mercredi, mars 18

  • À l’occasion de la journée mondiale du recyclage mercredi, la rédaction de TF1 s’intéresse à votre bac jaune.
  • Une fois collectés, vos emballages arrivent par camion en centre de tri, où les matières sont séparées à l’occasion d’un process bien rodé.
  • Mais les erreurs de tri, par méconnaissance ou manque d’attention, compliquent la tâche des agents qui y travaillent. Reportage.

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Notre planète

Dans le « petit musée des horreurs« , comme l’ont surnommé les agents du centre de tri du Sietrem à Saint-Thibault-des-Vignes, en Seine-et-Marne, toutes sortes d’objets sont empilés au pied d’un escalier, à l’entrée des locaux gérés par le Sepur : un skateboard, des pièces automobiles, des batteries ou encore des pots de peinture. 

Ces produits, qui n’ont rien à faire là, rappellent que la consigne de tri n’est pas encore tout à fait intégrée par tous les Français. « Pourtant, elle est simple, rappelle Laurent Dalibon, le directeur régional Nord et Île-de-France de Citeo, l’éco-organisme chargé de la collecte et du recyclage du bac jaune. La seule question à se poser est : est-ce que c’est un emballage ? Si oui, il faut le trier. »

Les déchets sont déversés sur des tapis, puis triés à l’aide de plusieurs machines. – Marianne Enault

Tous les emballages, en vrac, sans les nettoyer

Capsules de café, papier aluminium entourant un fromage, blister de médicaments, pots de yaourts, cartons et autres barquettes de jambon… tous ces emballages sont donc à jeter dans le bac jaune, avec le reste des cartons, papiers, bouteilles en plastique, gel douche et autres canettes de boisson. Peu importe qu’ils soient sales : « Ce n’est pas la peine de les nettoyer« , rappelle sans cesse Sylviane Alfonso, responsable du centre de tri de Saint-Thibault-des-Vignes.

En revanche, il ne faut pas les imbriquer : en centre de tri, rien de pire que des cartons emballés les uns dans les autres ou une bouteille de lait mise dans une boîte de conserve pour gagner de la place chez soi… les machines n’arrivent ni à les reconnaître ni à les séparer, et ces déchets, pourtant recyclables, finissent dans l’incinérateur de l’autre côté de la rue.

Et ce n’est pas le seul problème rencontré par les équipes du Sepur. « Les vêtements, certes, ça emballe une personne, mais ce n’est pas un emballage« , ajoute Sylviane Alfonso en souriant. Mais le trait d’humour est de courte durée : chaque erreur de tri complique la tâche de ses agents au quotidien.

Il suffit de voir l’un d’entre eux, affairé près des tapis, récupérer une à une les pièces de tissu à l’aide d’une pince, pour le comprendre. Chaque jour, il remplit au moins six ou sept grandes poubelles de ces vêtements jetés, par mégarde, méconnaissance ou facilité, dans la poubelle jaune. 

Dans les poubelles des Franciliens, on trouve autant de verre dans les ordures ménagères que dans les bacs de tri.

Laurent Dalibon, Citeo

Autre erreur fréquente : le verre. « C’est particulièrement problématique en Île-de-France, explique Laurent Dalibon. Dans les poubelles des Franciliens, on trouve autant de verre dans les ordures ménagères que dans les bacs de tri. » Et pas dans la poubelle destinée à récupérer le verre, qui pourtant se recycle à l’infini s’il est bien collecté. 

« Les gens ont moins de place chez eux pour stocker le verre, avance le responsable de Citeo pour expliquer cette différence locale, et les élus locaux sont parfois réticents à installer des poubelles de verre. » Les gens y laissent parfois leurs bouteilles à côté. « C’est un gros enjeu : on a 100.000 tonnes de verres à aller chercher« , poursuit-il, rappelant que l’éco-organisme a lancé une vaste expérimentation de consigne pour réemploi dans quatre régions de France.

25.000 tonnes de déchets chaque année

Voilà pour les erreurs, mais pour le reste ? Que se passe-t-il une fois que les camions sont déchargés ? Au centre de tri de Saint-Thibault-des-Vignes, le ballet est bien rodé. Le contenu des bennes – 25 000 tonnes chaque année – est trié par matière – papier, carton, plastique, métal, etc. – puis, tout au bout de la chaîne, envoyé vers des filières de recyclage ou des centres de sur-tri. Au total, onze flux précisément triés sortent du centre de Saint-Thibault-des-Vignes. De quoi démentir l’idée reçue qui consiste à penser que « tout finit au même endroit ». 

Et entre les deux ? Les emballages vont passer par plusieurs des 174 machines ultra-sophistiquées du centre. Celles-ci sont capables de reconnaître les déchets grâce à leur taille, leur forme ou leur propriété magnétique. Emballages et papiers se retrouvent d’abord dans le trommel, une sorte de grand tambour rotatif avec des trous de tailles différentes. Un premier tri est ainsi effectué. 

Un simple coup d’œil au hublot de contrôle permet de constater les problèmes causés par les erreurs de tri : les vêtements flottent dans le cylindre, sans jamais tomber dans l’un des trous. Ce jour-là, ce sont des blouses d’hôpital qui semblent vouées à tourner perpétuellement dans la machine. Il n’est pas rare que les agents doivent intervenir pour les sortir, et dans ces cas-là, c’est toute la chaîne qui s’arrête.

Le plastique est séparé du carton au centre de tri de Saint-Thibault-des-Vignes, en Seine-et-Marne.
Le plastique est séparé du carton au centre de tri de Saint-Thibault-des-Vignes, en Seine-et-Marne. – Marianne Enault

Des aimants pour attirer les capsules de café

Dans une autre machine, composée de pâles en mouvement, les déchets vont encore être séparés : les « plats », comme les cartons et le papier, vont remonter vers un tapis ; les « creux », comme les bouteilles, vont rebondir et descendre vers un autre. Des agents vont ensuite intervenir manuellement sur la chaîne pour séparer les films plastiques des cartons. En cabine, le geste est sûr et précis.

Quant à l’acier et le fer, ils sont attirés par un puissant aimant, quand des « machines à courant de Foucault » aspirent, elles, l’aluminium (emballages, barquettes, capsules de café). « Si à cet endroit, un parapluie se retrouve sur la chaîne, il peut y avoir un départ de feu, explique Sylviane Alfonso. Les baleines se retrouvent coincées dans la machine, ça crée une friction et ça s’enflamme. »

« Il y a un départ de feu par jour

Sylviane Alfonso, responsable du centre de tri

Le feu est la hantise de tout agent en centre de tri. À Saint-Thibault-des-Vignes plus qu’ailleurs, depuis un incendie qui a ravagé les locaux en 2019. « Il y a un départ de feu par jour« , témoigne la responsable, encore marquée par cet événement. Si les dispositifs anti-incendie sont sans cesse améliorés et permettent d’éviter les drames, le risque est omniprésent. Surtout depuis que les batteries au lithium et les bouteilles de protoxyde d’azote s’accumulent dans les bacs jaunes. Il n’est pas rare qu’elles explosent dans les machines. L’an dernier, un gigantesque incendie avait ravagé le centre de tri du Syctom à Paris.

Sur l’un des tapis, l’œil attentif aperçoit un jouet qui clignote encore. Potentiellement une pile qui pourrait exploser lors de son passage en machine ou de la compression. « On retrouve pas mal de jouets dans les poubelles jaunes, car les gens pensent que tous les plastiques doivent être triés, détaille Virginie Bragigand, responsable projets et traitement au Sietrem. Mais un jouet, ce n’est pas un emballage. C’est certes du plastique, mais la matière est différente des bouteilles et ça vient polluer notre flux. » Car c’est l’une des obsessions en centre de tri : avoir le flux le plus propre possible, prêt à partir vers sa filière de recyclage. 

Onze flux sortent du centre de tri de Saint-Thibault-des-Vignes pour être recyclés ou à destination de centre de sur-tri. – Marianne Enault

L’erreur la plus fréquente ? Jeter ses emballages dans un sac poubelle

Les erreurs font perdre du temps, de l’argent et parfois même des capacités de recyclage. Ainsi, des déchets recyclables jetés dans un sac poubelle dans le bac jaune finissent dans les refus, brûlés dans l’incinérateur situé de l’autre côté de la rue. « Impossible pour les agents de vérifier le contenu de ces sacs emballés en les ouvrant« , explique Sylviane Alfonso. Pourquoi ? Trois raisons : le temps, le danger (présence potentielle de bouts de verre, de seringues usagées ou autre) et la possibilité que ce soit un sac d’ordures ménagères classiques. 

« Jeter son recyclage dans un sac poubelle, c’est l’erreur numéro un dans les foyers« , rapporte Virginie Bragigand, rappelant qu’il faut jeter ses déchets en vrac. Dans le centre de Saint-Thibault-des-Vignes, avec les erreurs de tri ou les sacs fermés, 25% des déchets reçus finissent dans l’incinérateur. Un taux qui a augmenté avec l’extension de la consigne de tri. 

Au centre de tri de Saint-Thibault-des-Vignes, les balles de papier à recycler sont désormais blanches, essentiellement composées de papier d’imprimante et non plus de journaux et prospectus. – Marianne Enault

Moins de papiers, plus de films plastique

En bout de chaîne, les déchets, précisément triés, sont compressés sous forme de grosses « balles », disposées les unes à côté des autres sous une grande halle. « Vous voyez les balles de papier ?, désigne Sylviane Alfonso d’un geste de la main. Avant, elles étaient multicolores, maintenant elles sont blanches. Avant, il y avait des magazines, des journaux et des prospectus, maintenant ce sont des feuilles d’imprimante et des devoirs d’école. »

Le gisement papier a diminué de 13% quand celui des films alimentaires et cartons a beaucoup augmenté. Ces balles de tri racontent l’évolution de la société : moins de lecteurs de journaux et davantage de commandes par Internet, avec la hausse dans le bac jaune du nombre de films en plastique, blanc à l’extérieur, noir à l’intérieur, qui emballent des petits colis venus du monde entier. « En centre de tri, on s’adapte sans cesse, témoigne Sylviane Alfonso. Grâce à l’intelligence artificielle, les machines de tri optique apprennent à reconnaître les emballages nés des nouvelles habitudes de consommation. »

Mais en matière de tri, les Français ont encore des progrès à faire. Ainsi, 25% d’emballages sont encore retrouvés dans les poubelles classiques d’ordures ménagères, et finissent incinérés ou enfouis alors qu’ils pourraient être recyclés. Et seules 56% des bouteilles en plastique et des canettes sont collectées, loin des objectifs européens. De nombreux acteurs plaident pour le développement de la consigne plastique pour recyclage, dont Citeo, afin d’atteindre les taux fixés ; mais de nombreuses collectivités locales sont contre, y voyant un système concurrent au bac jaune.

Marianne ENAULT

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