- Sortis de la prison d’Evin ce mardi, ils sont encore considérés « en liberté conditionnelle » pour Téhéran.
- Le couple d’enseignants achevait un séjour touristique lorsqu’ils ont été arrêtés en mai 2022.
- Cécile Kohler et Jacques Paris, passionnés de livres et de voyages, ont passé plus de 3 ans en prison depuis.
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Deux Français détenus en Iran inculpés d’espionnage pour Israël
Cécile Kohler et Jacques Paris, sortis de prison ce mardi 4 novembre, après plus de trois ans dans les geôles iraniennes, sont deux enseignants français férus de littérature et de voyages, qui réalisaient leur rêve de parcourir ensemble ce pays quand ils ont été arrêtés et accusés d’espionnage.
La France a découvert leur visage après leur arrestation, le 7 mai 2022, au dernier jour d’un voyage touristique : d’abord le portrait d’une jeune femme souriante, cheveux châtains mi-longs. Puis, après quelques semaines de discrétion, celui de son compagnon, un retraité aux yeux pétillants derrière des lunettes.
Tous deux ont passé la majeure partie de leur détention dans la sinistre prison d’Evin, dont de nombreux mois à l’isolement, jusqu’à leur transfert dans un lieu inconnu en juin, après des frappes israéliennes sur Téhéran.
C’est derrière les barreaux que l’enseignante originaire de Soultz (Haut-Rhin), a passé le 25 septembre dernier son 41ᵉ anniversaire. Le quatrième dans ce pays qu’« elle rêvait de visiter depuis des années »
, selon sa sœur cadette Noémie, qui se démène depuis le premier jour pour la faire libérer.
Sur place, « Cécile nous envoyait des photos de ce qu’elle mangeait, quand elle prenait le thé »
, a raconté Noémie, « elle me disait que ce pays était
‘absolument incroyable’, elle était très heureuse
« , jusqu’au coup de tonnerre de l’arrestation en mai 2022.
« Elle me donnait envie de réussir »
Si plus de 30 ans la séparent de Jacques (72 ans), le couple voue une passion commune à « la littérature, la poésie, l’histoire de l’art, et le besoin de voir comment les gens vivent ailleurs »
, a précisé Noémie Kohler. « Mon père a toujours voyagé (…) Cette ouverture au monde l’anime »
, confirme l’une de ses deux filles, Anne-Laure Paris, 41 ans. « Il est allé plusieurs fois en Iran, mais aussi dans plein d’autres pays, toujours avec ce goût d’explorer le monde »
.
Elle, agrégée de lettres modernes, et privée de livres pendant sa détention, « a toujours énormément lu »
, selon sa sœur. « Proust, Dostoïevski… Chez mes parents, on a encore des bibliothèques énormes remplies de ses livres »
. Son entourage la décrit tantôt comme une grande sœur « à l’écoute »
, tantôt comme une amie « généreuse »
. C’est une collègue « déterminée », « élégante », « engagée », « fiable »
, disent les enseignants qui l’ont côtoyée.
Depuis 2009, elle enseignait en lycée et tentait de transmettre son goût des lettres à des élèves parfois éloignés des auteurs classiques. « Cela se voyait qu’elle était passionnée et ça faisait la différence »,
s’est remémoré Elise Romain, qui l’a eue en classe de seconde dans un établissement de Sartrouville (Yvelines) : « elle me donnait envie de réussir. »
« Le mathématicien dans toute sa splendeur »
Lui aussi a obtenu l’agrégation, en mathématiques. « Jacques, c’est le mathématicien dans toute sa splendeur »
, selon Marie-Brigitte Huet, qui l’a connu au lycée Clémenceau de Nantes (Loire-Atlantique), où il a enseigné toute sa carrière jusqu’à sa retraite au début des années 2010.
Sportif, amateur de semi-marathon, c’est un homme « cultivé »
, « très posé, qui réfléchit, qui analyse »
, raconte cette enseignante, évoquant un professeur « très apprécié »
de ses élèves comme de ses collègues, « parce qu’il est bienveillant »
. « Il a toujours été très soutenant dans nos études, c’est quelque chose d’important pour lui »
, ajoute sa fille.
Investis, Cécile Kohler et Jacques Paris l’étaient aussi dans le milieu syndical. Tous deux ont milité de longue date au sein de Force ouvrière (FO), où elle est encore chargée des relations internationales pour la Fédération de l’Enseignement, de la Culture et de la Formation Professionnelle (FNEC FP-FO). Un argument utilisé à charge par les autorités iraniennes, qui les a accusés d’avoir rencontré des syndicalistes iraniens durant leur séjour.
Au lycée Les Pierres Vives, de Carrières-sur-Seine (Yvelines), où travaillait Cécile Kohler , cet engagement a marqué les esprits. « C’est la personne qui m’a aidée quand j’en ai eu le plus besoin »
, retrace Saliha, agent d’entretien. Une femme qui « donnait à nous, agents d’entretien, autant d’importance qu’aux professeurs »
. La jeune femme espérait être mutée à Nantes pour se rapprocher de son compagnon à partir de septembre 2022. Une rentrée qu’ils ont finalement passée en prison.











