler ses ovocytes.

Faute de places dans les hôpitaux français, certaines femmes sont prêtes à traverser la frontière : l’Espagne compte en effet plus de 300 cliniques privées pratiquant la congélation d’ovocytes, contre moins d’une cinquantaine de centres autorisés en France. Toutefois, la pratique n’y est pas remboursée. C’est ainsi que Raphaëlle a déboursé plus de 3.000 euros dans une clinique de Barcelone, après avoir échoué à obtenir un rendez-vous en France. « Je le vis vraiment comme un cadeau que je me suis fait, confie néanmoins la Française, dans le reportage du JT de TF1 ci-dessus : je me suis offert du temps, et ça, je pense que c’est ultra précieux. »

Isabelle MISSIAEN | Reportage TF1 : Elena DESPATUREAUX et Séverine FORTIN

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