jeudi, janvier 22

S’il a adouci le ton, Donald Trump ne semble pas prêt à renoncer au Groenland. Mercredi 21 janvier, le président américain a annoncé, contre toute attente, avoir « conçu le cadre d’un futur accord concernant le Groenland et, en réalité, toute la région arctique », à Davos avec Mark Rutte, le chef de l’Otan.

À Nuuk, la capitale groenlandaise, la nouvelle a suscité scepticisme et agacement. « Il ment », « Je n’y crois pas, on ne peut pas disposer comme ça » du Groenland, ont réagi des habitants du territoire ardemment convoité par Donald Trump, interrogés par des journalistes de l’AFP.

Du côté des dirigeants européens, les réactions oscillent entre le soulagement de voir une nouvelle guerre commerciale évitée et l’inquiétude quant à la souveraineté du territoire autonome danois. Mais que contient au juste ce futur accord ?

Une solution « très avantageuse »

C’est sur son réseau social Truth que le président américain a annoncé mercredi soir la nouvelle. Il affirme avoir établi avec Mark Rutte les grandes lignes d’un futur accord. Une solution qui, si elle aboutit, « sera très avantageuse pour les États-Unis d’Amérique et tous les pays membres de l’Otan », poursuit-il sans plus de détails.

Sur la base de ce mystérieux plan, Donald Trump dit renoncer aux droits de douane qu’il avait prévu d’imposer dès le 1er février à huit pays européens opposés au projet, dont la France et le Danemark.

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« Des discussions supplémentaires sont en cours sur le Dôme d’or en ce qui concerne le Groenland », souligne-t-il également, en faisant référence au système américain de bouclier antimissile que souhaite construire Donald Trump en trois ans pour défendre les États-Unis.

Ce projet inspiré par le Dôme de fer israélien nécessite, selon lui, de prendre le contrôle total du Groenland afin d’y installer des relais satellites, des caméras AllSky (permettant une surveillance complète du ciel) ou encore des radars terrestres, et d’y d’étendre la base militaire américaine déjà présente.

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« De plus amples informations seront communiquées au fur et à mesure de l’avancement des discussions », a indiqué Donald Trump, précisant que « le vice-président J. D. Vance, le secrétaire d’État Marco Rubio, l’envoyé spécial Steve Witkoff et diverses autres personnes, selon les besoins, seront chargés des négociations ».

Protéger sept pays de l’Arctique face à la Russie et à la Chine

Le secrétaire général de l’Alliance atlantique, qui a souvent soutenu Donald Trump dans ses choix de politique extérieure, a expliqué que les négociations entre Washington et l’Otan avaient pour but de priver la Russie et la Chine d’un « accès » au territoire autonome danois et aux pays de l’Arctique.

Il s’agit d’assurer « collectivement » la sécurité de sept pays de l’Arctique – États-Unis, Canada, Danemark, Islande, Suède, Finlande et Norvège – face à la Russie et à la Chine, a indiqué Mark Rutte. Son but est que « les Chinois et les Russes ne puissent avoir accès économiquement et militairement au Groenland ».

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Souveraineté préservée ?

Dans la foulée de son annonce, Donald Trump a assuré à des journalistes que le projet d’accord donnait aux États-Unis « tout ce (qu’ils) voulaient » et « pour toujours », sans toutefois dévoiler plus de détails.

Interrogé sur la possession du Groenland par les États-Unis, le président américain a hésité et est finalement resté évasif :  « Euh… C’est un accord de long terme. C’est l’accord de long terme par excellence. »

Mark Rutte a de son côté affirmé à la chaîne Fox News que le sujet de la souveraineté du territoire « n’avait pas été abordé lors de (ses) discussions avec le président » américain.

Les discussions n’ont pas non plus porté sur l’installation de bases américaines au Groenland sous la souveraineté des États-Unis, a indiqué à l’AFP une source au fait des discussions entre Donald Trump et Mark Rutte.

Pourtant, selon le New York Times, deux officiels américains présents lors de discussions avec des représentants de l’Otan ont affirmé que le plan pour le Groenland s’inspirait du modèle des bases souveraines britanniques à Chypre, considérées comme faisant partie du Royaume-Uni.

Renégociation de l’accord de défense américano-danois

Une source proche des discussions a également affirmé que les États-Unis et le Danemark allaient renégocier leur accord de défense sur le Groenland datant de 1951. Ce traité offrait une liberté quasi totale aux États-Unis de construire et exploiter des bases militaires afin de défendre l’Arctique contre l’URSS. Les États-Unis y ont exploité une dizaine de bases pendant la Guerre froide.

En 2004, l’accord a été renégocié pour désigner la seule base américaine restante, celle de Pittufik (anciennement Thulé), comme unique zone de défense américaine. Toute expansion est depuis en théorie interdite, sans consultation préalable du Danemark et du Groenland.

Ce site joue un rôle important dans le système de défense antimissile des États-Unis.

Si elle n’a pour l’heure pas confirmé la renégociation de l’accord, la Première ministre danoise Mette Frederiksen ‍a déclaré ​jeudi que le Danemark et le Groenland continueraient à s’engager dans un dialogue constructif sur la sécurité dans l’Arctique, à ⁠condition qu’il se déroule dans le respect de l’intégrité territoriale de son pays.

« Quelle que soit la pression exercée par d’autres, notre pays ne sera ni cédé, ni ne fera l’objet de marchandages sur notre avenir », a pour sa part réaffirmé le vice-Premier ministre groenlandais Mute Egede.

Avec AFP

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