Le 18 février 2022, jour de l’ouverture de la conférence annuelle sur la sécurité à Munich, la ministre des affaires étrangères allemande, Annalena Baerbock, dialogue en public avec son homologue américain, le démocrate Antony Blinken. Le tambour de la guerre résonne à l’Est, quelque 150 000 soldats russes sont massés derrière la frontière de l’Ukraine, les Etats-Unis ont évacué leur ambassade à Kiev, mais l’Europe n’y croit pas. La ministre allemande a un « message pour Moscou » : « Nous ne voulons pas de cela, nous ne voulons pas d’un défi à l’architecture de sécurité que nous avons bâtie ensemble, nous voulons un dialogue sérieux sur la paix. »
Antony Blinken vante la solidarité transatlantique, « notre plus grande force ». Dans l’assistance, le maire de Kiev, Vitali Klitschko, déplie sa haute silhouette et plaide l’urgence : l’Ukraine a besoin d’armement. Mme Baerbock dit examiner une liste, qui comprend la fourniture de « plus de 5 000 casques ».
Six jours plus tard, ce monde européen s’est effondré. Le 24 février, les troupes russes franchissent la frontière et envahissent l’Ukraine. Volodymyr Zelensky troque le costume cravate qu’on l’a vu porter pour la dernière fois à Munich contre des vêtements militaires. Près de quatre ans après, son pays est ravagé, mais continue de résister ; l’« architecture de sécurité » a volé en éclats, et la solidarité transatlantique est un vieux souvenir. L’Europe, confrontée à sa plus grave crise depuis la seconde guerre mondiale, n’est plus la même.
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