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Rafale à l’export : et maintenant ?

Dassault Aviation a-t-il fait le plein de commandes à l’export pour le Rafale ? Pas vraiment, l’avionneur pourrait encore réserver quelques surprises. Plusieurs pays, dont certains assez improbables (Irak et Arabie Saoudite), pourraient se laisser tenter ou retenter par l’avion de combat tricolore, qui n’en finit plus d’accumuler des succès à l’export depuis sept ans (285 exemplaires), la première datant de février 2015 en Égypte. Entre 2015 et 2017, l’ancien ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian a favorisé la vente de 84 Rafale (Égypte, Qatar et Inde).

Et depuis son arrivée au ministère des Armées en 2017, Florence Parly a quant à elle aidé la vente de 195 Rafale. Avec les six appareils supplémentaires en passe d’être acquis par la Grèce, elle dépassera la barre symbolique de 200 Rafale vendus lors de son passage au ministère des Armées (Qatar, Égypte, Grèce, Croatie, Émirats Arabes Unis et, enfin, Indonésie). Soit 285 Rafale vendus à l’export. Outre la Grèce qui prévoit de signer les six Rafale entre la mi-mars et la mi-avril, la ministre pourra-t-elle participer à la nouvelle signature d’un dernier contrat Rafale ? Les succès du Rafale font boule de neige dans d’autres pays, qui n’étaient pas intéressés comme l’Arabie Saoudite.

“Il y a toujours des pays qui sont dans les tuyaux (…) On fait des prospections ailleurs mais on a déjà un gros carnet de commandes”, a confirmé la semaine dernière sur BFM Business le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier.

L’armée de l’air irakienne volera-t-elle en Rafale ?

L’Irak, qui a reçu des Mirage F1 au début des années 1980 (121 sur 129 exemplaires), est très intéressé par le Rafale depuis plusieurs mois. À l’occasion du centenaire des forces armées irakiennes, le 6 janvier 2021, le ministre irakien de la Défense, Juma Inad Saadoun avait annoncé être en négociations avec la France pour l’achat de Rafale. “Nous sommes maintenant en train de discuter des aspects financiers”, avait-il précisé lors d’un entretien sur la télévision d’État Al Iraqiya. Il a rencontré le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier en fin d’année.

Début 2022, le dossier reste encore compliqué, tant sur le plan géopolitique que sur le plan financier. Les Etats-Unis ont réagi violemment contre ces discussions entre la France et l’Irak. En France, Bercy et les banques françaises seraient très réticentes à s’engager sur une telle opération par rapport à un client qui n’a pas une excellente réputation en matière de paiement. La presse évoque un paiement en pétrole pour l’achat de 14 Rafale. certains observateurs estiment que les conditions ne semblent pas réunies pour concrétiser cette opération mais, parfois, il suffit souvent d’une volonté politique pour finaliser…

L’Arabie Saoudite est-elle vraiment intéressée ?

Aussi surprenant que que cela puisse paraître, l’Arabie saoudite s’intéresse au Rafale. C’est un véritable coup de tonnerre tant le royaume wabhabite est la chasse gardée des Américains (F-15) et des Britanniques (Tornado puis Typhoon) depuis plus de 50 ans. Cet intérêt des Saoudiens pour l’avion de combat tricolore donnerait des “boutons” aux Britanniques et à BAE Systems, qui ont dû mal à relancer le Typhoon à l’export en général, et en Arabie Saoudite où un prospect pour 48 appareils est à l’arrêt depuis plusieurs mois. Pourtant, Ryad avait été clair en mars 2018, il avait signé un protocole d’accord avec le Royaume-Uni mais Berlin a très rapidement bloqué l’exportation du missile air-air Meteor, un des atouts opérationnels du Typhoon.

Ce qui ne veut pas dire que la porte est grande ouverte pour la France. Il faut se rappeler qu’en 2006, Paris avait tenté le tout pour le tout pour vendre de gré à gré 72 Rafale. Mais Jacques Chirac s’était finalement cassé le nez, l’Arabie Saoudite portant son choix finalement sur le Typhoon, porté par Londres. En 2015, une rumeur persistante circulait dans les milieux industriels et étatiques sur une opportunité de vente. Et en 2018, Ryad choisissait à nouveau le Typhoon. En 2022, Paris doit régler un dossier très irritant pour l’Arabie Saoudite, qui porte sur la disponibilité des frégates Sawari 2. Un dossier qui n’est toujours pas réglé semble-t-il. Un dossier qui doit être traité avant de penser au Rafale.

Nouvelles commandes en Inde, Égypte et Grèce ?

Dassault Aviation participe à deux appels d’offres, l’un pour l’armée de l’air pour 114 appareils, l’autre pour la Marine (entre 26 et 57 appareils). Dans ce cadre, le Rafale Marine a effectué des essais réussis en janvier à Goa sur une plateforme terrestre. L’appareil est  bien adapté à la configuration du porte-avions indien en termes de gabarit, notamment il peut prendre les ascenseurs. Son concurrent américain, le F-18 de Boeing a quant à lui fait des essais en décembre. Une décision est attendue en fin d’année pour le Rafale marine. Sur le Rafale Air, une décision n’est pas attendue avant 2023/2024 en Inde, qui doit recevoir en 2022 ses trois derniers Rafale sur les 36 commandés en 2016.

L’Égypte devrait commander de nouveaux Rafale au standard F4, qui remplaceront tout ou partie de sa flotte de F-16 (environ 110 F-16). D’autant que le pouvoir égyptien reste très mécontent des limitations imposées par les Etats-Unis sur ses F-16. Ainsi, Le Caire pourrait se décider sur une nouvelle tranche en 2023. Enfin, la Grèce, au-delà des six Rafale dont le contrat va être prochainement signé, pourrait vouloir deux escadrons composés de 18 Rafale chacun. Athènes va-t-elle commander douze autres Rafale pour former un deuxième escadron ? A suivre. En tout cas, l’armée de l’air grecque veut également acquérir 40 appareils supplémentaires d’ici à 2035, selon le ministre de la Défense grec, Nikólaos Panayotópoulos.