RFI : En quoi l’investissement dans un tel projet se justifiait-il pour Kamoa Copper ?
Olivier Binyingo : La fonderie Kamoa-Kakula est un investissement d’environ 1.3 milliards de dollars qui fait sens pour plusieurs raisons. D’abord, il y a l’aspect coût. Les coûts logistiques sont une partie très importante des coûts opérationnels du projet Kamoa-Kakula vu l’endroit où ces anodes sont produites et l’importance de la chaîne logistique pour les transporter vers les marchés finaux. C’est vraiment là que se situe l’avantage le plus important. En passant du concentré aux anodes, on divise plus ou moins par deux les volumes, et donc les coûts en logistique. Deuxièmement, il y a des aspects environnementaux. C’est une fonderie avec une technologie de pointe qui fait que les émissions de gaz à effet de serre sont très limitées. Mais en plus de cela, les volumes à exporter sont nettement réduits. Le transport par camion l’est également ainsi que les émissions de SCOP2. Un troisième élément à souligner : la construction de la fonderie s’aligne aussi à la politique du gouvernement de la République démocratique du Congo qui souhaite, comme d’autres gouvernements en Afrique et ailleurs dans le monde, qu’il y ait plus de valeur ajoutée qui soit créée sur le territoire du pays, plutôt que d’exporter des produits à moindre valeur pour être traités ailleurs.
Quels gains pour la RDC ?
Il y a des effets fiscaux bénéfiques pour la RDC, mais il y a aussi la création d’emplois. La fonderie absorbe environ 1 000 employés, dont près de 90 % des employés congolais ont été formés pour être opérateurs de cette fonderie de dernière génération. Nous sommes parmi les employeurs les plus importants en RDC, avec à Kamoa Copper plus ou moins 7 000 emplois directs et 10 000 indirects. Nous investissons beaucoup également dans les communautés voisines du projet.
Il y a beaucoup de projets de transformation miniers en RDC mais beaucoup ont du mal à se concrétiser. Comment êtes-vous parvenu à faire aboutir Kamoa-Kakula ?
Il faut identifier les défis et puis être proactif pour essayer de les surmonter. Nous avons pris la décision à la base de construire ce projet en plusieurs phases. Ainsi, les revenus des premières phases ont contribué au financement de la fonderie. C’est l’approche qui a été suivie sur le financement. L’autre défi d’envergure et qui touche tout grand projet industrielle en RDC, c’est l’électricité. A nouveau, nous avons été proactifs. Notre contrat de financement s’élève à 450 millions de dollars. Un partenariat avec la Société nationale d’électricité a permis de réhabiliter la centrale hydroélectrique de Mwadingusha et ainsi d’injecter 68 mégawatts sur le réseau national. Nous avons, aussi, finalisé la mise en service de la turbine 5 de la centrale hydroélectrique Inga 2, et c’est cela qui a permis la mise en service de la fonderie. En plus, nous travaillons encore au renforcement de la capacité de transmission du courant à partir de Inga vers le Grand Katanga, où notre projet, comme d’autres projets miniers, sont situés.
Vous avez annoncé l’exportation des premières anodes de cuivres via le corridor de Lobito. Un projet d’infrastructure stratégique pour vous ?
Pour nous c’est une première en ce qui concerne les anodes, mais notre collaboration avec le corridor de Lobito date de 2023. Les premiers volumes sur le corridor étaient des volumes de concentrés produits par le projet Kamoa-Kakula. C’est un projet d’infrastructure que nous avons soutenu et qui a permis au consortium qui opère le corridor de Lobito, de monter progressivement en puissance et de commencer à transporter plus de volume. C’est un corridor qui fait sens pour plusieurs raisons pour nous. C’est le corridor le plus court et le plus économique pour arriver à l’océan comparé aux corridors traditionnels de Dar-es-salaam et Durban. Et, en plus de cela, plus écologique. Pour nous, cela contribue à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans la chaîne logistique.
L’ensemble de votre production va donc être exportée par le rail de Lobito ?
Ce n’est pas l’entièreté des volumes produits par Kamoa-Kakula qui passent par Lobito. Aujourd’hui, nous sommes sur des estimations entre 50 000 et 70 000 tonnes. Mais ce n’est pas figé. Le choix de l’usage du corridor est en en partie lié à celui des acheteurs, également à sa montée en puissance, et sa capacité de transporter du volume. Il y aura aussi un arbitrage qui sera fait par rapport aux coûts sur les différents corridors.
Vos clients sont essentiellement Chinois mais les autorités négocient avec les États-Unis. Comment travaillez-vous dans ce contexte?
Nous nous sentons concerné oui, menacés non, parce que le cuivre trouvera acheteur. Aujourd’hui, nous avons trois acheteurs Trafigura, Gold Mountain et CITIC Metal qui ont été sélectionnés depuis 2024 à la suite d’un processus d’appel d’offres pour pouvoir garantir les meilleurs prix pour nos produits. Le gouvernement de la RDC, qui est actionnaire à 20 % dans Kamoa Copper, a été pleinement associé à ce processus. L’avantage, c’est que, même s’il y a beaucoup de volatilité, le projet bénéficie et bénéficiera, on a toute confiance en cela, des prix des cours du cuivre qui sont à la hausse. Maintenant, on doit être agiles et pouvoir s’adapter à des changements, que ce soit au niveau international ou au niveau national. Le dialogue avec toutes les parties prenantes concernées par le projet devient de plus en plus important pour pouvoir, ensemble, gérer des situations imprévues. Kamoa-Kakula est un projet d’importance nationale pour la RDC. Et donc il est important avec le gouvernement, que l’on puisse trouver des solutions ensemble qui prennent en compte les réalités de tout un chacun.
Comment appréhendez-vous votre rôle en tant que grand opérateur économique dans ce pays ?
C’est une opportunité et une responsabilité. Une opportunité parce que ça nous permet de peser dans le dialogue. Et nous ne sommes pas seuls. Nous nous sommes organisés en tant que secteur minier. L’autre face de la médaille, c’est une responsabilité envers nos employés par rapport aux conditions de travail. C’est une responsabilité envers les communautés voisines qui sont impactées positivement. Mais bien évidemment, il y a parfois aussi des impacts qui sont moins agréables. Donc, il y a une vraie responsabilité, en tant qu’acteur d’une telle envergure, de pouvoir opérer de façon responsable. Et si on le fait, et si on réussit ce pari, cela nous permet d’être un ambassadeur pour le secteur minier.
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