On ne l’avait pas vu venir
Longtemps, la plupart de ceux qui n’aimaient pas la truffe n’ont pas osé le dire. Et pas seulement parce que, n’en ayant jamais goûté, ils ne le savaient pas eux-mêmes. Un peu comme les amateurs de chocolat au lait vaguement honteux face aux amateurs de chocolat noir qui, eux, savent ce qui est bon, les réfractaires à ce champignon très prisé pouvaient se sentir gênés de ne pas être du côté du bon goût. Quelque chose de si rare ! De si cher ! Il aura fallu qu’on commence à en mettre partout pour qu’ils osent se plaindre.
C’est arrivé près de chez nous
On trouve désormais du « brie fourré saveur truffe » chez Lidl, de la mayonnaise à la truffe chez Monoprix, et des gougères à la truffe blanche chez Leclerc. Il n’y a que la truffe qui ne soit pas à la truffe, puisque l’invasion est surtout celle de la « saveur truffe », voire, pire, de l’« aromatisé à la truffe ». Dans le cycle de vie du luxe – rare, envié, copié, saturé, ringardisé –, que le saumon fumé a déjà connu, le « à la truffe » entame sa grande glissade et c’est la revanche des anti-truffe, désormais autorisés à dénoncer sa saveur qui écrase tout.
On aurait dû s’en douter
On pourrait juger ce boom de la truffe anachronique, alors même qu’un sondage Elabe sur les Français et leur pouvoir d’achat, publié en janvier, indiquait que 77 % d’entre eux déclaraient devoir « se serrer la ceinture ». Au contraire, cet ingrédient permet de mettre un peu d’opulence dans le déclassement. On ne pourra pas devenir propriétaire, on ne s’achètera pas de voiture neuve, mais on peut encore s’offrir des chips à la truffe.
Côté commerçants, la truffe permet de créer une version premium de tous les aliments. Elle est à la pizza ce que le café gourmand est à la formule du jour, et le « On fait un soin ? » au coiffeur : une manière de rajouter 5 euros à l’addition. Côté clients, commander le plat avec supplément truffe, c’est signaler sa fortune sans avoir à opter pour le homard.
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